Critique de Gary L.

11- Gary L. – 29 ans – (Khâgne Lettres) Agrégé de géographie, Professeur d’université Science de la Terre – Lyon
Sensibilité littéraire : littérature classique et fantastique, Zola, Jules Verne, bouddhisme avec Matthieu Ricard

LE LIVRE COMPLET ♥♥  6,6/10[moyenne des 4 vol en comptant 0 pour le vol IV]

Volume I  ♥♥♥  8 à 9

Volume II  ♥♥♥♥  10

Volume III  ♥♥♥  8

Volume IV  [pas de note]

* la note chiffrée estime la qualité littéraire formelle et la note de cœur l’adhésion intime


VOLUME I  ♥♥♥  8 à 9

Commentaire

L’attrait et la qualité de ce premier volume sont au-dessus de bien des publications actuelles.
D’emblée, la référence spirituelle, et notamment biblique, est forte : le mythe du prophète incarné par l’enfant Thomas, tandis que sa mère fait songer à Marie.
Le livre est bien écrit et bien construit. L’oralité des dialogues se marie bien avec la narration. J’apprécie tout particulièrement sa structure en plans séparés qui nous fait passer d’une séquence à une autre sans transition, avant de nous faire prendre conscience de leur lien interne. De par ma sensibilité de géographe, j’ai trouvé aussi très bien venu le changement de dimension entre le premier épisode où tout est perçu en gros plan à la taille du village, et le deuxième épisode qui aborde la réalité du monde qui l’entoure par un plan plus général.
L’imaginaire fantastique donne une très bonne métaphore de notre monde contemporain, qui est bien celui du pouvoir de la Communication que les cubes gris, les boules noires et les personnages qui leur sont liés mettent fortement en relief. Il en ressort un grand contraste entre le positif et le négatif. Le lecteur traverse ainsi des scènes éprouvantes et violentes, avant de retrouver la candeur et la naïveté de l’enfance préservée dans l’atmosphère du Mongonastère, passant de l’oppression à la délivrance, des ténèbres à la lumière. Le Mongonastère n’est d’ailleurs pas sans rappeler le bouddhisme tibétain.
Les personnages constituent la grande force du livre. Ils sont marqués par la complexité, dépassent le simple manichéisme, portant ainsi en eux une part d’ambivalence qui rend difficile le jugement arrêté pour le lecteur. La focalisation interne permet au lecteur de percevoir de l’intérieur le point de vue des personnages, leurs émotions et leurs états d’âme. De la sorte, ils ne sont pas complètement définis et gardent un destin ouvert, en attente de développement, ce qui attise le désir de suivre leur évolution.
C’est comme ça qu’apparaît d’abord Thomas qui ne se dévoile que par petites touches, semant des indices de ce qu’il porte en lui sans se départir pour autant de son mystère.
Dans un registre opposé, le personnage d’Ungern obéit au même procédé qui le rend fascinant. Inspiré du personnage historique, il possède une dimension luciférienne très intéressante. Génie tourmenté, à la fois victime et bourreau pour avoir été supplicié dans l’enfance avant de devenir lui-même tortionnaire, sa recherche obsédante de la vérité laisse pressentir qu’il détient des clefs sur la réalité de Mongo.
Dans le monde contemporain, qui se désintéresse de la vieillesse au point de la considérer comme anormale, les personnes incarnant une sagesse des Anciens sont particulièrement intéressantes. La trisaïeule excentrique, le Dicteur du Mongonastère et surtout Zabir donnent à réfléchir. Zabir incarne un idéal de pédagogue, s’exprimant à hauteur d’enfant, pratiquant l’art de la maïeutique plutôt qu’assénant son savoir et refusant de prétendre avoir réponse à tout.
Enfin, j’ai particulièrement apprécié les différents niveaux de lecture, cultivés tout au long du livre, qui permettent plusieurs niveaux de compréhension. Le passage où Zabir emmène Carlos et Thomas au fond du canyon est très intéressant. S’agit-il d’une épreuve initiatique, d’un rêve de Thomas, d’une métaphore du passage de l’enfance à l’adolescence ?

Ce qui pourrait être amélioré ou corrigé

J’ai été désarçonné par la scène sexuelle entre Ambre et Djack dont le ton grivois détonne sur l’ensemble, et je trouve la scène en elle-même trop longue.


