religion de la croissance (7)

7/[religion de la croissance ; raréfaction des matières premières ; misère ; ruine]

Comment concilier une croissance infinie toujours plus dévoreuse d’énergie et de matières premières avec un monde fini qui ne les recelait qu’en quantité finie ? C’était bien là le nouveau défi, la nouvelle limite naturelle que rencontrait la religion de la croissance et dont elle ne doutait pas qu’elle parviendrait une fois encore à s’en affranchir, confiante en ses succès antérieurs où elle avait su trouver dans toutes les limites qu’elle avait surmontées jusqu’ici un formidable tremplin pour se renforcer.

guerreLes guerres pour la possession des précieuses matières premières se multipliaient. On en dénombrait plus d’une centaine à travers le monde mais celles-ci n’aidaient plus vraiment à soutenir la croissance comme par le passé. Elles étaient mêmes ruineuses à tout point de vue parce qu’entre-temps d’autres grandes puissances rivales s’étaient édifiées sur la croissance, et il ne s’agissait plus ici de la conquête écrasante du fort sur le faible mais de ces grands empires qui se battaient entre eux sur tous les fronts des ressources matérielles disponibles. Personne n’étant plus en mesure de l’emporter définitivement, les zones de conflits donnaient lieu à des combats larvés sans fin où tandis qu’un empire orchestrait en sous-main une guérilla chargée de renverser un gouvernement qui ne lui était pas favorable, un autre empire proposait son alliance à d’autres factions en armant une contre-guérilla, si bien que tout ce qui tournait autour des matières premières convoitées exigeait la protection permanente de forces armées de plus en plus nombreuses et coûteuses. À côté de cela, la nécessité impérieuse d’accéder à de nouveaux gisements conduisait à prospecter le fond des océans et les régions les plus inaccessibles où leur extraction de plus en plus laborieuse et périlleuse demandait des moyens qui là aussi étaient de plus en plus coûteux. Ce que cette nouvelle réalité exprimait, c’était tout simplement que l’offre de matières premières disponibles ne parvenait plus à suivre la demande en augmentation constante que réclamait la croissance productive mondiale, et dès lors que la demande devenait supérieure à l’offre, les prix de ces matières premières qui jusque-là avaient été maintenus au plus bas ne pouvaient plus que s’envoler. On se trouvait donc à présent dans la situation très concrète où en continuant de travailler à sa croissance, à son abondance, la société humaine accroissait également et inévitablement sa consommation de matières premières limitées, et plus elle les consommait plus elle contribuait à les raréfier, et plus elle les raréfiait plus elle les rendait précieuses en faisant monter constamment leur prix. La croissance productive mondiale avait bel et bien matières premières rares et chèresfranchi ce cap où tandis que d’un côté elle continuait de générer de la richesse, de l’autre côté elle générait de la pénurie, de la misère collective globale dans une proportion largement supérieure. La seconde équation ressortait finalement au grand jour et il n’était désormais plus possible de l’ignorer. Tout comme son bonheur faisait son malheur, l’augmentation sans fin de l’abondance matérielle de l’humanité la menait à sa ruine.

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8/[religion de la croissance ; communication hégémonique]

9/[religion de la croissance ; refoulement de la réalité de la mort ; empire financier ; dette]

10/[religion de la croissance ; croquants ; intérêt privé ; matières premières]

11/[religion de la croissance ; accélération ; tyrannie du temps ; refoulement de la réalité de la mort]


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