progrès (1)

1/[progrès]

Initialement portée par un idéal de progrès où elle fondait tous ses espoirs dans la science, convaincue de sa toute-puissance à soumettre la nature à ses propres fins, elle avait effectivement connu un essor fantastique de son industrie qui allait très vite conquérir toute la planète. Tissant des réseaux de routes, de communications, de transports toujours plus nombreux, rapides et étendus, la ruche industrielle en augmentation et accélération constantes produisait, diffusait, échangeait des biens de plus en plus variés et sophistiqués à destination du plus grand nombre. Un confort matériel inégalé se développait, les machines allégeaient graduellement la pénibilité du travail, un mouvement d’émancipation de la contrainte physique était à l’œuvre, sonnant la victoire de l’homme sur une nature hostile.

Le progrès affiché était spectaculaire, enthousiasmant, et incontestable. Du moins à première vue. Car en réalité seul un petit quart de l’humanité en bénéficiait, et ce que ce petit quart n’avait pas remarqué, ou ne voulait pas remarquer, c’est que sa nouvelle prospérité ne provenait pas directement du progrès de la science et de l’industrie, mais plutôt du fait que ce progrès lui avait permis de coloniser les autres nations de la terre en Exploitations’accaparant leurs précieuses ressources naturelles au moindre coût grâce à des légions de travailleurs réduits en esclavage. S’il n’avait pas eu la possibilité de disposer de cette immense main d’œuvre gratuite pour s’emparer des matières premières nécessaires à sa croissance, ce petit quart d’une humanité dominante n’aurait jamais pu accumuler le gigantesque trésor sur lequel reposait son extraordinaire développement matériel. Ainsi il apparaissait clairement que la prospérité d’un quart de l’humanité dépendait de l’exploitation des trois quarts de l’humanité restante, le progrès de la science et de l’industrie n’intervenant qu’en second lieu dans cette prospérité et servant principalement à créer de nouveaux instruments d’asservissement afin de pérenniser ce rapport de force foncièrement injuste. Et à mesure que le progrès apprivoisait et soumettait toujours plus durement la nature à la volonté de l’homme, le rapport de force foncièrement injuste s’en trouvait invariablement accentué dans les mêmes proportions, puisque ce même progrès enchaînait et soumettait toujours plus durement les hommes à la volonté d’autres hommes.

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2/[progrès ; consommation]


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