VOLUME II  ♥♥♥♥  10

Commentaire

J’ai adoré ce deuxième volume au point de le lire deux fois de suite.
Tout se passe durant deux longues journées d’initiation présentées par l’instructeur Moyahm Shédid aux jeunes novices Carlos et Thomas, révélant le rôle central d’éducation du Mongonastère. On assiste avec eux à la découverte et à l’exploration du monde de Mongo qui est aussi le nôtre, car l’univers fantastique apparaît de plus en plus clairement être un miroir de notre réalité, la fiction fusionnant avec le réel. Il nous présente un futur proche possible, comme un aboutissement poussé aux extrêmes des grands courants dans lesquels nous sommes entraînés, ce qui permet de les percevoir avec un relief saisissant.
Mongo orchestrant les milliards de cubes gris symbolise la fusion de tous les médias. La description de son évolution par mutations successives le propulsant à des niveaux d’harmonie et de pouvoir toujours plus élevés est très bien amenée. Elle reflète la progression des mises en réseaux tissant la trame de notre mondialisation toujours plus profonde, et j’ai particulièrement apprécié la façon dont Mongo finit par se libérer des énergies externes pour accéder à son autonomie.

La deuxième journée d’initiation commence par une longue analyse socio-économique qui s’apparente à un article scientifique. On quitte alors la dimension romanesque mais ça ne m’a pas dérangé. Au contraire, car ce passage reste profondément intégré aux thèmes du livre et les renforce même considérablement par des éclairages originaux inattendus. On reste dans une écriture fluide, agréable à lire. L’exposé est résolument pédagogique, il s’enchaîne bien, logiquement, avec clarté, la compréhension coule de source et c’est ici la grande force du livre qui rend cet exposé passionnant.
La présentation de la monnaie de dette, bien que j’en avais déjà une approche succincte, a été une vraie découverte car on en ressort avec une vision claire et complète du processus. Même chose avec la démonstration de l’impasse de la croissance économique infinie et la nécessité vitale d’aller vers la décroissance, une réalité qui m’est déjà familière et à laquelle j’adhère à 100%, et qui là est imparable en allant au bout de ses conséquences.
J’ai trouvé très original et très fort le passage sur la culture des quatre richesses qui m’a particulièrement marqué, ainsi que le passage sur la monnaie d’attention qui éclaire notre monde d’aujourd’hui. Il révèle le facteur économique émergeant de l’attention qui alimente les réseaux sociaux et les médias en général, le mettant bien en perspective.
On quitte cette longue analyse socio-économique en ayant pris de la hauteur sur l’état de notre monde, avec une vision globale cohérente qui met de l’ordre dans sa confusion apparente tout en renforçant nos intuitions initiales, ce qui est un joli tour de force. J’ajoute qu’étant en phase avec toutes les idées développées, c’est un livre pour lequel je pense ” avec “, ce qui s’accompagne d’une impression forcément plus réjouissante et gratifiante que penser ” contre “.
Après avoir abouti à la conclusion que l’inconscience humaine est la racine du mal, le livre poursuit son développement sur le plan de l’inconscience collective humaine qui est le vrai visage de la Bête Immonde à laquelle nous participons tous de par nos propres actes individuels d’inconscience. Là aussi, je suis en accord avec cette vision qui est très bien mise en perspective et résonne clairement. La description de la frontière séparatrice comme un des principaux poisons de la Bête Immonde évoque bien ce vers quoi notre monde est en train de tendre. Nous commençons à ériger des murs pour empêcher ” l’invasion ” des migrants dans les nations privilégiées. Des quartiers fermés et sécurisés se développent pour isoler les riches des pauvres, notamment aux abords des favelas. Et nous ne réalisons pas qu’il n’y a pas réellement un bon côté de la frontière séparatrice opposé à un mauvais côté, mais que c’est la frontière en elle-même qui est néfaste parce qu’elle génère de la tension et du mal-être des deux côtés. C’est bien mis en évidence quand on pénètre dans la forteresse au fond de la basse ville où l’élite richissime et célébrissime y vit complètement isolée. A l’image des stars de la télé-réalité qui affichent en public un bonheur de pacotille superficiel, on découvre derrière l’apparence leur misère existentielle.

La crise de doute de Moyahm Shédid est aussi un passage marquant. La tension culminante de son angoisse le poussant au lâcher prise de son contrôle, puis son abandon forcé l’éveillant à une paix intérieure inattendue, l’ensemble de la progression sonne juste et est bien construit. Il ouvre un pan différent de la personnalité du vieil homme, ce qui enrichit le personnage en lui donnant de la complexité et de l’ambivalence.
Même remarque lorsqu’on aborde le passé traumatique de Carlos à la fin qui lui donne plus d’épaisseur. Comme je l’avais déjà signalé dans la façon de traiter les personnages principaux dans le volume I, ils ne sont ni tout blanc ni tout noir, ils oscillent entre bon et méchant, de sorte qu’ils ne sont pas complètement définis et gardent un destin ouvert qui donne envie de suivre leur évolution.

