instrument monétaire (1)

1/[instrument monétaire ; création monétaire ; richesse fictive/symbolique ; empire financier ; faillite]

mur de la detteTout partait de la prise de conscience de la véritable nature de la dette, car tant que l’humanité ignorait de quoi était fait le mur qui l’emprisonnait, comment pouvait-elle espérer s’en délivrer ? Il lui fallait d’abord bien réaliser que sa dette principale, l’immense dette qui pesait sur les nations n’était pas remboursable et n’était pas faite pour être remboursée, elle était uniquement faite pour que les peuples se relayant de génération en génération versent une rente perpétuelle à la puissance financière. Ce qui devait l’amener au constat que sa dette proprement dite n’était plus due parce qu’elle l’avait remboursée depuis longtemps, parce que la montagne des versements déjà effectués par les peuples dépassait depuis longtemps le montant des emprunts qu’avaient contractées les nations, sans que cela ne soulage en rien leur dette qui n’en continuait pas moins d’augmenter imperturbablement par le seul jeu des intérêts cumulés. N’étant plus redevables des sommes empruntées qu’ils avaient plus que largement remboursées, les peuples étaient donc dans leur droit légitime de refuser tout payement supplémentaire. Et qu’allait-il se passer en réalité s’ils ne se soumettaient plus à la tyrannie de la puissance financière ?

Certes, la faillite et la ruine étaient assurées pour toute nation qui s’engagerait dans cette voie. Mais en quoi était-ce si dramatique ? Elle ne serait ruinée que sur le plan financier, le plan de la richesse symbolique, de la richesse fictive. Sa richesse réelle composée de ses infrastructures, ses entreprises, ses bâtiments, ses hôpitaux, ses écoles n’était pas emportée dans cette ruine, pas plus que ne disparaissait la capacité d’action de l’ensemble de ses citoyens, la richesse réelle de leur compétence, leur métier, leur savoir-faire, leur éducation étant toujours là, intacte. Certes, les capitaux étant aspirés hors de ses frontières, elle se retrouverait avec un corps vidé de son sang qui paralyserait toutes ses activités, entraînant très rapidement la dégradation de son patrimoine de richesse réelle. Mais en quoi était-ce si dramatique ? Tout ce dont cette nation avait besoin, c’était de disposer d’un sang de remplacement, d’une monnaie de substitution qu’il lui suffirait alors de réinjecter dans son corps paralysé pour relancer aussitôt son activité et échapper ainsi à la lente agonie qui l’attendait en sauvant l’intégralité de ses richesses réelles.

La seule vraie question était donc de pouvoir se procurer un sang de remplacement. C’était aux peuples de s’en occuper eux-mêmes en partant de leur base parce que rien ne viendrait d’en haut. Et comment allaient-ils s’y prendre ? Exactement de la même façon que les banquiers. S’ils étaient capables de créer à partir de rien une monnaie qui ne leur coûtait rien, les peuples étaient tout autant capables de s’organiser pour créer eux aussi à partir de rien leur propre monnaie sans qu’elle ne leur coûte rien non plus. En ne perdant pas de vue que l’argent n’était pas la richesse elle-même mais uniquement une représentation symbolique de la richesse, les peuples pouvaient réellement et très aisément se doter gratuitement de tout l’argent dont ils avaient besoin. C’était monnaie fictived’autant plus vrai que cet argent dont les banquiers les avaient dépossédés en en faisant leur propriété privée appartenait de plein droit aux peuples. Puisqu’il n’était initialement rien de plus qu’une convention collective servant à remplir une fonction collective, l’argent était par nature, pas essence la propriété collective des peuples. La preuve la plus flagrante, c’est qu’il leur suffisait de ne plus reconnaître de valeur à l’argent créé par les banquiers en rejetant en bloc toute cette monnaie de dette en possession de la puissance financière pour qu’instantanément, en un claquement de doigts, toute leur immense fortune s’effondre en poussière.

Alors ce qui était réellement attendu si les peuples ne se soumettaient plus à la tyrannie de la puissance financière, à condition qu’ils se soient judicieusement réappropriés le pouvoir de créer leur propre monnaie, c’était la faillite de la puissance financière et non la leur, c’était l’effondrement de tout l’édifice financier mondial et non le leur. Ce que le monde financier n’ignorait nullement. C’est pourquoi en même temps qu’il menaçait de faillite les nations en difficulté de payement, il mettait tout en œuvre pour leur fournir de nouveaux prêts afin de les sauver de la faillite, c’est-à-dire afin de ne surtout pas faire s’effondrer le mur gigantesque de leur dette sans quoi il pouvait dire adieu au versement perpétuel de sa rente. De plus, ce mur si infranchissable qui les emprisonnait était en réalité très facile à traverser puisqu’il était aussi fictif que la monnaie qui l’avait bâti, puisqu’il n’avait pas plus de consistance qu’un mirage qui ne devait sa solidité apparente qu’au soutien d’une immense et permanente mystification. Et c’est pourquoi le monde financier se dépensait plus encore pour perpétuer le mythe de la solidité de l’argent détenu dans ses coffres, sa vision hégémonique propagée par les organes de communication se chargeant de l’instiller en continu dans les consciences humaines. Car le colosse invincible de la puissance financière avait des pieds d’argile, car non seulement la fondation sur laquelle reposait son empire écrasant était une fiction, mais son pouvoir totalitaire ne tenait lui-même que par cette fiction. Or tout ce que l’humanité avait à faire pour le vaincre, c’était de reconnaître que le véritable combat se jouait sur un terrain fictif, dans la dimension fictive de la monnaie, tout ce qu’elle avait à faire, c’était de frapper ses pieds d’argile en s’emparant du même pouvoir fictif, des mêmes armes fictives à la racine de la puissance financière pour être assurée de la faire tomber d’une seule masse.

