Critique de Pierre V.

Pierre V. – 18 ans – 1ère année de lettres modernes – Alsace
Sensibilité littéraire : hétéroclite, Boris Vian, Murakami “Kafka sur le rivage”, “Harry Potter”.

LE LIVRE COMPLET ♥♥♥  7/10*

Volume I  ♥♥♥♥  9

Volume II  ♥♥  6,5 à 7,5

Volume III  ♥♥♥  7

Volume IV  ♥♥♥♥  8

* la note chiffrée estime la qualité littéraire formelle et la note de coeur l’adhésion intime

En une formule

Plongez dans le miroir de la réalité pour découvrir votre don.

En quatrième de couverture

Thomas est destiné depuis sa tendre enfance à sauver le monde… Mongo, le maître de la Communication, mystérieuse intelligence omnisciente l’arrache à sa famille bien-aimée pour l’isoler du monde afin de développer son don de Danseur si précieux. Car seul ce don a le pouvoir d’opérer la mutation des cubes gris, des milliards d’écrans qui emprisonnent les humains dans la torpeur hypnotique du divertissement de masse.
Dans l’école du Mongonastère, nous suivons l’éducation du jeune enfant jusqu’à l’âge adulte, une éducation raffinée, novatrice, haute en couleur et pleine de rebondissements qui le pousse à affronter ses peurs les plus profondes pour aller à la rencontre de lui-même et s’éveiller à la conscience. C’est aussi l’occasion pour le lecteur d’affronter la souffrance inhérente à l’homme afin de s’en délivrer, en passant par les maux de notre société, avec les menaces et promesses du monde de la Communication qui est désormais le nôtre.
Thomas accomplira-t-il son destin ? Nous sauvera-t-il du gouffre qui est devant nous ? Une grande épopée l’attend qui est aussi celle de notre humanité en péril.

Questionnaire

1- Quelle impression générale vous a fait le livre et qu'est-ce qui le qualifierait le mieux ?

Il m’a ouvert à des questions que je n’aurais peut-être pas directement perçues.
Un livré basé sur la recherche le qualifierait le mieux.

2- Que vous a-t-il apporté ?

Des réponses à des questions que je partageais avec le héros.

3- A-t-il éveillé votre conscience dans certains domaines ? Si oui, lesquels ?

Oui, sur :
– l’économie
– la publicité
– une part de philosophie
– la recherche de soi-même
– le désir
– la mort

4- Maintenant que vous l'avez terminé, percevez-vous sa cohérence d'ensemble et les liens nécessaires des différentes séquences dans le développement des thèmes ?

Oui. Chaque passage est inhérent l’un à l’autre, et au final, on voit les nombreux thèmes créés où s’emboîtent ces passages.

5- Maintenant que vous l'avez terminé, percevez-vous la raison d'être de l'anonymat de l'auteure en lien avec le sacerdoce des mongonastiques ? La trouvez-vous justifiée et nécessaire ?

Oui, je le comprends. Par cela elle rejoint les Trois Règles de Mongo. Justifié aussi car elle s’accorde avec l’esprit du roman, mais ce n’est pas pour autant une nécessité primordiale.

6- Considérez-vous qu'il peut avoir un impact bénéfique sur la conscience collective ?

Oui, sur les esprits des lecteurs qui souhaitent s’ouvrir à de nouveaux sujets et à l’évolution de notre société, mais avant tout pour mener à un rapprochement vers l’autre.

7- Selon vous, est-il accessible au grand public ?

Oui, il est accessible au grand public par sa simplicité d’écriture dans des domaines qui peuvent êtres complexes.

8- Selon vous, a-t-il un potentiel de succès de librairie ?

Selon moi, oui.

9- Une fois publié, le conseilleriez-vous à vos proches ?

Je le conseillerai à certains de mes proches pour les ouvrir à différents sujets de lecture.