Ce qui pourrait être amélioré ou corrigé

Rien à signaler.


VOLUME III  ♥♥♥  8

Commentaire

On renoue avec l’épopée romanesque mouvementée. Toujours en rapport avec ma sensibilité de géographe, j’ai beaucoup aimé l’approche des changements de météo. La progression de l’orage qui suit l’état de tension intérieure de Thomas jusqu’à son éclatement, sa vision des divinités ou polarités sexuelles primordiales dans les éclairs de foudre, puis le déclenchement de son travail de recherche intérieure avec la lourde pluie ininterrompue, jusqu’à la résolution de son tourment amenant la fin de la pluie tandis qu’il rejoint Mafat, je trouve l’ensemble des associations bien amené et cohérent. J’ai aussi beaucoup aimé la description des espaces dans l’île qu’on découvre et ressent au cours des déplacements de Thomas, dans sa course nocturne pour rejoindre Mafat, et quand il découvre les jeunes paysannes des îlets avec Carlos.
Ce moment de première rencontre avec les filles est intense et réjouissant, tout comme quand Thomas en vient à se battre, obscurément poussé par ses pulsions. La scène est une bonne introduction à la violente attirance que Thomas éprouve pour Mafat et qui va lier leur destin. Leur rapport amoureux où s’agitent les troubles de l’adolescence est d’un beau romanesque.
C’est ainsi que Thomas en vient à découvrir l’Ogre, d’abord comme un reflet de sa peur profonde de l’autre et de la sexualité. Avec l’Ogre qui est un personnage typique incarnant les ténèbres, le récit s’apparente ici à de l’héroïc fantasy. On suit les péripéties de Carlos et Thomas jusqu’à leur découverte du sanctuaire des Danseurs accomplis, et c’est toujours bien fait et agréable à lire.

La grande scène d’amour entre Mafat et Thomas est belle et réussie. La crudité du sexe est justifiée et indispensable dans le contexte plus large des énergies sexuelles primordiales incarnées par Éros et Thanatos qui vont être développées par la suite.
L’expression du désir entre les jeunes amants est saturée, un peu à la manière de Tarantino qui cultive l’hyper-esthétisation. Mais ici les personnages sont graduellement poussés aux extrêmes de leur perception du désir et de l’amour, ce qui conduit à révéler leur part mythologique ou divine. Comme le héros grec qui est moitié terrestre moitié céleste, les personnages doivent aller au bout d’eux-mêmes, au bout de leur limitation humaine, pour entrer en contact avec l’absolu de l’idéal céleste qu’ils portent en eux. On assiste alors à la métamorphose graduelle des amants jusqu’à l’apothéose dans l’absolu de l’union idéale, qui est aussi celle de la conscience océanique. Cette progression graduelle nous fait percevoir comment Thomas passe spontanément d’un niveau de conscience à un autre, d’un niveau d’harmonie à un autre, ce qui est le but de son éducation de Danseur, et qui se traduit par une sensibilité toujours plus fine, une ouverture, une confiance, un abandon, une réceptivité et une communion toujours plus grands entre les amants.

Ce qui pourrait être amélioré ou corrigé

Le dernier tiers du volume, soit tout le passage où Thomas sort de sa nuit d’amour transfiguré, est trop long à mon goût. Il m’a fait songer à l’expérience de la nuit d’illumination de Pascal qui a déclenché sa conversion. On est dans une écriture lyrique enflammée qui est souvent trop insistante. Notamment sur les thèmes de la Vulve dévorante, d’Éros et Thanatos qui ont tendance à se répéter sans progression et sans rien apporter de nouveau. Idem pour les deux grands passages en italiques.
Je considère néanmoins que tous les thèmes sont à leur place, qu’ils ont leur raison d’être nécessaire au propos du livre, mais qu’ils pourraient être resserrés à l’essentiel (jusqu’à un tiers du texte) sans rien perdre de leur pertinence, qu’ils y gagneraient même certainement en lisibilité en gardant davantage le lecteur focalisé sur l’essentiel.