La réappropriation du pouvoir de création monétaire par l’humanité au sein des peuples était le seul, l’unique moyen d’en venir à bout. C’était un moyen immédiatement à sa portée parce que fictif, et c’était un moyen qui tout en ayant une nature fictive n’en était pas moins radical et extrêmement puissant. Il permettait de couper à la source l’alimentation du monstrueux parasite de l’économie financière, un parasite qui dès lors qu’il ne pouvait plus pomper le sang de l’humanité était voué à une mort certaine. Ne disposant plus de monnaie valide parce qu’elle avait été unanimement rejetée par les peuples, n’ayant pas non plus la possibilité de s’accaparer la nouvelle monnaie collective en circulation, le parasite de l’économie financière avait beau être toujours en possession de la majorité des richesses réelles que portait la terre, dans la mesure où cette fois c’était lui qui se retrouvait privé du sang nécessaire à leur entretien et à leur préservation, c’était par conséquent tout autant son patrimoine à lui, cet immense patrimoine de biens réels dont il avait eu le temps de dépouiller l’humanité qui était criche possesseurondamné à perdre toute valeur en se dégradant rapidement. Avec un patrimoine qui ne valait plus rien, il ne lui restait ensuite d’autre issue que de le revendre pour une misère aux seules instances qui disposaient d’une monnaie valide. Et voilà comment en utilisant les mêmes armes que la puissance financière, les peuples qui avaient su se réapproprier le plein usage de la richesse symbolique étaient également assurés de récupérer l’ensemble des richesses réelles dont ils avaient été dépossédés.

L’instauration d’une monnaie de substitution ne présentait aucune difficulté pratique insurmontable. Elle réclamait juste la volonté collective de la mettre en œuvre. À partir de là s’ouvrait un champ inédit d’exploration et d’expérimentation où la créativité humaine était grandement sollicitée, signe que la monnaie avait bien retrouvé son statut d’outil, d’instrument au service de la collectivité. Car de la même façon qu’il était plus judicieux de disposer de plusieurs types d’outil pour remplir une même fonction plutôt que de se limiter à un seul, de multiples formes de monnaie étaient envisageables en coexistence, avec autant de manières différentes de concevoir leur fonctionnement. Cette nouvelle approche de la monnaie qui la destinait à ne plus jamais quitter son statut d’outil était en soi révolutionnaire. Elle partait de la compréhension qu’il était parfaitement possible de créer une monnaie fonctionnelle qu’aucune économie financière renaissant de ses cendres ne pourrait plus récupérer pour en faire à nouveau un objet de spéculation et de captation entre ses mains. Et apporter au monde une monnaie non-spéculative que nulle entité privée n’était plus en mesure d’amasser pour la transformer en instrument de pouvoir personnel, c’est-à-dire de l’argent qu’on ne pouvait plus travailler pour faire plus d’argent, c’est-à-dire une monnaie qui était appelée à circuler pour répondre aux besoins de l’humanité en se passant totalement de l’intervention de l’économie financière, c’était assurément une révolution, et une révolution autant dans la manière de concevoir l’argent que dans la manière de fonctionner avec l’argent.