VOLUME I  ♥♥♥♥  9

Commentaire

Le livre est très accrocheur d’entrée. On est tout de suite en prise avec les protagonistes qui sont en cours de discussion, nous montrant une histoire qui a déjà commencé avant ce dialogue initial. L’enjeu crucial, le choix impossible de perdre son enfant imposé à la mère, est aussi tout de suite posé. Il lance l’intrigue qui s’intensifie en la confrontant à différents points de vue, tandis qu’elle se nourrit de nouvelles énigmes qui apparaissent page après page. On découvre ainsi l’existence des cubes et des boules noires, de la communauté secrète des mongonastiques avec son observatoire qui perçoit tout du monde à l’aide de ces boules. Mais leur usage véritable est encore indéfinissable, on soupçonne qu’elles sont issues de cette communauté, tandis que le village a fait le choix de rejeter les cubes et les boules, et à ce stade initial du récit, tout cela est très intrigant.
On suit l’évolution psychologique d’Ambre qui est d’abord butée, enfermée dans sa position définitive de garder son enfant, jusqu’à l’arrivée de Djack qui va tout bouleverser. Un tel personnage n’arrive jamais sans raison dans un récit, on sent qu’il va jouer un rôle important. Mais de découvrir que c’est lui le précepteur attendu, qu’il arrive malgré lui et par accident, inconscient de son rôle parce qu’il a perdu la mémoire, reste tout de même une surprise. Elle produit un gain d’intérêt pour le personnage, surtout lorsqu’il devient l’amant de la mère de l’enfant après qu’ils se soient découverts une attraction amoureuse mutuelle, toujours comme malgré eux. Djack est très attachant et garde tout son mystère. Venu de nulle part et disparaissant ensuite complètement, c’est lui qui provoque l’action en faisant la jonction avec Mongo et le village. On peut supposer qu’il est un membre de Mongo qui a choisi le rôle de précepteur de Thomas, bien qu’il ait tout oublié, mais il est tourmenté en même temps à l’idée de faire souffrir Ambre, comme s’il avait deux parts en lui en conflit, un peu comme un Dr Jekyll et Mister Hyde.
Cet aspect ressort particulièrement au moment de la scène sexuelle extrême qui suit la fête de l’An Neuf, où l’ange et le démon vont alterner chez les deux amants au milieu de leurs ébats. D’abord toute la fête apparaît comme une catharsis, un rituel pour assurer la cohésion et le bien vivre ensemble de la communauté du village. La scène sexuelle prolonge ce rituel avec la potion aphrodisiaque de la chamane, et elle doit aussi avoir pour rôle d’assurer la fertilité du village par la naissance des enfants. Dans la scène proprement dite, Ambre s’affiche d’abord comme une diablesse tentatrice par jeu, et quand Djack finit par la suivre, il déborde du jeu en se transformant en démon sauvage, incapable de contrôler ses pulsions. Il y a un combat en lui entre la lumière et les ténèbres, et il finit par se retrouver en reconnectant avec la part d’ange d’Ambre, pour s’unir à elle dans un amour plus profond. Toute cette scène est marquée par la transgression, le franchissement du tabou qui libère des forces obscures en soi qui doivent être domptées et intégrées à la personnalité entière.

Dans la deuxième partie du volume, on découvre l’univers du Mongonastère. La tenue des moines évoque les monastères chrétiens, tandis que l’enseignement de Zabir, sa connexion chamanique à l’aigle, l’absorption méditative imposée par la course dans les gouffres, regardent du côté du bouddhisme, si bien qu’on a l’impression d’être dans un mélange de religions. La cellule de transfert qu’on découvre avec Thomas sert à communiquer avec Mongo sous forme de perceptions musicales et visuelles, ce qui est original et toujours intrigant. Le récit laisse penser que le mystère de Mongo va planer tout au long des quatre volumes et qu’il ne sera révélé qu’à la fin.
Par contraste, on découvre aussi l’univers sombre des basses villes où apparaît Ungern, le Baron sanglant, qui lui aussi a été choisi par Mongo avant d’être rejeté. On est clairement dans un manichéisme où le Mongonastère incarne le bien, et les basses villes dégénérées le mal. Mais la situation pose en même temps de grandes interrogations. Mongo semble sélectionner des êtres dotés d’un grand pouvoir charismatique, des êtres appelés à être des dirigeants du monde, et le Mongonastère serait là pour les éduquer à être éclairés afin d’agir pour le bien de l’humanité. C’est ce que montre le destin d’Ungern qui lui n’a pas été préservé comme Thomas mais a vécu l’enfer. Son pouvoir charismatique est toujours là mais il est devenu démoniaque, tourné vers le pouvoir et la manipulation de la peur qui possède l’humanité pervertie des basses villes. On voit ici comment le conditionnement social peut complètement inverser un destin, ce qui pose la question de la part de liberté qui nous reste dans ce conditionnement. Et ce questionnement nous renvoie indirectement à la liberté de choisir le destin de Thomas laissée à sa mère selon l’affirmation du Dicteur, alors qu’en réalité, elle semble avoir été acculée à lâcher son enfant par un implacable enchaînement de circonstances commandé par une force aveugle ou la volonté insondable de Mongo.