VOLUME IV    [décrochage]

Commentaire

J’ai lu environ 130 pages de ce quatrième volume, mais je trouve cela globalement pénible. Il ne se passe pas grand chose, je trouve que le propos tourne en rond. Le style est trop souvent ampoulé pour moi, et la densité de contenu trop faible. Le livre ne correspond pas spécialement non plus à ce que j’ai envie de lire en ce moment. Je ne sais pas si je suis hermétique à la dimension spirituelle, c’est plutôt d’un point de vue formel que je trouve le livre pénible.

Je souhaite donc interrompre la lecture et ne pas la reprendre.

12- Valérie B. – 49 ans – Directrice périscolaire – Alsace
Sensibilité littéraire : éclectique, fantastique, développement personnel, Boris Cyrulnik, Ken Follet “Les Piliers de la Terre”, Pierre Bottero, “Harry Potter”, “Le Seigneur des Anneaux”.

LE LIVRE COMPLET ♥♥  6,1/10[moyenne des 4 vol en comptant 0 pour le vol IV]

Volume I  ♥♥♥  8

Volume II  ♥♥♥♥  9,5

Volume III  ♥♥♥  7

Volume IV  [non lu]

* la note chiffrée estime la qualité littéraire formelle et la note de cœur l’adhésion intime


VOLUME I  ♥♥♥  8

Commentaire

Je lis très vite et ce premier volume m’aura pris deux heures.
La lecture est facile, les personnages sont attachants et intéressants. On rentre bien dans le roman. La progression va crescendo avec une montée du suspens, de même qu’on suit avec intérêt l’évolution des personnages. Si le livre s’apparente au fantastique et à la science-fiction, il peut ouvrir le lecteur à d’autres genres car il traite aussi des cas de conscience, de l’éducation et des problèmes sociétaux relevant plus du roman psychologique et philosophique.
Le cœur du récit est dans l’histoire de Thomas qui est très visuelle. C’est un imaginaire cinématographique qui se déploie naturellement et sans effort au cours de la lecture.

Dans la première partie, quand survient la longue scène sexuelle, elle casse le récit au point de se demander en quoi elle lui est liée. Si cette première partie s’était arrêtée là, il est probable que je n’aurais pas eu envie d’entamer la seconde partie. Mais elle renoue fort heureusement avec le récit en suivant les tiraillements de l’enfant et de sa mère, pour aboutir au finale par une très belle description de la déchirure de la séparation. Elle fait ressortir le questionnement d’une acceptation ambiguë qui est à la fois volontaire et forcée. En tant que mère, il est difficile de ne pas être touchée par ce moment émotionnel culminant. Il installe alors une attente de la deuxième partie dans un désir de découvrir le développement des personnages et la progression du récit.

La seconde partie m’a encore davantage séduite que la première qui sert surtout à installer l’intrigue et l’univers. Ici l’écriture devient fluide, coule de source, elle révèle la tessiture de l’auteure. C’est toujours très visuel, avec une belle description maîtrisée de l’ensemble, de l’environnement, des situations, des personnages et de leurs sentiments, de sorte que la lecture reste constamment très agréable.
Je retiens particulièrement le personnage noir d’Ungern qui contient un petit point blanc (ce que laisse pressentir la connexion de l’enfant brisé en lui avec la petite fille esclave), source d’une éventuelle future rédemption par une transformation positive. Mais je retiens surtout tout ce qui touche à l’univers des enfants avec la pédagogie épanouissante dont ils jouissent au Mongonastère. Leur maître Zabir les encadre et les guide en leur laissant la liberté d’apprendre par eux-mêmes. Il ne leur donne pas de réponses toutes faites mais les stimule à trouver eux-mêmes les réponses. Par des jeux aussi bien que des épreuves qu’il leur propose sans les forcer, il les pousse à se dépasser. De cette façon, ils prennent confiance en eux et en leur potentiel de créativité qui peut s’exprimer librement.
Je note également l’accroche finale de la petite fille au tempérament bien trempé qui excite ma curiosité d’en savoir plus à son sujet.

Ce qui pourrait être amélioré ou corrigé

Mes réserves concernent la première partie. La très longue description du jeûne comme s’il s’agissait d’un mode d’emploi détaillé m’a dérangée en me donnant l’impression que l’auteure cherchait à m’imposer son point de vue.
La référence à l’église comme signe religieux pour la fête du village m’a aussi contrariée.
Alors qu’il s’agit visiblement d’une communauté futuriste déconnectée du monde, on retrouve des oppositions archaïques hommes femmes qui prêtent un peu à rire, tout comme l’image de la femme, séductrice et provocatrice des pulsions sexuelles.
Ce qui conduit à la domination phallique de la scène sexuelle entre Ambre et Djack qui est trop longue à mon goût. Elle déséquilibre le récit, impose une tournure différente grossière qui rompt avec la tonalité sensible générale. Je l’ai alors parcourue rapidement en la lisant en diagonale.


