religion de la croissance (8)

8/[religion de la croissance ; communication hégémonique]

Maintenant qu’il ne lui était plus possible de cacher au monde que le gâteau était limité, la religion de la croissance sentait que son hégémonie acquise sur les consciences était menacée, car non seulement sa promesse d’accomplir l’abondance pour tous n’était plus tenable, mais elle devenait même clairement un danger pour la minorité des privilégiés qui ne pouvaient conserver leur part du gâteau qu’à condition de ne surtout pas le partager. Face à ce péril, la première véritable urgence que percevait la religion de la croissance était de préparer les foules à s’adapter aux inéluctables pénuries et calamités qui les attendaient tout en s’efforçant de ne rien perdre de sa crédibilité. C’est pourquoi elle monopolisait le terrain de la communication en leur montrant qu’elle faisait tout ce qui était humainement possible pour limiter les dégâts, qu’elle se dépensait sans compter pour mettre en œuvre les seules et uniques solutions de sauvegarde crédibles, réalistes, scientifiques, de manière communication hégémoniqueà bien leur faire entendre que les sacrifices qu’elle leur imposait étaient indispensables pour les sauver de la catastrophe, et qu’il n’y avait malheureusement aucune autre alternative. Comme la quasi-totalité des organes de communication étaient à sa solde et continuaient de chanter inlassablement ses louanges, elle n’avait guère de mal à réussir dans son entreprise, surtout qu’en revendiquant le champ de la soi-disant réalité qui réduisait les solutions concevables à sa seule perspective, elle était assurée de noyer dans l’œuf les quelques voix dangereuses qui auraient pu s’élever derrière elle en proposant justement d’autres alternatives, des alternatives véritables, beaucoup plus salutaires et cohérentes mais dont le principal défaut était qu’elles osaient s’attaquer au dogme intouchable de la croissance.
[…]

vieille séduction sirèneL’angoisse du chaos gagnait les peuples qui y répondaient par une colère impuissante tournée vers les castes régnantes, vers ces bons apôtres de la religion de la croissance qui s’étaient offerts de s’occuper d’eux pour les conduire en terre d’abondance. Où donc était cette terre promise ? Comme toujours elle était reportée à plus tard, dans le futur, lorsque le progrès, la science, une nouvelle croissance, mais cette fois c’en était trop, la coupe était pleine. La vieille sirène ne séduisait plus personne, elle rendait même un son de plus en plus macabre qui ne faisait qu’agresser leurs oreilles quand ils se voyaient s’enfoncer jour après jour dans le grand marasme planétaire. Le rêve glorieux de la croissance vacillait, se lézardait de toutes parts, ébranlant jusqu’à ses plus fanatiques adeptes qui semblaient sortir d’un profond état hypnotique pour découvrir encore hébétés un autre visage de la croissance, son visage caché dans l’ombre, le visage ténébreux d’une croissance qui ne produisait plus rien d’autre que du malheur.

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9/[religion de la croissance ; refoulement de la réalité de la mort ; empire financier ; dette]

10/[religion de la croissance ; croquants ; intérêt privé ; matières premières]

11/[religion de la croissance ; accélération ; tyrannie du temps ; refoulement de la réalité de la mort]


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