Ce qui pourrait être amélioré ou corrigé

L’écriture est facile d’accès, tout public sur le plan de la lecture, ce qui est un bon point. Je trouve par contre la partie descriptive des basses villes un peu lourde, parce qu’elle s’étend avec des répétitions et qu’elle impose un changement de disposition de lecture moins entraînante qui demande plus d’attention.


VOLUME II  ♥♥  6,5 à 7,5

Commentaire

Sur le plan du développement des idées, ce que j’ai trouvé le plus intéressant dans ce volume est sa critique de la publicité, l’impact de la télé et des écrans sur les consciences, et tout l’enjeu de capturer notre attention par ces univers marchands pour générer du profit.
La séquence du coca-goulack nous ouvre les yeux sur les possibilités de manipulation sans fin de la pub, comment elle parvient à nous séduire, à tirer les ficelles du désir dans notre subconscient. Cette séquence est très pertinente, notamment lorsqu’elle décortique le refrain entêtant, qui est la technique du ver d’oreille associée à un produit pour susciter inconsciemment chez le consommateur du désir pour ce produit. Elle révèle aussi que la manipulation ne fonctionne que si on est endormi devant l’écran, sans vigilance, dans un état d’inconscience hypnotique, et donc pourquoi la télé qui vit de la pub a un tel intérêt à nous maintenir dans le sommeil de l’inconscience.
Car si on retrouve une attention active devant la pub, avec un regard analytique conscient, elle ne peut plus avoir d’impact sur nous.
D’où le succès populaire grandissant des programmes de télé-réalité qui apparaissent dans le cube. Ils sont conçus pour nous faire jouir passivement d’un spectacle bête et méchant en se branchant sur nos pulsions voyeuristes, et là le cerveau est inactif, pas besoin de réfléchir.
Le rapport à l’audicratie, à l’audimètre personnel que chacun est incité à développer, je le perçois bien dans le fonctionnement des vidéos youtube. C’est une très bonne illustration de la loi de l’attention qui veut que tout ce sur quoi nous portons notre attention grandit. Quand on regarde un certain type de vidéos, les suggestions des autres vidéos vont être orientées en fonction de notre choix, augmentant notre attention pour les mêmes thèmes, et donc leur nombre de vues, et donc l’argent qu’elles rapportent. Chaque vidéo qu’on regarde correspond au vote de notre goutte d’eau qui génère du profit. Et les choix créatifs d’un vidéaste de youtube dans sa production vont être inspirés par ses vidéos qui ont eu le plus de succès.

