Impressions des premiers lecteurs

 

Protocole – test d’évaluation 2015

Recrutement de lecteurs sur petites annonces avec une rémunération de 30€ pour la lecture du premier épisode.
Le candidat doit aimer lire, être adulte, ne pas être hermétique à la spiritualité, et il se sent concerné par le devenir de la société humaine.
Aucun travail critique ne lui est demandé, il lit en situation de lecture naturelle, pour le seul plaisir de lire.
Après lecture, il reçoit d’abord les 30€ puis sur un entretien informel, il exprime librement son impression en termes positifs comme négatifs.

† je n’aime pas et/ou je n’accroche pas

♥ ça se lit agréablement mais sans plus

♥ ♥ j’aime bien, sa force l’emporte malgré ses faiblesses

♥ ♥ ♥ j’aime beaucoup, je suis touché(e) et captivé(e)

♥ ♥ ♥ ♥ j’adore, je suis conquis(e)

1- Diane O. – Strasbourg
Âge : 17 ans – Études et activité : bac à 16 ans, étudiante conservatoire de musique – Auteurs et livres préférés : Jane Austen, Buzatti, Harry Potter

♥ ♥
L’histoire est intéressante mais sent le déjà-vu (société décadente sauvée par un Élu), ce qui ne la rend pas pour autant ennuyeuse : le récit est bien mené et on prend plaisir à le suivre. Le début est accrocheur, la structure sous forme de fragments apporte une originalité et un rythme très appréciable. Mais on a parfois l’impression qu’on « traîne » dans l’histoire : certaines scènes s’étendent de manière peut-être excessive, de sorte qu’on s’en lasse et ne les apprécie pas autant qu’on pourrait. La dernière partie en revanche est réellement très bien menée et très bien écrite.
Les personnages ont beaucoup de potentiel, mais on aimerait les voir plus développés en ayant accès à leur intériorité. Thomas n’est plus évoqué sur une grande partie du livre, on en vient presque à l’oublier et c’est vraiment dommage. Le personnage de Cerise est selon moi très attachant et mériterait d’apparaître un peu plus. L’entité de Mongo est présente de manière bien plus équilibrée et subtile.
Au niveau du style, rien de très flagrant : quelques répétitions et tournures maladroites mais peu nombreuses.

(Diane croyait que le livre se terminait là car elle ignorait qu’il avait une suite. Elle témoigne alors de sa déception et de sa frustration de rester plantée sur un mystère qui n’est pas résolu, sur un monde extérieur dont on ignore tout, sur le personnage de Thomas qui n’est pas développé. Ce qui lui fait dire: à la fin de la lecture, on n’a pas l’impression d’avoir avancé dans l’histoire, comme si le livre tout entier était un prologue… Ce qu’il est en effet)

2- Luc K. – Strasbourg
55 ans – BTS dessinateur industriel – Electricien bio – littérature contemporaine : Zafon, Barico, la trilogie écossaise de Peter May, H. Mankell, Les déferlantes de C. Gallay

♥ ♥ ♥ ♥
La plus forte impression que je retiens de la lecture de ce premier épisode est à quel point il m’a captivé. On entre doucement dans un récit écrit sobrement avec charme et simplicité, pas du tout à la manière trépidante des thrillers, et pourtant très vite on est pris dedans et on ne peut plus le lâcher. Pour moi, ça tient autant à l’intrigue qui est vraiment fascinante, quasi hypnotique, qu’à l’ambiance générale et à l’originalité de l’univers imaginaire qu’il déploie. Ça donne envie de plonger dans cet univers mystérieux en compagnie de ses personnages qui sont tous profondément humains, très touchants et attachants.
Je suis ressorti de ma lecture avec la sensation d’avoir découvert un ton très original, comme si le livre avait une personnalité unique qui ne ressemble à rien de ce que j’ai pu lire précédemment. Mais je suis incapable de dire d’où ça vient exactement, car le texte reste classique dans sa forme, sans effet de style particulier pour chercher à se distinguer, à la différence de tant de nouveaux auteurs pour qui c’est véritablement un tic de vouloir faire l’original à tout prix, alors que chez eux ça sent l’effet artificiel à plein nez.
Par contre, j’avoue avoir été hermétique à la longue scène des ébats sexuels entre Ambre et Djack. Je n’ai pas compris ce qu’une scène aussi crue faisait à l’intérieur du récit. Je l’ai vécue comme l’intrusion d’un autre niveau de sollicitation explicitement érotique auquel je n’avais pas envie de me brancher, tant je voulais rester dans l’atmosphère sensible et attentionné du livre. Du coup, j’ai trouvé cette intrusion érotique pénible et impudique, mais dès que j’en suis sorti, j’ai reconnecté immédiatement avec le cours du récit initial qui m’est apparu encore plus intense, sensible et touchant, chargé d’émotions vraies jusqu’à son dénouement absolument poignant.
A cause de ce bémol, je pourrais me limiter à trois cœurs, mais je tiens tout de même à en donner quatre, car ce livre contient indéniablement une force de vie exceptionnelle qui a su m’entraîner et me procurer un vrai bonheur de lecture.