VOLUME II  ♥  9,5

Commentaire

Incroyable! C’est le premier mot qui me vient pour ce deuxième volume, car tout au long de ma lecture j’avais l’impression de lire mes propres pensées. J’étais absorbée comme si je me lisais moi-même en voyant se dérouler ma pensée en toute clarté. J’ai terminé le livre avec la sensation réjouissante de ne pas être seule, tandis que tout ce qui restait à l’arrière-plan de ma pensée de façon encore confuse et informulée a pris forme dans une vaste vision claire et explicite.

Le premier point qui a résonné très fort en moi est le drame de la baisse de capacité d’attention de l’humanité, directement liée à la fascination hypnotique des divertissements présents dans les écrans. Je perçois clairement cette dégradation dans mon travail avec les enfants qui s’aggrave d’année en année. Elle augmente leur tendance à l’hyperactivité, donc leur incapacité à poser volontairement leur attention qui est nécessaire à tout apprentissage, pendant que leur attention est accaparée par des futilités, des divertissements vides de valeur. Le livre montre bien l’effet pervers de l’attention monnayable comme première source de richesse dans notre monde de la Communication, car elle incite à la recherche d’attractivité maximale et permanente pour s’enrichir, d’où le développement de divertissements de plus en plus addictifs mais sans âme, sans aucune valeur d’élévation culturelle.
La reconquête du pouvoir de notre attention devient un enjeu social et politique qui est très bien mis en lumière par l’audicratie, la responsabilité de notre goutte d’eau dans le vote continuel de notre attention qui enrichit et fait croître tout ce sur quoi nous la portons.
Ça renvoie directement à l’analyse critique de l’industrie des croquants, dont la malignité consiste à nous rendre attractif ce qui n’a aucun intérêt. Et pire encore, car elle est le soutien indispensable de notre société de consommation qui conduit l’humanité vers sa destruction, comme le montre encore très bien le livre.
Après la présentation des sombres désastres qui nous attendent en perpétuant la religion de la croissance, on accède à des propositions lumineuses réjouissantes qui font apparaître des issues possibles pour renverser le cours de notre déchéance. Ici on retrouve des idées déjà en germe dans l’activisme citoyen planétaire : la réappropriation du pouvoir de création monétaire par les citoyens, la fin du travail productif assurée par un revenu d’existence universel… S’y ajoute la réponse culturelle indispensable pour résorber la négativité humaine, ouvrant sur la nécessité de l’essor du travail non-productif destiné à enrichir l’humanité sur le plan des trois richesses supérieures de la culture des quatre richesses (richesse des relations humaines, richesse de la santé physique et mentale, richesse de la joie et de la paix intérieures).
La conclusion du long développement du Dicteur aboutit à l’inconscience humaine comme la racine du mal à éradiquer. Elle apparaît de façon frappante sous la forme de l’Hydre destructrice du monde, en tant qu’agrégat de l’inconscience collective de l’humanité constitué des gouttes d’inconscience de chacun d’entre nous. Toute cette présentation est très éclairante, surtout en montrant comment la Bête immonde se propage grâce à ces quatre poisons que sont la tyrannie du temps, le gigantisme, la verticalité pyramidale et la frontière séparatrice.

J’ai apprécié une fois de plus la pédagogie novatrice du Mongonastère. Carlos et Thomas sont stimulés par la curiosité, la soif d’apprendre, ils développent leur capacité à élaborer une pensée, une argumentation, etc.
J’ai bien aimé aussi comment le Mongonastère s’est libéré du temps. Pas d’horloge, pas d’âge à porter, on se fiche du “jeunisme”.
J’ai été très réceptive à la crise de doute du Dicteur. Il montre ses limites qui le poussent au lâcher prise, à cesser de vouloir tout contrôler. Ça l’amène à une renaissance par l’acceptation. Mais l’événement personnel qu’il a traversé semble aussi annoncer un modèle pour l’humanité à travers un effondrement possible pour mieux renaître.
Le doute de Thomas, lui, est constructif et rend le roman plus crédible en laissant soupçonner le comportement manipulateur de Mongo. Quant à Mongo, la fin du livre suggère qu’il s’est retiré des affaires du monde pour que l’homme se sauve lui-même en ayant d’abord foi en lui-même. Mongo symboliserait alors l’énergie positive de la conscience collective de l’humanité.

