misère (6)

6/[misère ; économie de l’attention]

Depuis que la richesse attirait de plus en plus l’attention, la misère, elle, faisait de plus en plus fuir l’attention. Il en résultait que les loges se gardaient bien de montrer le spectacle de la misère humaine qui répugnait à l’attention des masses, et tous les humains qui se battaient pour capturer l’attention faisaient de même, si bien qu’elle était de moins en moins présente dans le cube alors même qu’elle continuait de se répandre et de s’amplifier hors du cube.

wealthy-homemisère

Non seulement les misérables pullulaient plus que jamais sur terre, mais leur situation déjà intolérable en soi les condamnait à présent doublement. C’est qu’en fixant si unilatéralement leur attention sur la richesse, les humains avaient fini par développer un réflexe de rejet de toute considération envers les pauvres, au point qu’à leur contact ils s’en détournaient pour ne pas gaspiller leur précieuse attention. Le monde de la Communication se montrait d’autant plus impitoyable envers les indigents qu’il ne leur donnait accès ni aux crédits ni à l’attention la plus élémentaire. Mais le comble était atteint par les misérables eux-mêmes qui eux aussi répugnaient au spectacle de leur déchéance, si bien qu’ils se privaient de l’attention les uns des autres pour la verser pareillement dans le giron mirifique des grandes loges où leur propre attention générait sa part de crédits qui partait en direction des riches afin de les enrichir plus encore.

© Tous droits réservés


    Laisser un commentaire