3- Eiriléna L. – Strasbourg
18 ans – terminale et conservatoire de danse, ressortissante grecque – Théophile Gautier, H. Potter

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J’ai adoré, j’ai hâte de lire la suite, c’est trop bien.
L’écriture est superbe, simple et fluide, captivante, très émouvante et très vivante, on visualise tout de suite les scènes et les situations.
Les personnages sont tous forts et attachants, on n’a pas envie de les quitter.
La scène de sexe ne casse pas la relation romantique entre Ambre et Djack. Elle la rend au contraire plus intense et profonde en les confrontant à la violence de la pulsion sexuelle qui les amène à dépasser leur volonté de domination liée à leur peur de l’autre sexe.
Je me suis fort identifiée au destin de Thomas doué pour la danse qui va quitter sa mère pour suivre une éducation appropriée à son don, car c’est aussi ce que je me prépare à faire pour intégrer une école de danse aux USA. Ce qui excite d’autant plus ma curiosité de découvrir le mystère de Mongo et ce qui attend Thomas.

4- Pierre-Brice S. – Obernai
29 ans – doctorat en théologie, professeur d’université – Éclectique mais surtout le fantastique

♥ ♥ ♥
Trois cœurs car le livre est très bien écrit, il me touche, me captive et m’intrigue surtout, d’où mon désir de lire la suite. J’aime la façon dont la narration module son expression en fonction des situations, des personnages, comme de décrire les scènes d’enfant à hauteur d’enfant justement. Le moment où Djack dialogue avec Mongo (ou lui-même) a une puissance d’évocation particulièrement saisissante. Le récit fait d’emblée sentir que chaque séquence a été mûrement pesée, travaillée et structurée en fonction de l’ensemble, de sorte qu’elles s’emboîtent, s’interpellent et s’enrichissent les unes les autres en produisant un corps organique qui semble ouvrir à de multiples niveaux d’interprétation.
Dans ce contexte, la longue scène sexuelle a certainement elle aussi toute sa raison d’être, elle ne doit pas être là gratuitement pour simplement heurter ou aguicher. Néanmoins, je la trouve quand même déplacée et excessive sur un premier épisode qui se veut tout public. Si à ce stade du livre l’auteur privilégie l’efficacité dans l’intention de toucher la plus large audience possible, d’un point de vue éditorial, il me semble qu’elle devrait être modifiée ou même retirée quitte à la replacer dans les épisodes suivants, de manière à ne pas dérouter ou rebuter une bonne part du lectorat avant qu’il n’accroche plus avant dans le livre.
Autrement le récit ponctué d’ellipses et de suggestions laisse une grande part à l’imagination propre du lecteur. C’est une qualité en soi qui selon ma sensibilité gagnerait tout de même à être plus appuyée par quelques descriptions précises.
Et dernière critique, quand Thomas entre dans sa chaumière pour découvrir Djack guéri, j’ai l’impression que son action se situe dans une pièce de théâtre plutôt que dans la continuité romanesque.

5- Claude M. – Neudorf
55 ans – master 2 sciences de l’éducation, formateur – les classiques et la haute littérature, Modiano

♥ ♥ ♥ ♥
Ce premier livre installe d’emblée une atmosphère irréelle, difficile à situer dans le temps, d’une communauté vivant en autarcie. En témoignent l’irruption des cavaliers qui permet d’introduire le personnage clé de Djack, l’épisode de la fête bienheureuse (où l’on relève un caractère très exacerbé de l’écriture mais qui rend bien compte de sa dimension surréelle ou hypersensible), l’expérience du jeûne où se mêlent fantastique, spiritualité et science médicale rigoureuse, et bien sûr le cœur de l’intrigue fondé sur le mystère de Mongo au parfum métaphysique. De lui émane le conflit moral insoluble que va endurer la mère de l’enfant élu, drainant une intensité dramatique tout au long du récit pour atteindre son paroxysme dans le dénouement final.
Cet aboutissement m’incite à mettre quatre cœurs sans hésitation, parce que j’ai été emporté par l’énergie du récit en le lisant pratiquement d’une traite jusqu’au bout, et que je n’ai pas été heurté au cours de ma lecture par des faiblesses ou des défauts d’écriture. Pour tout dire, j’y ai pris un grand plaisir et ce n’est qu’à la fin, lorsque j’ai refermé le livre, que j’ai réalisé que le développement de l’intensité dramatique et du flux émotionnel qui paraissent évidents sur le moment en raison de la grande fluidité et facilité de lecture, relève en réalité d’un art très maîtrisé.

6- Marion C. – Strasbourg
21 ans – licence pro graphisme – Fantastique, Harry Potter, Tolkien

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J’ai adoré sur toute la ligne et je ne peux pas supporter de rester sur ma faim en ne lisant pas la suite.
L’histoire riche et palpitante nous tient en haleine du début à la fin. La vie au village exhale une atmosphère de bonheur magnifiquement ressentie. Le jeûne laisse une empreinte profonde par son aspect crédible et réaliste. Le dénouement tragique de la mère est très émouvant tant sa douleur est palpable. Et bien sûr, l’entité Mongo, totalement indéfinissable à ce stade du premier épisode, installe un suspens métaphysique des plus alléchants.
J’ai été un peu déroutée par le procédé de flash-back de la première partie avant de l’intégrer. De même, la scène sexuelle m’a semblé incongrue au premier abord, et ce n’est qu’à son aboutissement qu’elle m’est apparue juste et nécessaire. Puis c’est seulement en arrivant à la fin du livre que j’ai pris conscience qu’aucune scène n’était gratuite, mais qu’elles étaient toutes liées les unes aux autres dans un enchaînement organique, révélant une construction magistrale conçue depuis la première ligne jusqu’à la dernière.

