mort (5)

5/[mort ; religion de la croissance ; idolâtrie ; conscience ; inconscience]

La religion de la croissance accouchant de Mongo, la croissance sans fin de Mongo destinée à accroître sans fin sa puissance. L’emprise toujours plus puissante de l’Instrument de la Communication sur les consciences les enfonce dans toujours plus d’inconscience. L’édification de la religion de la croissance repose sur le refoulement de la réalité de la mort. La religion de la croissance : bastion de l’humanité pour échapper à la réalité de la mort. L’emprise toujours plus puissante des images du cube sur les consciences : bastion de l’humanité pour échapper à la réalité de la mort.

Maintenant Thomas comprenait. Toutes les suspicions de son mauvais génie le conduisaient devant une porte interdite, une porte qu’il était interdit d’ouvrir! Ni le Dicteur ni personne n’avaient osé ouvrir cette porte, et c’est pour ça qu’ils faisaient tous l’impasse sur l’autre énorme poison qui se trouvait derrière! Tout en Thomas lui commandait de s’en détourner lui aussi, tout l’avertissait qu’il courait un grand danger à braver l’interdit, mais c’est alors que son mauvais génie redoubla de colère, comme pour le forcer à ouvrir la porte. Ce qu’il fit brutalement, sans plus trop savoir qui le voulait ni qui parlait à travers lui :

― La mort est sans image! lâcha-t-il le cœur battant… S’il y a tant d’images de mort dans le cube, si les humains raffolent de toutes ces images de meurtres et de massacres, c’est justement… justement parce que la vraie mort, leur propre mort est sans image! Ils font de la mort un spectacle complètement banal parce que ça leur donne l’impression qu’ils la dominent, qu’ils sont plus forts qu’elle, ça leur donne l’impression de devenir indifférents à mort sans imagemort sans imagela mort… Ils enferment la mort dans une image pour se rassurer, comme ça ils croient qu’ils la connaissent et qu’ils savent ce qui les attend, alors qu’ils font ça uniquement pour évacuer leur peur de l’inconnu qui les attend dans la vraie mort parce qu’elle est sans image! Avec les cubes, les humains sont tombés dans le culte des images, ils sont devenus des adorateurs d’images qu’ils utilisent comme protection pour échapper à la réalité de leur propre mort qui est sans image!… Mais s’ils ne peuvent plus faire face à la réalité inéluctable de leur propre mort qui les attend dans l’inconnu, ils ne peuvent plus faire face à leur conscience… et s’ils tournent le dos à leur conscience, ils sombrent dans l’inconscience! Et comme le cube transforme tous les humains en adorateurs d’images, il les fait tous sombrer dans l’inconscience!

Thomas remarqua le teint livide qui apparut sur le faciès crispé du Dicteur. Y voyant une réaction de rejet à son encontre, il se tourna vivement vers Carlos, cherchant en lui un appui et un allié :

conscience mort― Tu sais bien Carlos, c’est ce que Zabir nous a toujours enseigné… Combien de fois il nous a mis dans des situations de danger pour nous apprendre à faire face à la mort, tout ça pour nous entraîner à être vigilants et à entrer dans la pleine conscience… Et quand on est dans la pleine conscience, il n’y a plus d’images du tout, on est juste vivant avec l’inconnu de la mort devant nous qui est sans image, et nous aussi on devient sans image, on n’existe plus dans une image mais seulement dans l’inconnu sans image… Puis dès qu’on recommence à voir la mort dans une image, on croit à nouveau qu’on existe dans une image, et c’est là qu’on a perdu la vigilance en se rendormant dans une image, et c’est là qu’on retombe dans l’inconscience…

Se sentant soutenu par le regard de son frère, Thomas reprit courage. Il affronta le faciès crispé du Dicteur :

― Ce que les cubes font aux humains, c’est qu’ils les enferment dans des images, dans la tyrannie des images, ce qui fait qu’ils se prennent pour des images, qu’ils ne se voient plus et ne se connaissent plus que dans des images… Et tant qu’ils se prennent pour des images, ils sont endormis, ils sont inconscients! Et s’ils ne peuvent plus sortir de l’emprise des images, s’ils ne peuvent plus exister sans image, ils ne peuvent plus sortir de l’inconscience!…
[…]

Moyahm Shédid cherchait à gagner du temps. Il avait besoin de reprendre son souffle après ce qu’il venait d’encaisser. L’idolâtrie! Ce rempart immémorial contre l’angoisse de l’inconnu, ce culte des images qui refoule la réalité de la mort!

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6/[mort ; paix]

7/[mort ; humanité ; transformation]


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