travail (2)

2/[travail ; emplois ; guerre ; croissance ; nuisance ; délinquance]

La guerre, c’était du malheur pour l’humanité, mais ce malheur avait du bon, il était extrêmement bénéfique pour relancer la croissance. Faisant d’une pierre deux coups, les nations puissantes assaillaient de préférence les contrées gorgées de ces matières premières qu’elles convoitaient si âprement en les arrosant d’une pluie de reconstrurie l'irakbombes ininterrompue durant des semaines, ce qui leur permettait de se débarrasser rapidement de leurs stocks d’armement tout en détruisant les infrastructures du pays, pour ensuite, lorsqu’elles avaient conquis la place, se mettre à tout reconstruire. La guerre obéissait à la même logique de renouvellement de la production indispensable à l’écoulement des marchandises, mais en accéléré et en nettement plus radical. Le besoin de refaire les stocks d’armement fournissait à nouveau du travail aux usines, et tout comme un vitrier indélicat en manque de profit se proposerait de remplacer les carreaux qu’il avait cassés la veille, les entreprises complices de la destruction du pays se lançaient dans sa reconstruction en s’assurant de juteux bénéfices. On voyait ici se vérifier qu’une activité nuisible, pour ne pas dire hautement criminelle, était en même temps vertueuse puisqu’elle était avant tout porteuse de croissance, et donc pourvoyeuse d’emplois.

C’était bien là le plus grand tour de force de la religion de la croissance que de pouvoir se perpétuer indéfiniment à travers les nuisances qu’elle générait. Car loin d’être affaiblie par ses nuisances, elle s’en nourrissait au contraire, ayant l’étonnante capacité de les récupérer pour en faire la base de nouveaux secteurs d’activité porteurs de croissance. La consommation de plus en plus boulimique des peuples produisait des montagnes de déchets d’où émergeait maintenant toute une industrie s’attelant à les éliminer et à les recycler, et la nuisance des déchets devenait vertueuse parce qu’elle alimentait cette nouvelle industrie en plein essor, une industrie porteuse de croissance et donc pourvoyeuse d’emplois. L’inexorable extension de la ruche industrielle sur tous les territoires, conjointement à l’incessante prolifération et accélération des moyens de transport et de circulation des marchandises, requerraient toujours plus d’énergie et de ressources naturelles dont la consommation s’accompagnait de sécrétions nocives en quantités toujours plus vastes. L’impact de l’industrie humaine sur son environnement vital commençait à être si marqué qu’il parvenait à détériorer jusqu’au climat, provoquant des inondations, des sécheresses ou des ouragans sans précédent. Face à de telles catastrophes, des mesures avaient bien été proposées pour tenter de réduire cet impact dévastateur, mais c’était comme d’essayer de remonter à la nage un fleuve au courant puissant qui emportait tout sur son passage. Aucune de ces mesures, même les plus planète poubellebrillantes d’entre elles, ne pouvait tenir la route pour la bonne raison qu’elles allaient toutes à contre-courant de la croissance, qu’elles étaient contre-productives, parce qu’elles alourdissaient fatalement les coûts de production, écueil insurmontable aussi longtemps que la survie de l’activité économique mondiale dépendait de l’écoulement ininterrompu des marchandises. En revanche, le fait que la terre, l’eau et l’air soient de plus en plus chargés de poisons créait le besoin nouveau de s’en prémunir, ce qui ouvrait le champ à une nouvelle industrie mettant en œuvre des procédés de purification pour ceux qui avaient les moyens de se les procurer, une industrie porteuse de croissance et donc pourvoyeuse d’emplois. Quant aux catastrophes naturelles de plus en plus violentes et meurtrières, elles rejoignaient la même logique de renouvellement de la production imposée par la guerre, cette logique de destruction accélérée qui permettait d’ouvrir rapidement de nouveaux chantiers de reconstruction porteurs de croissance et donc pourvoyeurs d’emplois.

Autre nuisance génératrice de bienfait : la délinquance, cette délinquance massive qui continuait elle aussi de progresser avec la croissance. La délinquance, c’était de la destruction là encore, du vandalisme, de l’agression, de la souffrance, du malheur pour l’humanité, mais ce malheur avait du bon, car il était la base de toute une industrie de la sécurité, de la protection, de la surveillance, du traitement judiciaire et de l’incarcération qui fournissait désormais du travail à une centaine de millions d’individus.

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3/[travail ; emplois ; nuisance ; négativité humaine ; qualité d’existence ; ruine ; misère]


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