7- Marie J. – Strasbourg
50 ans – DEA Sciences de l’éducation, professeure de religion en collège – Stendahl, Voltaire

♥ ♥ ♥
L’histoire est très agréable à lire, se mémorise bien et reste clairement en tête. Dès que j’ai été prise dans le récit, j’ai eu du mal à le lâcher jusqu’à la fin. Le style est fluide et poétique, chaleureux.
Les personnages sont touchants et attachants, tous positifs et d’une grande humanité. Leur interaction a une forme de pureté et d’innocence, à partir des enfants, mais aussi entre Ambre et Djack jusque dans leur ébat sexuel car s’il est crûment exprimé, il n’a rien de malsain mais révèle la profondeur de leur attirance mutuelle. La sagesse de la trisaïeule fait bien sentir qu’elle est le pilier inébranlable de leur communauté.
La vie au village ressemble à un paradis où je voudrais demeurer.
La fonction sociale et salvatrice de la fête de l’An Neuf est très juste et très bien vue. Elle me rappelle les fêtes de carnaval et de vaudou de mes origines antillaises, où notamment des femmes masquées prennent leur revanche sur les hommes en choisissant et « chauffant » celui qui leur plaît, ce qui donne une pertinence particulière à la scène sexuelle comme défouloir des inhibitions.
J’ai très envie de me plonger dans la suite du livre pour découvrir ce qui va advenir des personnages : l’enfant que porte Ambre, si Thomas va tenir sa promesse, et quelle est la nature du mystérieux Mongo.
Seule remarque négative : le manque de virgules sur de nombreux passages. Comme je chante des Gospels, j’ai l’habitude de lire à voix haute, et j’ai trouvé que beaucoup de virgules manquaient pour bien scander le texte.

8- Frank E. – Strasbourg
21 ans – étudiant 2ème année d’histoire – toute littérature, auteurs antiques jusqu’aux contemporains

♥ ♥ ♥ ♥
Je mets quatre cœurs pour être conquis sur tous ses aspects, en dehors de ma frustration de ne rien savoir de toutes les énigmes qui ont été ouvertes et qui m’obligent à plonger dans les épisodes suivants pour les découvrir.
L’unique défaut que je lui trouve est dans la séquence sexuelle qui est un peu trop longue en considérant l’épisode pris isolément, mais je pense qu’elle doit se justifier par la suite en tant qu’élément nécessaire d’un prologue d’une très vaste histoire.
Autrement je n’ai que des louanges à exprimer. J’ai commencé par lire 80p d’une traite sans pouvoir m’arrêter. J’ai tout de suite été happé dans le récit qui se visualise sans aucun effort, qui rend aussitôt vivant et caractéristique tous ses personnages au demeurant très attachants et touchants. L’écriture est fluide, simple, émouvante, les dialogues très dynamiques et réactifs. Les nombreux effets de surprise sont extrêmement stimulants, notamment la découverte de Djack en tant que précepteur. La fin douloureuse et poignante clôture l’épisode sur un sommet émotionnel. L’achèvement du récit dévoile la cohérence des liens internes qui unissent toutes les scènes entre elles en montrant qu’elles n’ont rien de gratuites, de sorte que sous l’apparente simplicité de lecture, on pressent d’autres niveaux de lecture possibles qui laissent entrevoir des significations plus subtiles. C’est ce qui m’apparaît avec Thomas, Djack et Ambre qui tous les trois livrent un combat contre eux-mêmes aboutissant à une sorte de sacrifice christique. De même que l’intervention manipulatrice de l’inconnu que revêt Mongo semble poser la question éternelle de la prédestination et du libre arbitre.

9- Odile K. – Gertwiller
50 ans – professeure agrégée de math – littérature classique, Guerre et Paix

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Je me contente de deux cœurs pour le moment, non pas que je lui trouve des faiblesses, mais parce que j’ai envie et besoin d’en lire beaucoup plus avant de pouvoir me prononcer.
Ce premier épisode installe une atmosphère de mystère et d’intrigue très forte qui invite irrésistiblement à partir avec Thomas pour découvrir avec lui le monde inconnu qui l’attend, et je veux d’abord savoir si la surprise est à la hauteur des attentes impalpables qu’il me suggère.
L’histoire est extrêmement facile à lire, les dialogues sont directs, la force d’évocation laissée à l’imagination du lecteur est limpide et touchante. Tout en étant simple et direct, le texte est manifestement très travaillé, attentif à la fluidité et à la musicalité des mots.
Ce premier épisode passé dans le village me laisse une impression de douceur préservée dans l’espace protégé de la vallée, tout baigne dans des tons pastel où on ne sait pas trop bien si ce qui s’y passe est réel ou de l’ordre de la rêverie. On sent en tout cas qu’il ouvre à des perspectives profondes qui ne sont ici qu’ébauchées : la scène fort instructive du jeûne qui fait pressentir une réflexion à venir sur le monde médical, la transe des villageois qui aborde la sphère céleste de la dimension spirituelle, et la longue scène sexuelle qui s’engouffre du côté de la part bestiale et primitive de l’être humain. Le livre cherche manifestement à solliciter ces différents aspects chez le lecteur, ce qui le rend assez troublant et déstabilisant dans sa façon de les associer, et ce qui excite d’autant plus ma curiosité d’en lire davantage pour comprendre où cela mène.