Sur le plan romanesque, le personnage de Carlos devient plus présent et attirant. Il a une force cachée et une complexité qui ressortent d’un violent trauma qu’il a subi dans sa petite enfance dont on ne sait encore rien, et ça donne très envie de connaître ce qui lui est arrivé. Il est plus proche de Mongo, il adhère de tout cœur à sa mission de Danseur à la différence de Thomas qui lui est suspicieux et méfiant. Ça installe une opposition entre eux en même temps qu’ils restent profondément attachés l’un à l’autre, si bien que leur opposition les rend plutôt complémentaires. Au lieu de rester chacun braqué sur son point de vue, sûr de sa vérité, ils écoutent le point de vue de l’autre qui les fait évoluer. Comme on apprend que la présence d’un Danseur au Mongonastère est très rare, le fait qu’ils soient deux me suggère que le treizième degré d’harmonie ne sera pas atteint par un seul Danseur, mais ensemble à eux deux.
Le mur de cubes dans l’observatoire suscite la gêne des deux garçons pour le voyeurisme absolu auquel il leur donne accès. Thomas voudrait revoir sa mère par ce biais, mais hésite, tandis que la réponse que lui donne le Dicteur me laisse l’impression qu’il n’est pas franc, qu’il ne lui dit pas toute la vérité sur ce qui se passe dans son village.
La présentation des hommes jaunes les rend intrigants. Ils sont à la fois proches et distants des mongonastiques. Eux aussi vivent dans une communauté isolée, et ils ont un lien spécial avec Mongo parce qu’ils sont muets,
L’idée des trois Règles qui régissent Mongo est très originale. Elles lui imposent un statut de neutralité, mais on pressent qu’il est doté d’une volonté propre qui enfreint sa neutralité, notamment après qu’il aie rejeté les femmes pour la sélection des mongonastiques, et qu’on a appris par la bouche de Zabir qu’il est possible que Mongo n’aime pas les filles.
J’ai trouvé bien amené et drôle le moment où après avoir fait miroiter à Carlos et Thomas l’utopie d’une humanité guérie de ses maux grâce à la culture des quatre richesses, le Dicteur les ramène brusquement à la dure réalité en leur disant qu’il n’a fait que leur raconter un beau conte car dans les faits rien n’a changé. Mais toute cette présentation du Dicteur révèle néanmoins la vocation du Mongonastère qui est de changer le monde en lui apportant une nouvelle vision.
La métamorphose du Dicteur après avoir craqué est très bien décrite. Le volume I nous confrontait déjà à la scène oppressante où il était englouti dans les ténèbres de son doute. Là, il va en être libéré pour renaître à une nouvelle personnalité. Il accède à la paix intérieure, devient plus sensible et humain. Il se remet à pleurer comme un enfant en se laissant émouvoir par la beauté de l’art, la musique et le sourire de la madone.

Ce qui pourrait être amélioré ou corrigé

J’ai trouvé la partie explicative sur les rouages de notre société trop longue et détaillée, notamment sur la finance et la monnaie. Elle m’a ennuyé en me frustrant de devoir me mettre en attente du récit romanesque qui lui me captive. Ça vient du fait que j’ai déjà pris connaissance de ces questions de société et j’avais l’impression de ne rien apprendre de nouveau. Par contre, je conçois volontiers que pour un lecteur qui aborde ces questions pour la première fois, il puisse les trouver très attractives, surtout par la façon dont elles sont présentées qui offre une très bonne base d’explication complète, et d’une grande clarté pédagogique.


VOLUME III  ♥♥♥  7

Commentaire

On est introduit dans ce volume par la leçon de Gunj qui se déroule comme dans un petit théâtre que j’ai trouvé bien vu. Son rôle est d’ouvrir Thomas et Carlos à la réalité. Il le fait par une mise en scène des savoirs qui provoque leur remise en question et l’ouverture sur soi-même.
J’ai bien aimé la confrontation de Thomas avec sa peur qui le conduit jusqu’à l’Ogre. J’ai d’abord pensé qu’il continuait de rêver quand il se retrouve dans la situation oppressante de la cave parce qu’elle ressemble à des boyaux d’un animal, et parce que ce n’est que lorsqu’il se met à réfléchir sur sa peur que les deux portes apparaissent. Ouvrir les portes lui demande le courage de s’ouvrir à l’inconnu. Il découvre l’Ogre qui est un Danseur qui a échoué à accomplir la treizième Œuvre. Il est transformé en monstre qui est l’expression de toute sa part refoulée non reconnue qui a éclaté au moment du transfert pour le posséder. Il renvoie aussi à l’idée du miroir, du yin et du yang, où les polarités opposées ne peuvent pas exister l’une sans l’autre.
La deuxième porte ouvre dans le four noir qui nous isole et nous ramène à la solitude, car on est tout seul pour affronter sa peur. Mais le fait que Carlos et Thomas se sont attachés par la main est une belle idée pour montrer leur complémentarité où à deux ils sont plus forts pour surmonter les épreuves.
Ce qui les rend dignes d’entrer dans le sanctuaire des Danseurs accomplis. Il y a là une image très cinématographique avec le passage radical du noir au blanc. Ici tout baigne dans le blanc immaculé, dans le lait maternel réconfortant et rassurant, où ils se plongent pour une catharsis.
Le Dicteur les attend là pour leur faire de nouvelles révélations, notamment sur la nature de l’Ogre, mais pour cela il va devoir casser sa Règle. Cela indique un changement fort dans la continuité des mutations de Mongo, comme s’il fallait briser toutes les règles convenues et toutes les limites pour pouvoir accomplir la treizième Œuvre.
La première rencontre de Thomas avec Mafat fait naître en lui l’envie et la peur qu’il ne connaissait pas jusque là. Cela montre que le Mongonastère ne lui donne pas d’éducation sur ses sentiments qu’il garde pour lui. Il est encore immature de ce côté et c’est pour ça qu’il perd les pédales devant Mafat en s’enfuyant et en se montrant hautain, enfermé dans une carapace de supériorité pour se protéger de sa peur. Puis on suit toute son évolution pour maîtriser ses émotions jusqu’à être mûr pour rencontrer à nouveau Mafat. Et on sent que ce cheminement lui fait franchir des niveaux d’harmonie qui viennent de l’expérience extérieure plutôt que des cellules de transfert, puisqu’il en est transformé.