Ce qui pourrait être amélioré ou corrigé

Les commentaires du Dicteur s’accompagnent parfois de répétitions immédiates inutiles (pédagogiquement parlant), mais ça reste léger.


VOLUME III  ♥♥♥  7

Commentaire

Je mets trois cœurs car toute la partie romanesque m’a beaucoup plus. Cependant je me serais limitée à deux cœurs pour le dernier tiers introspectif auquel je n’ai pas accroché sauf à la toute fin.
De fait, il m’a fallu attendre d’aller à la fin du volume pour percevoir sa cohérence d’ensemble. Jusque là je ne voyais pas la raison d’être de l’Ogre, de Mafat, puis des changements de style, dans leurs rapports entre eux. La connexion s’est établie pour moi à la fin quand est développé le thème de la fable que j’ai trouvé très intéressant et révélateur. Il apporte un contre-poids salutaire au long développement des ” vérités ” spirituelles dont Thomas prend conscience quand il sort illuminé de bonheur de sa nuit avec Mafat, en rappelant justement qu’on ne connaît jamais la vérité. Personne ne peut prétendre détenir la Vérité, et encore moins la formuler une fois pour toutes.
C’est une bonne manière de relativiser les ” vérités ” révélées des religions qui lorsqu’elles sont prises au pied de la lettre en tant que dogme intouchable sont la cause des guerres de religion où chacune veut imposer sa vérité révélée. Alors que leur support sont en réalité des fables, des histoires interchangeables qui pointent vers une vérité qu’il nous reste toujours à découvrir. Et ici, le récit nous indique que nous sommes dans une belle histoire qui nous incite à tendre vers la vérité, en tant qu’elle est une démarche toujours renouvelée pour progresser sans jamais pouvoir prétendre atteindre définitivement cette vérité.

Le livre renoue avec le romanesque quand Carlos et Thomas rencontrent les jeunes paysannes des îlets. La scène est bien menée, vivante et attrayante. On retrouve la discrimination marquée entre hommes et femmes. Le coup de foudre de Thomas pour Mafat est aussi bien évoqué. Leur première rencontre et le blocage de la peur de Thomas le conduisant à la révélation de la bête humaine en lui sonnent juste.
Il part alors à la rencontre de sa peur profonde qui va le conduire à l’Ogre enfermé dans la cave. Le récit est prenant et on sent bien le climat de peur qui l’habite. Thomas a une démarche d’affrontement volontaire pour dépasser sa peur. Alors que Carlos est plus dans l’acceptation, il se démarque de lui par son doute qui le force à se remettre en cause en prenant le risque de se perdre.
Ce qui se concrétise quand il plonge avec Carlos dans la pièce noire en s’attachant par la main. Le fait qu’ils s’en sortent parce qu’ils sont restés main dans la main est un beau passage et un beau symbole. Il montre que la quête de Thomas n’est pas totalement solitaire et qu’il peut recevoir aussi l’aide de Carlos.
Suit la découverte du sanctuaire des Danseurs accomplis qui sont comme en stase. Leur contact va libérer Thomas de sa peur profonde par un sentiment d’acceptation et de reconnaissance de son innocence fondamentale. Il se sent dès lors libre de retrouver Mafat. Il se lance à sa rencontre dans la nuit pluvieuse qui l’oblige à plonger dans le courant d’un torrent. La scène est marquante et fortement évocatrice de l’élan de son désir.
Suit la longue nuit d’amour de Mafat et Thomas qui est réussie. La connexion et la communication entre les jeunes amants passent bien. La progression de leur ouverture et sensibilité mutuelles est perceptible, tout comme on perçoit qu’ils s’élèvent vers des niveaux de conscience plus élevés dans les phases de leur union. Seul bémol, l’utilisation de la potion psychotrope. Je l’ai trouvée incongrue et pas nécessaire, parce qu’elle ne correspond pas à mon goût à la personnalité simple de Mafat.