10- Arnaud P. – Strasbourg
47 ans – architecte DPLG, plasticien – très éclectique, Steinbeck, du classique au contemporain

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Histoire alléchante, intrigante, très maîtrisée et très bien écrite dans laquelle j’ai été happé rapidement. Je lui aurais mis facilement trois cœurs s’il n’y avait pas la longue scène porno qui se présente presque comme une nouvelle à part entière à l’intérieur du récit, en tout cas comme quelque chose de complètement décalé par rapport au ton d’ensemble et qui sur le moment m’a plutôt fait rire.
En fait, je n’ai rien à redire sur la scène en soi qui est plutôt bien troussée et d’une belle richesse relationnelle, mais elle revient à associer un genre fantastique avec un genre érotique auquel le lecteur n’est pas préparé, et je doute que ce mélange des genres puisse être accepté par un éditeur.
Mis à part cette critique majeure, tout le reste est excellent et le maître mot qui me vient est : originalité. Originalité du mystère de Mongo, du combat intérieur que livre la mère de l’enfant contre le destin, originalité du précepteur, du rôle mythologique dévolu aux personnages principaux, originalité de la scène du jeûne par son traitement pédagogique rigoureux, et enfin originalité de la fête de l’An Neuf qui est le moment que j’ai le plus aimé en me donnant la sensation quasi-physique de partager le bonheur de la communauté tant il rayonne de ces pages.

11- Estelle Ch. – Montagne verte
19 ans – 1ère année fac de droit – éclectique, Jane Austen

12- Camille F. – Ekbolsheim
19 ans – 1ère année fac de droit – romantique, SF

(Estelle et Camille qui sont amies vont rendre un avis commun après concertation entre elles)

♥ ♥ ♥
D’abord, on a toutes les deux très envie de connaître la suite pour découvrir de quoi retourne l’organisation de Mongo, quelles sont les origines de Djack, ce qui va arriver à Thomas et s’il va pouvoir tenir sa promesse.
On entre tout de suite dans le cœur de l’histoire. Bien qu’on reste dans le flou concernant l’époque et le lieu où elle se passe, son gros avantage est qu’elle va directement à l’essentiel. On est immédiatement pris par l’intensité des personnages et l’enjeu du récit, à la différence de beaucoup de romans qui s’encombrent de personnages annexes superflus et de descriptions excessives qui embrouillent plutôt que clarifier la vision de l’auteur. Ici, toutes les scènes, les situations et les interactions entre les personnages sont limpides du point de vue de la visualisation, ce qui rend la lecture très aisée, vivante, pleine de relief sur le plan de l’action comme de l’émotion. Les effets de surprise et les rebondissements qui se succèdent tout au long du récit en rehaussent constamment l’intérêt. Du fait que seuls les personnages essentiels sont développés et mis en avant, cela les rend très palpables et attachants, familiers, vivants et bien incarnés. La séparation tragique de la mère et de son enfant termine ce premier épisode sur une douleur émotionnelle extrêmement bien ressentie.
Notre seule impression négative concerne tout le passage de la fête de l’An Neuf qui nous paraît trop long et trop détaillé. Cela vaut pour la scène du jeûne et plus encore pour la scène sexuelle dont le caractère brusquement cru qui contraste avec le ton humaniste de l’ensemble a un effet déstabilisant.
Mais c’est là qu’on pressent que cette longueur et ce décalage doivent être en relation avec la suite d’un énorme livre où ils révéleront leur raison d’être et qui s’annonce d’entrée comme échappant à toute catégorie établie.

13- Colin D. – Strasbourg
20 ans – 1ère année science de l’éducation – polars, aventure

♥ ♥
La première partie est bien menée car on se retrouve vite dans la situation. J’ai été gêné par le passage des cubes gris qui sont répétés trop souvent dans le dialogue. Alors que Thomas est manifestement une sorte d’Élu attendu par la secte de Mongo, rien ne le distingue des autres enfants. Il faudrait faire ressortir sa personnalité unique par des actions magiques ou des exploits héroïques, ce qui manque dans le récit. Page 68, le passage de l’entrée de Thomas dans sa maison répété en italiques sous une forme poétique m’a dérangé parce qu’il ne colle pas avec le ton du texte. Les sautes d’humeur de sa mère sont décrites trop abruptement, il faudrait les amener par des transitions. Mais de loin le plus grave est la scène porno qui est vulgaire, pas du tout excitante et pénible à lire. Elle heurte tellement par rapport à la candeur du reste du texte qui pourrait être lu par un enfant qu’on ne comprend pas ce qu’elle vient faire là.
Ce qui m’a le plus accroché est la séquence du jeûne par son côté crédible, réaliste, détaillé, qui met en avant un acte de bravoure héroïque accompli par toute la communauté.

