riches (3)

3/[riches ; économie de l’attention]

Pourquoi en tout temps les riches n’étaient jamais satisfaits de leur richesse ? Pourquoi, alors que leur fortune les mettait définitivement à l’abri du besoin et de l’insécurité, leur en fallait-il toujours plus ? L’énigme trouvait sa résolution dans l’attention. Parce qu’une fois leur bien-être matériel assuré, le surcroît de richesse leur servait à attirer l’attention, et plus ils pouvaient étaler de richesse, plus ils attiraient l’attention. Il en avait toujours été ainsi. Les êtres humains fortunés avaient commencé par se couvrir de bijoux précieux pour accroître l’attention sur leur personne. Ils avaient continué ensuite en cherchant à s’approprier d’autres biens convoités qui captivaient l’attention collective, parce qu’en se les appropriant ils canalisaient cette attention collective sur leur personne. À la racine de leur besoin d’enrichissement insatiable se trouvait un besoin d’attention insatiable, richesse = attentionc’est-à-dire plus précisément la souffrance d’un manque d’attention qu’ils s’efforçaient de combler irrépressiblement sans jamais véritablement y parvenir. Et cette souffrance et ce manque ne concernaient pas que les riches mais étaient présents chez tous les êtres humains, si bien qu’ils persistaient quelle que soit la fortune accumulée. Derrière les motivations en apparence extrêmement variées qui les poussaient à s’enrichir sans fin, avidité, possessivité, peur du lendemain, volonté de domination, soif de pouvoir, boulimie de plaisirs ou d’autres encore, on découvrait en les examinant d’un peu plus près qu’elles renvoyaient toutes à une demande d’attention inavouable, qu’elles avaient toutes un lien plus ou moins enfoui avec la souffrance inguérissable d’un manque d’attention.

La véritable jouissance que les riches attendaient de leur richesse, c’était la jouissance de l’attention qu’elle était capable de leur procurer. Jouir d’une richesse qui ne s’accompagnait pas d’une jouissance de l’attention, c’était comme si cette richesse perdait toute saveur et toute valeur. Ce que l’attention avait de jouissif, c’est qu’elle faisait se sentir riche, ce que la richesse avait de jouissif, c’est qu’elle faisait se sentir comblé d’attention. Ne manquait plus alors que l’arrivée des croquants pour boucler la boucle en les confondant dans une même jouissance. Pendant que les croquants se chargeaient d’attirer l’attention collective sur les atours de la richesse en les liant par l’affirmation d’une même jouissance, les consommateurs d’images éprouvaient le besoin de s’approprier ces atours de la richesse valorisés par une attention collective dont ils attendaient qu’elle se porte sur eux pour la jouissance qu’elle leur promettait.

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4/[riches ; frontière séparatrice]

5/[riches ; blanchiment de mauvaise conscience]


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