mort (7)

7/[mort ; humanité ; transformation]

mort transformatrice

Ce qui avait changé, c’est qu’il acceptait désormais la possibilité de son effondrement définitif. Il l’acceptait non pas parce que l’humanité était maudite, mais pour le contraire justement, parce qu’elle avait cessé d’être maudite à ses yeux, ayant réalisé qu’elle était bénie de toute éternité pour être porteuse du même océan de vie indestructible dont ils étaient tous issus. Alors peut-être après tout qu’elle devait en passer par le grand effondrement, peut-être que c’était le destin qui l’attendait, un destin qu’elle appelait, qu’elle désirait inconsciemment, comme si elle sentait confusément qu’il lui fallait aller jusqu’au bout de sa démence et de son autodestruction pour trouver la délivrance. Oui, peut-être bien que l’humanité devait finalement en passer par là pour parvenir à lâcher tout son fardeau de douleur avant de renaître à une vie nouvelle. Car sa résurrection était certaine. Oui, quelle que soit l’issue qui l’attendait, sa résurrection était certaine. Moyahm Shédid n’en était-il pas la preuve vivante ? De même que son anéantissement à lui n’avait eu d’autre aboutissement que de le faire renaître à une vie nouvelle, de même qu’il avait reconnu dans le noyau indestructible de son être le noyau indestructible de tous les êtres, de même l’anéantissement de l’humanité, s’il devait advenir, ne pourrait en définitive lui ravir son être essentiel, le trésor de vie à jamais intouchable et inviolable dont elle était faite, mais seulement le lui révéler en la libérant de l’obstruction de sa gangue de douleur.

reincarnation

De toute façon, tôt ou tard l’humanité serait confrontée à l’épreuve de la mort, de la grande mort transformatrice qui portait le renouveau auquel elle aspirait, car la mort était nécessaire à sa résurrection. Cependant, rien ne l’obligeait de passer par le cauchemar de son inconsciente autodestruction, il lui restait toujours le choix d’entrer dans la mort transformatrice consciemment, sans violence et sans souffrance. La première voie revenait à subir la mort de force en lui tournant le dos, tandis que la seconde voie revenait à lui faire face courageusement sans plus la refouler, ce qui était la voie la plus heureuse qu’elle pouvait encore s’offrir à elle-même, la voie d’un accouchement sans douleur.

© Tous droits réservés


    Laisser un commentaire