(Colin témoigne d’une sensibilité assez limitée qui ne l’a pas rendu apte à saisir l’âme du récit, principalement en ne parvenant pas à percevoir la singularité de Thomas, à la différence de tous les autres lecteurs pour qui elle est évidente.  Lorsqu’on lui a demandé d’estimer sa lecture par une note, tout en exprimant son refus de principe de noter, il nous a signalé que le livre a eu un impact fort sur lui, qu’il en a une impression largement positive qui le situerait entre trois et quatre cœurs, ce qui lui donnerait envie de lire les épisodes suivants. Mais compte tenu de sa critique fortement négative, nous limitons son estimation à deux cœurs, plus conforme à l’ensemble de son témoignage)

14- Vincent G. – Neudorf
29 ans – master archéologie – Kundera, Tolkien, Victor Hugo

♥ ♥ ♥
Je mets largement trois cœurs car j’ai vraiment beaucoup aimé.
Mes seuls reproches concernent le manque de transition entre Thomas bébé et à l’âge de cinq ans où on le retrouve, de même qu’entre le moment où l’on quitte Ambre et Djack et le commencement de la fête de l’An Neuf, car cette absence de transition m’a perturbé en me faisant perdre le fil du récit sur le moment. La scène sexuelle est quant à elle un peu longue si on s’en tient à cet épisode considéré isolément. Il faut sans doute attendre de lire la suite de ce très grand livre pour pouvoir mieux estimer de la justesse de ses proportions.
Le récit est prenant, se lit avec un intérêt constant. Le style est concis, coulant, naturel et élégant, clair tout en étant chargé d’émotion. Les personnages sont très bien présentés, ils deviennent tout de suite identifiables, vivants, consistants, leurs interactions témoignent de leur humanité, de leur sensibilité et de leur profonde attention envers les autres, ce qui les rend particulièrement touchants et attachants.
Hormis l’intrigue initiale qui aboutit au sacrifice consenti de la mère, à ce stade de la lecture le thème central du livre reste encore trop nébuleux pour pouvoir être identifié. Un grand désir de lire la suite s’impose alors pour prendre connaissance du vrai thème comme de l’objectif de l’auteur cachés derrière les limbes de Mongo aux intentions obscures.

15- Linus K. – Neudorf
18 ans – 1ère année fac de philosophie, étudiant allemand – Kundera, Schopenhauer, Flaubert, Nietzche

♥ ♥ ♥
Je suis très bien entré dans un récit qui laisse une grande place à la recréation imaginaire du lecteur et qui pourtant s’impose clairement, où toutes les situations s’ordonnent naturellement, où les personnages prennent vie intensément alors qu’ils sont très peu décrits concrètement, et où leurs luttes et leurs tourments sont palpables de l’intérieur. La position d’un narrateur omniscient mais effacé qui se fond dans les personnages et les situations en adoptant leurs tonalités correspondantes est originale et très bien ressentie. La séquence où Djack discute avec Mongo (et donc lui-même) est très puissante dans sa profondeur évocatrice. La fête de l’An Neuf me donne vraiment l’impression d’y participer en partageant la joie et l’osmose qui unissent les villageois.
L’arrière-plan de mystère qui s’étoffe au cours des pages fait croître l’excitation de partir avec Thomas dans l’inconnu pour découvrir tout ce qu’il cache, et donc l’excitation de se plonger dans le deuxième épisode.
Je n’ai que deux légères critiques à formuler : le vocabulaire souvent riche gagnerait à employer aussi des mots plus ordinaires, et l’apparition brutale de mots crus et vulgaires dans un récit tout en finesse a un impact perturbant qui pourrait peut-être être pondéré en les amenant avec plus de préparation.
Ce qui amène à considérer la scène sexuelle dans toute son ambivalence, car elle est assurément déstabilisante et choquante par rapport au reste du récit au point qu’on voudrait l’éviter (je me suis d’abord senti gêné de devoir entrer dans l’intimité des deux amants comme si j’étais un intrus), et en même temps elle contient une puissance souterraine, animale et barbare, qui est peut-être ce qui insuffle la plus grande intensité de vie à l’épisode. En tout cas elle a les défauts de ses qualités, et lui retirer ses gros défauts reviendrait à lui retirer ses grosses qualités.