J’ai beaucoup apprécié la dernière partie méditative qui est intense et profonde.
Toute l’analyse sur le jugement qui est développée à travers la rencontre avec le Juge comme une réification de l’idée est bien vue. La confrontation à la mort devient concrète, avec sa charge émotionnelle sur l’emprise de la peur du Juge au moment du changement, car mourir c’est passer d’un état à un autre et le changement fait peur. Chaque changement marquant de notre vie nous fait mourir à un état ancien pour renaître à un état nouveau, et le processus de mort et de renaissance continuel où le Juge est présent est bien perçu. Il nous rappelle l’impermanence de tout état qui change sans fin comme le fait qu’on n’entre jamais deux fois dans la même rivière.
Pour se couler dans la rivière de la transformation continuelle sans résistance et sans souffrance, la clé est de détruire le Juge qui entretient l’opposition entre deux états à l’origine de toutes les guerres, à l’intérieur de nous comme à l’extérieur. La fin du Juge est ce qui permet de s’ouvrir au changement, et donc de s’ouvrir aussi aux autres, conscient d’être une goutte faisant partie de l’océan et destinée à le rejoindre.

Ce qui pourrait être amélioré ou corrigé

Ma critique porte sur la scène sexuelle entre Thomas et Mafat. Elle débute plutôt bien, mais elle s’étend ensuite en longueur en alternant les cadences lentes et vives qui cassent le rythme. Ça s’aggrave à partir de la prise de la potion psychotrope dont je ne saisis pas trop l’intérêt et où j’ai eu tendance à décrocher. J’ai trouvé l’effet d’ensemble mal amené et pas naturel. Il faudrait accentuer le rythme et réduire toute la scène.


VOLUME IV  ♥♥♥♥  8

Commentaire

Ce dernier volume m’a fait l’effet du passage d’un cyclone. D’abord le cyclone ravage toutes les certitudes et le bien-être de Thomas acquis dans le volume précédent. Ensuite on est contraint d’entrer avec lui dans l’œil du cyclone pour un travail intérieur intense et douloureux, jusqu’à ce qu’il en sorte à nouveau régénéré et encore plus grandi à un niveau supérieur. Le cyclone est alors passé et le calme est revenu : désormais le héros, aussi bien que le lecteur, a toutes les cartes en main pour agir et sauver l’humanité en péril.
Le livre s’achève sur une fin ouverte qui est sympathique et ne déçoit pas. Elle contient un guide qui oriente vers un futur positif où le lecteur est libre de s’inventer la suite à sa guise.