Ce qui pourrait être amélioré ou corrigé

Ma critique porte sur la partie introspective du troisième tiers du livre qui quitte la dimension romanesque pour développer une vision spirituelle présentée d’une manière trop abstraite.
Il y a un changement de style marqué avec des répétitions trop flagrantes. Je trouve qu’il y a un problème de tempo, de rythme insuffisamment soutenu qui fait qu’on ne s’y accorde pas, avec pour effet d’avoir tendance à se disperser et à décrocher du contenu.
Il faudrait pouvoir le réécrire en le rendant plus visuel et intuitif (sans abstraction), et plus condensé sur l’essentiel.
(Je reconnais toutefois que ma réceptivité de ce texte introspectif a pu été réduite du fait de l’avoir lu dans une période de grande préoccupation due à des difficultés personnelles)


VOLUME IV  [Décrochage – vol non lu sans commentaire]

13- Lakshman U. – 24 ans – Master en gestion, 2ème année psychologie – Strasbourg
Sensibilité littéraire : éclectique, autobiographie, Développement personnel, “Harry Potter”, Paulo Coelho, “L’alchimiste”, “1984” de Orwell

LE LIVRE SUR 3 VOLUMES ♥♥  5/10[moyenne des 3 vol en comptant 0 pour le vol III]

Volume I  ♥♥♥  8

Volume II  ♥♥♥  7

Volume III    [décrochage] 

* la note chiffrée estime la qualité littéraire formelle et la note de cœur l’adhésion intime


VOLUME I  ♥♥♥  8

Commentaire

Je trouve que c’est plutôt bien écrit.
L’entrée en matière a été faite de façon convenable : elle est accrocheuse et directe, commençant par un événement qui maintient le lecteur en haleine et le pousse à être avide de connaître la suite. 
Si la première partie sert à installer les bases de l’intrigue, la deuxième partie devient plus entraînante et captivante, nous plongeant dans le récit du fait de mieux percevoir le fil conducteur.
Je trouve que la description du monde de la Communication et sa critique sont particulièrement bien rendues et pertinentes.
Concernant les personnages principaux, ils ne sont pas tout d’une pièce, ce qui les rend intéressants parce qu’on ne les cerne pas facilement. On voit que le Dicteur, autoritaire et manipulateur, obtient toujours ce qu’il veut, mais en même temps on découvre qu’il est rongé de doutes. De même, Ungern est extrêmement sombre et malfaisant, mais on ne peut pas le condamner complètement à cause de son passé d’enfant martyrisé qui l’excuse en partie.
Ce premier volume s’achève sur l’introduction du personnage féminin de la petite fille qui laisse entrevoir une histoire d’amour à venir, ce qui stimule l’envie de lire la suite.
Les deux points forts que je retiens de ma lecture :
1- L’auteure laisse s’exprimer les différents points de vue des personnages sans prendre partie, ce qui permet de développer son propre esprit critique.
2- Le livre transmet des messages de façon subtile et bien dosée, ce qui est très bien venu, car pour ma part, je trouve qu’une œuvre reste incomplète si elle ne délivre pas de message à son lecteur.
C’est par exemple le cas sur l’avertissement discret contre les OGMs. Mais c’est bien plus marqué dans tout le passage où Zabir enseigne aux enfants à distinguer entre la peur réelle et la peur imaginaire (qui fait écho au monde d’Ungern qui règne par la terreur), tout comme comment reconnaître son véritable maître en étant en contact avec son corps. Il y a toujours un bon dosage entre les situations imagées et l’explication, de sorte qu’on comprend facilement.
Pour terminer, je dirai que mes lectures précédentes m’ont fait y voir un clin d’œil à Harry Potter, notamment parce que l’enfant quitte sa mère et le monde jusqu’alors connu pour un nouveau monde, où ses talents et ses désirs pourront être comblés.

Ce qui pourrait être amélioré ou corrigé

La partie sur la sexualité ne m’a pas pour autant choqué, étant donné que j’ai considéré la chose dans une globalité. En effet, de nos jours, nous cherchons toujours à promouvoir la jouissance masculine et celle de la femme est placée au second plan, voire jamais mentionnée.
Cependant, dans la préface ou dans le préambule, il faudrait mettre un avertissement, car le livre n’est pas adapté à tout public, ce passage sexuel pouvant facilement heurter certaines sensibilités.


VOLUME II  ♥♥  7

Commentaire

L’histoire continue de bien évoluer sur le plan romanesque, apportant à présent les réponses aux énigmes de Mongo qui dévoilent une image complète de l’univers avec sa cohérence. Tout ce passage reste captivant, jusqu’à ce qu’on arrive au milieu du livre qui bifurque sur une partie théorique. A partir de là, j’ai été contrarié dans ma lecture. Le premier volume était très accrocheur, apportant un vrai plaisir de lecture. Mais ce n’est plus le cas lorsqu’on entre dans la partie théorique. La lecture devient plus difficile en demandant un effort pour suivre les propos, alors qu’avant on était automatiquement entraîné par la force du récit. On quitte aussi le fil conducteur de l’histoire qui nous fait perdre l’imaginaire dans lequel on était embarqué, d’où ma contrariété. Mais si le plaisir de lecture disparaît dans la partie théorique, il est remplacé par un grand intérêt pour toutes les révélations et les informations nouvelles qu’elle contient. Et en sortant du livre, je ne peux que reconnaître qu’il m’a enrichi en me laissant une impression profonde et en m’ouvrant sur d’autres perceptions. C’est pourquoi je trouve ce deuxième volume finalement plus intense et profond que le premier. Moi qui attends d’un livre qu’il puisse aussi m’instruire, de ce côté-là je suis servi. Il m’a nourri et éclairé malgré qu’il demande plus d’effort de lecture.