16- Fanny V. – Gresswiller
22 ans – licence de psychologie, étudiante BTS commerce – Éclectique, classiques, A. Nothomb

♥ ♥ ♥
J’ai beaucoup aimé bien que le fantastique ne soit pas un genre que j’apprécie particulièrement.
Ce premier épisode ne peut à l’évidence pas se lire comme un roman à part entière, parce qu’il suscite tout un monde de mystères à explorer dans les épisodes suivants qu’on ne peut absolument pas en rester là.
J’ai plongé très agréablement dans le récit qui se visualise naturellement sans effort. Les personnages s’imposent tout de suite dans leur expression propre, ils deviennent vite familiers et attachants, mais ils sont encore difficiles à cerner à ce stade de la lecture, en dehors du vieux Dicteur dont le visage austère imprime clairement sa personnalité. Le style est clair et simple, les dialogues très naturels et dynamiques.
J’ai juste décroché avec la scène de la transe, ce qui n’est pas une critique en soi mais parce que je suis personnellement hermétique au psychédélisme. Autrement la scène d’amour très crue me paraît au final bien à sa place dans l’histoire. Elle m’a d’abord déroutée, ébranlée, interpellée, puis j’ai trouvé qu’elle mettait de l’authenticité et de la profondeur dans la relation des amants qui au départ était un peu fleur bleue et platonique, faisant alors émerger plein de questions sur l’interaction obscure entre les sexes.

17- Suzanne B. – Montagne verte
60 ans – master ingénieur de la formation, conseillère Fleur de Bach – Éclectique, classique, poésie

♥ ♥ ♥ ♥
C’est magnifiquement écrit, simple, fluide, direct, essentiel, où les perceptions tant visuelles qu’émotionnelles s’imposent immédiatement et clairement. Les personnages sont tous attachants, avec une vraie profondeur suggérée, des luttes intérieures qui révèlent leur complexité et leur beauté d’âme.
J’adore tout particulièrement la trisaïeule, merveilleux pilier de la communauté, pleine de sagesse dévouée et d’humour. Les thèmes du livre qui s’annoncent sur ce premier épisode en forme de prologue sont encore nébuleux, ils baignent dans le brouillard entourant le village qui s’épaissit de page en page, accroissant l’intensité de l’intrigue de page en page, et c’est précisément ce qui fait son pouvoir d’attraction exceptionnel. Le style de l’auteur adopte une ligne claire, sans aucun superflu, qui est assurément très travaillé parce que le phrasé est mélodieux, la prose poétique, transmettant un haut degré de sensibilité et de délicatesse. C’est pourquoi la scène d’amour cru n’a rien de pornographique à mes yeux, parce qu’il n’y a rien de bas dans ce qui s’y passe. Son insolence autant que son vocabulaire grossier restent ludiques, et les ébats des amants témoignent de leur désir de communion qui les plonge finalement dans un amour encore plus vrai et plus profond. Tout en étant touchée par sa force et sa qualité, j’ai néanmoins éprouvé que cette scène était trop longue, non pas en soi, mais parce qu’elle m’a contrainte à me mettre en attente de l’intrigue principale avec le petit Thomas que j’avais hâte de retrouver.

18- Robin B. – Montagne verte
27 ans – Auteur compositeur, groupe Mandragore – Éclectique, SF, Damasio, Vian, Sweig, poésie

♥ ♥ ♥
Un cœur pour l’esprit, un cœur pour le cœur, et un cœur pour le sexe.
J’ai trouvé la première partie un peu trop sobre dans son expression, puis avec l’arrivée des cavaliers et de Djack le récit est entré sous tension, ce que j’affectionne particulièrement dans une lecture. Le style fait clairement ressortir la personnalité de l’auteur, il est comme une signature unique et de ce fait original dans sa simplicité même. C’est une prose poétique pleine de sensibilité, d’attention et de bienveillance pour les personnages. Quant à l’histoire elle-même, elle fait ressortir un plaisir de conteur d’où jaillissent aventures, intrigues, mystères, coups de théâtre et retournements de situation incessants.
La scène de sexe nous arrive ainsi sans prévenir, surprenante et déroutante, comme si elle faisait sortir de ses gonds un récit dans lequel on vient tout juste de s’installer. Et c’est une scène que je trouve particulièrement intense et réussie. Bien qu’elle soit grivoise dans sa forme, elle n’a rien de légère en soi. À la fois ludique, drôle, excitante, inquiétante, violente, avant de redevenir tendre et aimante, elle révèle énormément de choses sur la relation entre les sexes. Puis on en sort pour se précipiter vers la chute tragique qui relance toute la tension du récit, ce qui me donne bien évidemment envie de me plonger dans le prochain épisode.

19- Daniel Th. – Strasbourg
29 ans – étudiant BTS informatique – Bazin, Maupassant, Tolkien, Robin Hobb, fantasy, polars

♥ ♥ ♥
J’ai été très agréablement surpris d’entrer dans une histoire à laquelle je ne m’attendais pas du tout.
J’aime beaucoup l’ambiance du village qui m’a fait songer à une vie communautaire autonome à laquelle j’ai aspiré il y a quelques années avec un groupe d’amis. La communauté est un modèle de société décroissante: elle respire le bonheur de vivre alors qu’elle vit dans la frugalité matérielle. La scène du jeûne est très juste et très intéressante. La fête de l’An Neuf est très bien rendue avec sa dimension de cohésion sociale et psychologique.
Les personnages sont attachants, humains et d’une grande sensibilité. 
J’ai juste été interloqué et déstabilisé par la scène sexuelle qui détonne sur le ton d’ensemble de l’histoire, mais pas au point de perdre l’attrait pour la suite du récit.
J’ai très envie de lire le deuxième épisode pour découvrir l’ordre de Mongo qui pour l’instant m’évoque une communauté monastique d’artistes, ce qui est très intrigant, ainsi que pour découvrir ce qui se cache derrière l’énigmatique Mongo et ce qui va advenir de Thomas et des autres personnages.