La scène d’ouverture de la dispute de Thomas et Mafat qui va mener à leur déchirement nous plonge rapidement dans l’intrigue du dernier volume. Thomas a découvert avec elle l’amour qui l’a fait grandir, puis il est forcé à la rupture qui va complètement le dévaster où ce même amour qui l’a comblé est maintenant devenu la source de sa plus grande souffrance.
Pendant que Thomas attend de retrouver Mafat, il est totalement absorbé dans l’action de son amour qui lui commande de créer la robe comme cadeau. Cette robe est une très belle idée. Elle va faire le lien avec Mafat après leur séparation, car elle est remplie de tout l’amour de Thomas qui va permettre à Mafat de se reconnecter en s’en enveloppant.
Durant l’évolution de leur dispute, Thomas m’a fait songer à un mur de brique uni que Mafat va défaire en poussant chaque brique une à une jusqu’à ce qu’il s’effondre. L’ensemble est bien ressenti, et à la fin tout le pathos de Mafat disparaît derrière un masque de marbre qui en devient comique.

On assiste ensuite à la métamorphose de Thomas qui se rapproche de l’Ogre. D’abord par son aspect dégoûtant parce qu’il se lacère le poing et se frappe le visage, puis par ses paroles au moment où il rejoint Carlos dans leur chambre. Il rappelle la trahison de Carlos annoncée par l’Ogre d’une voix rauque chargée de haine. Carlos en est profondément perturbé comme s’il avait l’Ogre devant lui. A partir de là il va cesser toute activité, ce qui montre que les deux Danseurs ne peuvent qu’évoluer ensemble, et Carlos va lui aussi traverser un période tourmentée de son côté jusqu’à la délivrance du tourment de Thomas.
Thomas en vient à rendre visite à l’Ogre qu’il appelle son “ami”. C’est l’occasion de découvrir ce personnage maléfique qui est extrêmement marquant et puissant. Tout horrible qu’il soit, il est convaincant et on a envie de le suivre. On sent qu’il a gardé en lui la puissance d’un Treizième Danseur qui est détourné par son orgueil et son avidité, où il revendique sa supériorité sur les êtres et sa liberté suprême au-delà des apparences. Il le prouve presque par ses fanfaronnades qui en font un personnage charismatique, comique et rocambolesque. Il profite que Thomas est détruit pour le manipuler en l’incitant à obéir à ses pulsions aveugles.
Puis survient un retournement quand l’Ogre se change en Ange. C’est comme si l’essence du Treizième Danseur était sortie de l’Ogre pour montrer sa part de bonté pure, et du coup, ses fanfaronnades prennent plus de force, comme si elles contenaient réellement une vérité. C’est aussi un rappel que dans chaque être il y a une part bonne et mauvaise.
Thomas sort de la cave de l’Ogre encore plus perturbé, quand Mongo va l’attirer dans une cellule de transfert pour le guider en le plongeant dans un rêve bizarre sur ses ancêtres qui va être un catalyseur.

A partir de là, Thomas entame son chemin de guérison avec Gunj. La nature de sa souffrance se révèle peu à peu, il accède à de nouvelles prises de conscience jusqu’à ce qu’il se réveille et se réconcilie avec lui-même. Entre-temps, on a appris ce qu’était une Dakini qui est le pouvoir d’inspiration secret caché en Mafat et nécessaire aux Danseurs pour évoluer.
On arrive alors à la fin du livre où on retrouve Mafat, Carlos et Thomas réconciliés. Mafat révèle sa nature de Dakini qui sort d’elle en montrant qu’elle aime autant Carlos que Thomas d’un amour pur, tandis que Carlos et Thomas qui ont mûri chacun de leur côté sont révélés à leur pouvoir et leur destin de Danseur qui désormais est totalement en accord avec leur désir.

Ce qui pourrait être amélioré ou corrigé

J’ai trouvé un peu triste la disparition du baron Ungern qui avait un fort potentiel romanesque.
Dans la longue discussion entre Thomas et Gunj, quand ça prend une tournure philosophique abstraite pure et dure, je perdais le fil car j’avoue que je ne comprenais plus rien. De même le passage où Thomas a la vision du cœur ensanglanté de Mafat où il absorbe le sang noir qui en sort, ça me semblait très abstrait comme réconciliation qui ne concerne que l’intériorité de Thomas, alors que pour cela ils auraient dû se rencontrer physiquement. Ce n’est qu’à la fin du livre quand Mafat et Thomas se retrouvent que ce passage prend du sens quand on apprend qu’il a eu un effet sur Mafat de l’intérieur.


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