D’abord, tout comme le sang dans un organisme, l’argent n’était véritablement fonctionnel que s’il circulait, tandis que s’il développait des poches d’accumulation où il stagnait, il devenait dysfonctionnel et source de pathologie. La priorité qui s’imposait à un corps social ayant retrouvé le plein usage de sa monnaie était alors de s’occuper de la bonne circulation de son sang en vue de se guérir de ses maladies et d’accroître son état de santé. Or le moyen le plus optimal de le faire circuler en continu consistait à l’infuser dans chacune de ses cellules de la naissance jusqu’à la mort, non pas en grande quantité, mais juste le minimum vital nécessaire à leur survie en leur permettant d’échanger avec les autres cellules afin de recevoir leur subsistance. Un corps social dont le sang nutritif circulait dans toutes ses cellules était certainement en meilleure santé que celui dont nombre de ses sang circulantcellules privées de sang dépérissaient, ou s’aggloméraient pour agresser d’autres cellules gorgées de sang, générant d’épuisantes tensions et destructions internes qui finissaient par former des poids morts pourrissants. Les êtres humains ne concevant pas leur existence sans les autres ni en dehors du corps social, ils étaient par nature des êtres sociaux dotés d’un potentiel de partage, de participation, d’organisation et d’accomplissement qui ne demandait qu’à s’exprimer. En distribuant à tous gratuitement et à vie une base élémentaire d’argent, c’était se donner l’assurance que même les plus démunis ne seraient jamais privés de la capacité d’exprimer et de développer leur potentiel de sociabilité. De la sorte, les échanges et les connexions entre toutes les cellules du corps social seraient favorisés, ce qui ne pouvait que lui être bénéfique en générant plus d’harmonie et de concorde en son sein, plus de solidarité et de bien-être collectif, autrement dit une bien meilleure santé générale. Et qu’était-ce donc que tout cela sinon de la richesse réelle ? Qu’obtenait-on là sinon un gain considérable de richesse réelle ?

Procéder ainsi relevait en définitive du bon sens le plus élémentaire. Pourtant ce bon sens n’avait aucune chance de s’imposer tant qu’on restait prisonnier d’une conception spéculative de l’argent qui le rendait inapplicable. Pourquoi ? Parce que dans cette conception l’argent n’était investi intelligemment que s’il rapportait plus d’argent, un bon investissement étant un investissement rentable financièrement, ce qui revenait à dire que l’utilisation de la richesse fictive n’avait de valeur que si elle produisait plus de richesse fictive, ce qui était en soi complètement absurde. Tandis qu’en rendant à l’argent son statut initial d’outil, d’instrument collectif au service de l’ensemble des citoyens, la perspective changeait du tout au tout. Pourquoi ? Parce que la richesse fictive ayant désormais pour unique fonction de promouvoir la richesse réelle, la valeur de son utilisation se mesurait alors au bénéfice humain réel qu’elle apportait à la collectivité. Avec de l’argent vidé de son pouvoir spéculatif, ce nouvel argent ne valait rien par lui-même, il n’était qu’un instrument potentiel de la richesse dont une base élémentaire pouvait bien être distribuée gratuitement à tous les humains puisqu’il était lui-même créé gratuitement à partir de rien. Ce n’était jamais que de la richesse fictive qui était mise entre leurs mains, mais si l’utilisation de cette richesse fictive générait un profit humain sous forme d’un mieux-être bénéfique à l’ensemble de la collectivité, l’investissement portait ses fruits, il était tout à fait payant sans avoir besoin d’être rentable financièrement. Du moment que la richesse fictive, propriété collective des peuples, était bien au service de leur richesse réelle, l’outil remplissait parfaitement la fonction pour lequel il avait été conçu, et il n’y avait rien à lui demander de plus.

Ce renversement de perspective dans la conception de la monnaie était en réalité si puissant qu’il suffisait à lui seul pour changer la face du monde. En effet, dans l’économie financière, le courant principal des investissements étant dirigé vers tout ce qui promettait des profits juteux en terme de richesse fictive, les industries les plus nuisibles pour l’humanité, à commencer par l’abominable industrie de l’armement, étaient assurées de ne jamais manquer de financement du fait que leur placement était toujours hautement rentable, de sorte qu’elles prospéraient et se développaient alors même qu’en terme de richesse réelle, c’était seulement un usine d'armementsurcroît de misère qu’elles apportaient à la communauté humaine. Tandis qu’avec une monnaie non-spéculative, le courant principal des investissements se trouvait tout bonnement inversé. Puisque d’une part cette nouvelle monnaie collective n’avait d’autre fonction que de promouvoir la richesse humaine réelle, que d’autre part sa création reposait entièrement entre les mains des peuples qui héritaient par là même du pouvoir de diriger les crédits, ils avaient désormais toute latitude pour les orienter en direction de ce qui leur était réellement profitable. Comme ils n’avaient certainement pas envie de continuer d’investir dans l’armement pour fabriquer des bombes qui étaient destinées tôt ou tard à leur tomber sur la tête, qu’ils n’avaient plus le moindre intérêt à soutenir les activités humaines nuisibles qui causaient leur ruine, il ne leur restait plus alors qu’à les assécher en leur fermant le robinet du crédit, en même temps que dans l’autre sens, ils pouvaient enfin l’ouvrir en grand aux activités humaines bénéfiques qui promettaient de leur apporter un profit non pas financier mais humain pour le plus grand bien de tous. Le mouvement de destruction du monde était ainsi appelé à s’inverser naturellement et inexorablement en un mouvement créateur, et le moteur de cette inversion si radicale était une simple révolution monétaire fondée sur une fiction.

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2/[instrument monétaire ; empire marchand]

3/[instrument monétaire ; monnaie fondante ; spéculation]


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