20- Maïté Z. – Strasbourg
25 ans – designer textile – très éclectique, spiritualité laïque, Eckhart Tolle

♥ ♥ ♥ ♥
C’est un premier épisode singulièrement efficace, qui permet de poser le personnage « appelé » au travers du regard de sa mère et de sa communauté utopiste. Quant à Mongo, s’il est capable de briser la mémoire de quelqu’un, aurait-il pu rendre Thomas malade pour forcer Ambre à le lui donner? Tout cela donne très envie d’en savoir plus sur l’ordre ancien et très secret de Mongo et pour voir si Thomas tient sa promesse.
Le style est simple mais non simpliste, souvent à fleur d’émotion, pour porter un récit qui lui est très subtil dans ses entrelacements et ses arrières-plans suggérés. On est très rapidement et très ingénieusement happé dans l’histoire qui nous absorbe si bien qu’on ne peut plus s’arrêter de lire. Le « personnage » de Mongo se montre à la fois mystérieux, mystique et effrayant. On compatit avec Ambre et sa volonté de ne pas perdre son fils, même si on sait qu’elle n’a aucune chance de pouvoir le garder. Je n’ai pas pu m’empêcher de verser une larme sur le dénouement qui est vraiment poignant.
En résumé c’est un récit saisissant, qui a la particularité de faire plonger le lecteur dans un univers très particulier en seulement quelques pages. On y vit un véritable ascenseur émotionnel qui nous fait passer des sensations les plus archaïques aux plus pures. Il nous surprend ainsi avec la scène érotique intense qui résume les rapports primaires et profonds entre l’homme et la femme, pour ensuite retourner dans toute la délicatesse et la sensibilité poétique qui enveloppent la destinée de l’enfant mystérieux. Le lecteur est mis à l’épreuve, mais il ne peut pourtant pas lâcher le récit tant il est tenu en haleine. On a hâte de découvrir la suite!

Lecture du deuxième, troisième et quatrième épisode à la demande des lecteurs et sans rémunération

1- (3) Eiriléna L.

Deuxième épisode
♥ ♥ ♥
Il est bien différent du premier et j’ai d’abord été un peu déçue de ne pas y trouver ce que j’attendais : une sorte d’école de danse en apprenant en plus qu’il n’y a pas de filles chez Mongo. Puis je me suis fait au nouveau contenu du livre où l’on quitte l’atmosphère bienheureuse du village pour plonger dans un monde sombre, cruel et triste qui nous rappelle à la dure réalité. J’ai commencé aussi à comprendre que le livre est plus qu’une évasion dans un monde imaginaire, parce qu’il contient des éclairages qui sont là pour nous aider à mieux comprendre notre monde actuel, ainsi que des leçons de vie qui peuvent nous aider à affronter nos difficultés personnelles, comme l’explication sur la peur imaginaire et la peur réelle que je trouve très juste et bénéfique. Alors si j’ai été déroutée par ce deuxième épisode qui ne correspond pas à mes attentes initiales, ce qu’il apporte d’autre me donne toujours envie de continuer la lecture.

Troisième épisode
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Il est à nouveau différent des deux autres. Cette fois, on découvre qui est vraiment Mongo, mais s’il est présenté d’abord comme un simple Instrument, son aspect mystérieux réapparaît quand on comprend qu’il porte en lui la conscience des Danseurs accomplis. Mongo me fait alors plutôt songer à une représentation métaphorique de notre conscience intérieure dotée d’un potentiel infini qu’il nous appartient de réaliser, ce qui revient à réaliser le destin de notre désir profond que l’on porte en soi et qui est le chemin difficile du sacrifice qui est attendu de Thomas. Cet épisode se lit également très bien, avec clarté, il captive à nouveau par la surprise de sa différence et me donne toujours envie de continuer la lecture.

