La genèse du livre

     Mon expérience de la vacuité m’a mise en contact avec la matrice vide à l’origine de toutes les créations. Elle contient la mémoire originelle de tout ce qui est dont la focalisation va orienter tout mon travail créatif d’accouchement du livre. La connexion à l’insondable matrice devient une pratique spirituelle de transformation intérieure où dans un lent goutte à goutte, je vais recevoir l’inspiration de la vision qui veut s’écrire et venir au monde à travers moi.
     Mais je peux aussi bien exprimer cette réalité en disant que la graine de la vision a été implantée dans ma conscience du fond de la vacuité. Ensuite, tout ce que j’ai eu à faire a été de l’arroser jour après jour de mon attention consciente. Ça a été ma seule contribution véritablement active requérant ma volonté personnelle. Pour le reste, je n’ai fait qu’assister passivement à sa germination, à sa croissance, puis à son déploiement organique jusqu’à donner un arbre majestueux établi dans ma conscience, un arbre qui a poussé de lui-même naturellement en imposant sa propre forme et sa propre taille.
     Voilà du moins pour la disposition la plus heureuse. En réalité, il faut y ajouter le parasitage de mon ego qui cherchait à s’approprier les fruits de l’inspiration pour sa propre gloire, conduisant à une confrontation permanente. À chaque fois qu’il a repris le dessus, la connexion s’est perdue, et l’écriture devenait superficielle, desséchée, sans vie, frauduleuse. Il s’ensuivait des périodes pénibles de stérilité et de dépression dont je refusais de reconnaître la cause, jusqu’à ce que je sois forcée d’admettre toute mon impuissance à écrire quoi que ce soit d’authentique de ma propre autorité. Puis complètement épuisée par la résistance de mon ego, je finissais par lâcher prise en renonçant à mon ambition personnelle sur le livre. Et dans cette reddition seulement la connexion à la Source de l’inspiration se rétablissait, me rappelant que j’étais juste son canal et son instrument.
mm– Sarasvati –

À travers ce long processus de reddition graduelle de l’ego, l’auteure aboutit à une première version du livre complet au bout de sept ans. Elle réalise alors que son travail de connexion constante à l’inspiration l’a grandie, qu’elle en ressort avec une nouvelle maturité, comme si un voile épais lui avait été ôté des yeux pour lui permettre de voir plus clairement et plus profondément dans sa vision. Et ce qu’elle voit, c’est qu’elle n’est toujours pas à la hauteur du livre qu’elle porte en elle, sa vision se révélant beaucoup plus grande que ce qu’elle a été capable de percevoir jusqu’ici.
L’accouchement de cette première version lui fait comprendre qu’elle est juste destinée à lui servir de marchepied pour se hisser vers sa nouvelle maturité d’où il lui est demandé de réécrire intégralement le livre. Ce qui lui prendra à nouveau environ sept ans, et à nouveau le même processus se reproduit.

La croissance spirituelle continue d’accompagner son travail créatif, une autre couche de voile plus subtil lui est ôté des yeux, elle voit encore plus clairement et plus profondément dans sa vision. La deuxième version lui procure un second marchepied qui va la hisser encore plus haut pour se lancer dans une troisième réécriture complète s’étendant encore sur sept années.
Et cette fois elle parvient à la hauteur du livre qu’elle portait en elle, avec la sensation que sa dernière version intègre enfin l’immense vision dans toutes ses dimensions.

Le livre s’est déployé ainsi en trois phases, où la pâte du texte a été à chaque fois entièrement repétrie par la conscience d’une maturité plus haute, lui insufflant toujours plus de substance, d’intensité, de profondeur, de justesse, de précision, mais aussi et surtout d’unité. Car en repartant à chaque fois d’une version complète rédigée de la première à la dernière ligne, l’auteure a pu toujours davantage cimenter les liens nécessaires entre tous ses éléments, en clarifiant jusqu’à leurs ramifications souterraines.
Pour un livre en quatre volumes d’une si vaste dimension, il en ressort une impression d’unité profonde que tous les lecteurs du test d’évaluation ont perçue, où chaque partie nourrit les autres comme dans un corps organique indissociable.

Mais Sarasvati ne considère pas pour autant que sa dernière version est parfaitement aboutie. Un ultime remaniement reste nécessaire à ses yeux qui exige de passer par une confrontation avec des regards extérieurs. C’est pourquoi elle le met de côté en envisageant initialement de faire ce dernier ajustement en collaboration avec l’éditeur.
Finalement, c’est notre test d’évaluation qui lui procurera ces regards extérieurs dont elle a besoin. En lui fournissant plus de 100 pages de commentaires critiques, dotée de cette manne d’informations incomparable, l’auteure va s’atteler à cet ultime remaniement depuis sa retraite en Inde.

Son renoncement à tirer le moindre bénéfice du livre ayant été officiellement acté en le transférant à l’association, elle en éprouve un profond détachement et une profonde libération qui selon ses termes vont l’établir dans une connexion encore plus intime avec la Source de son inspiration. Dans l’atmosphère de retraite spirituelle qui l’enveloppe, son dernier travail de réécriture s’accomplit sans les souffrances des doutes et des tiraillements antérieurs, avec une clarté, une fluidité et une évidence qu’elle n’a jamais connues jusque-là et qui la porteront tout du long.
Ce qui ne l’empêchera pas de s’y investir intensément durant encore deux années, où avec l’appui de deux membres de l’association supervisant ses travaux par Internet pour les dernières relectures, Sarasvati accouchera en 2020 de la version finale et définitive de L’Appel de Mongo.
(Son ultime remaniement en lien avec les commentaires critiques est détaillé ici)

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