religion de la croissance (9)

9/[religion de la croissance ; refoulement de la réalité de la mort ; empire financier ; dette]

Le pouvoir absolu étant entre les mains de la puissance financière, ce tyran inflexible et impitoyable porté par les banquiers et les riches détenteurs de capitaux, il ne restait donc plus qu’eux à pouvoir encore agir sur le monde pour remédier à la catastrophe planétaire. Mais comme ceux-ci obéissaient exclusivement à la loi de leur intérêt personnel, et que leur intérêt personnel leur commandait de soutenir une croissance productive qui assurait la solvabilité de leurs débiteurs en générant les profits financiers qui étaient destinés à leur revenir, au lieu de remédier à la catastrophe, ils en étaient les derniers et plus ardents promoteurs.

C’était là l’ultime étape de la religion de la croissance. Le rêve glorieux qu’elle brandissait s’était transformé en cauchemar, plus personne n’était dupe de son visage faussement triomphant derrière lequel se cachait l’immense souffrance qu’elle engendrait, l’humanité savait désormais que cette voie lui était funeste, qu’elle la menait à sa perte et à sa ruine. Et pourtant malgré cela, elle devait s’y enfoncer à nouveau et plus profondément encore. Mais cette fois, c’est totalement désillusionnée et en courindustrie de mortbant l’échine qu’elle retournait dans le giron malsain de la religion de la croissance. Ce qui redoublait son drame, car elle se trouvait coincée dans une position impossible où elle n’avait le choix qu’entre deux maux. Ou bien elle s’opposait au tyran de la puissance financière constitué de la petite minorité richissime qui avait pris possession de tout ce qui pouvait se posséder sur terre, de tous les instruments du pouvoir, de tous les organes de communication, elle s’opposait à cette toute petite minorité qui demeurait la seule à percevoir encore un bénéfice de la croissance, et son suicide était alors assuré, la précipitant dans une catastrophe immédiate et irrémédiable, ou bien elle se remettait à trimer pour relancer une croissance mortifère qui creusait son malheur mais où au moins il lui était permis de temporiser en espérant repousser l’échéance de la catastrophe fatale le plus longtemps possible. Et comme personne n’était disposé à se suicider, que le monde entier voulait échapper à la mort, entre ces deux maux l’humanité se résignait à choisir le moins pire.

Dès lors, propulsés par l’énergie de la peur qui les entraînait dans une interminable fuite en avant, ils se jetaient tous à corps perdus dans la bataille de la croissance. Et plus l’imminence de la chute dans l’abîme de la faillite se rapprochait d’eux, plus l’aiguillon de la mort leur caressait les reins, plus la bataille pour la survie faisait rage et gagnait en sauvagerie et en barbarie. Et tandis que le monde s’embrasait d’un grand feu de peur et de haine inextinguible, ultime aboutissement de la religion de la croissance, son tout dernier masque tombait, mettant la mortsoudain à nu la motivation fondamentale la plus inavouable qui avait commandé son érection dès les commencements. C’était la mort qu’elle repoussait dans son acharnement à croître sans fin, la mort qu’elle voulait vaincre en rejetant et niant toute forme de déclin. La religion de la croissance n’avait pu prendre racine que dans une société humaine qui voyait dans la mort le mal absolu, une société qui par conséquent niait, masquait, effaçait, refusait, rejetait la réalité de la mort sous toutes ses formes et toutes ses apparences. Et maintenant que cette mort la rattrapait par derrière, que la religion de la croissance de par sa volonté même de lui échapper avait fini par devenir la plus grande des pourvoyeuses de mort, cette société désemparée réalisait qu’en soutenant et adorant une croissance infinie comme elle l’avait fait depuis l’origine, elle n’avait fait que soutenir et adorer une gigantesque entreprise de refoulement de la réalité de la mort.

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10/[religion de la croissance ; croquants ; intérêt privé ; matières premières]

11/[religion de la croissance ; accélération ; tyrannie du temps ; refoulement de la réalité de la mort]


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