Des grandes révélations qu’il m’a apportées, je retiens l’éclairage sur la nature de la dette qui est un vrai choc tellement il est différent de ce qu’on entend dans les médias. Il montre qu’elle n’est pas faite pour être remboursée car sinon elle détruirait la masse monétaire bâtie sur la dette, ce qui gèlerait toute l’économie. Elle n’existe alors que pour contraindre les peuples à travailler sans fin pour faire migrer l’argent de leur travail vers la puissance financière qui prélève les intérêts sur leur dette, une dette qui en réalité est fictive tout comme l’argent qui l’a créé.
L’éclairage sur l’impasse de la croissance infinie dans laquelle nous sommes coincés avec toutes ses répercussions désastreuses est très bien développé aussi.
J’ai été particulièrement marqué par le concept des quatre richesses qui est très pertinent. Il remet en perspective le sens de la richesse, en montrant que ce qu’on en attend véritablement est une augmentation de notre bien-être général. Ce bien-être ne peut être obtenu uniquement par l’augmentation de la richesse matérielle. Il demande aussi d’avoir une bonne santé, de bonnes relations humaines, un équilibre intérieur qui procure la paix et le calme, ce que la seule richesse matérielle ne peut pas nous donner.
L’audicratie est une autre idée très intéressante qui a eu un fort impact sur moi. Elle a modifié ma perception au point que depuis je ne place plus mon attention n’importe où. Il est très rare qu’un livre parvienne à modifier mon comportement. C’est le cas ici et ça mérite d’être souligné.
Vers la fin du livre, quand le Dicteur craque et se met à pleurer, ce passage m’a aussi marqué. J’ai trouvé très intéressant tout ce qui ressort de son recueillement méditatif, quand il réalise qu’il n’y a pas un père supérieur au-dessus de nous ou un Dieu pour nous sauver et s’occuper de nous. Le pouvoir d’agir est à l’intérieur de chacun de nous. Le destin de l’humanité est entre nos mains, c’est à nous d’exercer notre pouvoir d’action et de création pour nous sauver de l’autodestruction et engendrer un monde meilleur. Aucune puissance extérieure ne le fera à notre place.

Ce qui pourrait être amélioré ou corrigé

Il faudrait peut-être trouver une manière de rendre la partie théorique plus captivante et vivante en l’intégrant davantage à l’imaginaire du récit romanesque.


VOLUME III    [décrochage – pas de note]

Commentaire

J’ai finalement décroché sur ce troisième volume en arrêtant ma lecture à la page 155.
Je ne souhaite pas continuer car le livre n’a pas de fil rouge, et c’est très difficile de maintenir mon intérêt pour terminer le roman.
Ce n’est pas comme si on suivait l’évolution d’un personnage à travers le récit. A titre de comparaison, chaque roman de Harry Potter était très bien écrit à mon avis. J’avais envie de savoir ce qui se passait au prochain chapitre.
Un roman que j’ai eu du mal à terminer était Twilight, le tome 1. Je me suis arrêté au milieu puis j’ai quand même repris la lecture pour le terminer, car je l’avais commencé. Dans le cas de Mongo, je n’ai même pas cette envie.
De plus, je trouve la description de l’acte sexuel entre Mafat et Thomas crue, vulgaire et pas nécessaire. Tout comme lorsque Thomas fait la connaissance de l’Ogre.

Certes ce roman nous permet d’apprendre certaines choses, comme par exemple le fait que la dette ne sera jamais remboursée, que c’est sur elle qu’est basée l’économie. Que nous sommes aujourd’hui dans un monde qui tourne autour de l’attention que l’on porte sur les choses (publicités).
Mais je trouve que la façon d’écrire de l’auteure n’est pas bonne, en tout cas elle ne m’a pas séduite.
A titre de comparaison à nouveau, 1984 de George Orwell est un roman que j’ai adoré et je n’ai eu aucun mal à le terminer.


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