Quatrième épisode
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Avec ce dernier épisode, j’ai retrouvé l’enthousiasme du premier épisode qui m’avait si bien absorbée et conquise mais d’une façon complètement différente. J’ai été à nouveau surprise par son originalité qui le distingue encore des autres. Je ne m’attendais pas du tout à entrer dans cette longue analyse politique qui m’a fait m’éloigner du roman pour y découvrir des réalités concernant notre monde aussi passionnantes si pas plus. Je ne savais rien de l’envers catastrophique du décor de la religion de la croissance qu’on nous prêche sans arrêt dans les médias, ni de la création monétaire fondée sur la dette qui est donc irremboursable par définition, alors que les médias nous rabâchent le contraire en nous faisant croire que le peuple doit se serrer la ceinture pour la rembourser parce qu’on serait trop dépensier. C’était pour moi la première claque, comme si je voyais tout d’un coup le mensonge permanent que diffuse la télé, alors qu’auparavant je n’y faisais pas attention et en tout cas je ne pensais pas que c’était à ce point-là. Le gros avantage de la longue analyse politique est qu’elle se lit comme une aventure humaine passionnante, avec plein de retournements au niveau des idées, que toutes les explications sont claires, développées à fond de façon à ce qu’on comprenne bien de quoi il retourne. On n’a alors plus aucun doute sur l’origine et la responsabilité du désastre qui s’annonce, mais au lieu d’en rester sur ce constat sinistre, ce que le livre a de plus fort, c’est qu’il part de son analyse rigoureuse et approfondie du désastre pour proposer des réponses positives qui sont tout aussi rigoureuses et détaillées. Ça les rend tellement crédibles qu’elles redonnent un espoir formidable dans notre avenir, et c’est là que le livre redevient si enthousiasmant.
En même temps ce passage permet de comprendre le rôle de préparation des épisodes précédents. Alors qu’on ne voyait pas trop bien pourquoi ils partaient dans des directions différentes, tout s’éclaire, on découvre leur place nécessaire dans l’ensemble, comme le thème de la mixture onctueuse de la réalité fictive diffusée par les cubes qui apparaît dans le deuxième épisode et qui rend soudain terriblement percutante la communication hégémonique des puissances régnantes présentée dans nos médias comme le spectacle vivant de l’unique réalité.
Après cette longue leçon de l’état du monde et de ses remèdes possibles, on retourne dans la vie du roman et de ses personnages avec cette impression qu’on ne les a pas vraiment quittés, parce que la leçon fusionne avec l’enjeu des Danseurs qui doivent l’intégrer pour accomplir l’exploit de libérer l’humanité, tout comme elle fusionne avec ma propre réalité de citoyenne qui doit tout autant l’intégrer pour contribuer moi aussi à cet accomplissement collectif. Et c’est comme si le livre se terminait sur cette apothéose où en m’identifiant à nouveau aux héros, je me sens investie de leur courage héroïque dans un monde fantastique qui a rejoint mon propre monde, le monde de la réalité qui ne m’écrase plus et ne me laisse plus impuissante parce qu’il est désormais réenchanté par notre merveilleux pouvoir d’être humain d’agir sur lui pour le meilleur.

2- (7) Marie J.

Deuxième épisode
♥ ♥ ♥
Ça se lit toujours très bien. L’apparition de nouveaux personnages et de nouvelles situations relance la dynamique du livre qui de ce fait reste captivant. Le moment où Thomas « lâche prise » face à Mongo dans la cellule de transfert, ce qui déclenche sa première communication, m’a fait un effet profond. La noirceur des basses villes est oppressante, le personnage « déchu » d’Ungern avec Tombola et les esclaves sexuelles décrivent des comportements poussés à l’extrême mais qui n’évoquent que trop bien l’attitude générale des humains dominés par la peur qui reste la plus répandue sur terre. Dès qu’on quitte la scène de torture finale pour retrouver le cirque majestueux avec les deux enfants, on respire enfin. L’évocation de la beauté de la nature et la communion des enfants avec elle m’évoque les béatitudes que j’aurais aimé mieux connaître dans ma propre enfance. À la fin de l’épisode, l’apparition de la petite Mafat liée mystérieusement à l’ondine (la fée d’eau, la fontaine d’amour) que Thomas rencontre dans la cellule de transfert dans sa nouvelle communication avec Mongo, laisse présager qu’elle va avoir une certaine importance dans la suite du livre, ce qui ajoute une nouvelle intrigue attirante, d’autant qu’elle m’apparaît comme un écho de la petite Cerise.
Cette fois, le manque de virgules ne m’a plus dérangé, dès lors que j’ai intégré que ce n’est pas une faute mais un choix intentionnel de l’auteur dans sa manière de scander le texte.

Troisième épisode
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Ça se lit toujours très agréablement. Je reste surprise par l’originalité foisonnante et la richesse d’imagination qui continuent de se déployer, mais ce que cet épisode a en plus, c’est que ce foisonnement qui pouvait donner l’impression de s’égayer au petit bonheur se rassemble maintenant à travers la révélation du mystère de Mongo pour nous faire découvrir sa cohérence profonde. À travers la description approfondie de Mongo en tant que Maître de la Communication, un éclairage se produit sur ce qui restait confus dans les épisodes précédents en liant tous les événements entre eux. Elle nous fait réaliser que toute cette imagination débordante obéit depuis le début à un plan mûrement réfléchi où rien n’est laissé au hasard, et c’est pour moi la plus grande surprise du livre.
Je n’ai pas trop accroché à toute la partie critique et explicative sur la manipulation des croquants et de la Communication derrière eux, cela sans doute parce que je ne me sens pas trop concernée, n’ayant jamais voulu de télé et zappant systématiquement la publicité quand je tombe dessus.
Ce qui m’a le plus accrochée est la présentation des règles de conduite et de l’éthique appliqués à la communauté monastique, ainsi que tout ce qui évoque le monde spirituel. Les Trois Règles de Mongo dont son Silence sont comme des attributs déguisés de Dieu, la démonstration de la suprématie du libre arbitre sur notre conditionnement est originale dans son propos et très convaincante. En tant que théologienne, ces thèmes me sont familiers et j’apprécie d’autant plus de les voir traités ici avec une grande rigueur dans un contexte fantastique.
Enfin je me suis réjouie d’apprendre à la fin du livre que la mère de Thomas s’était bien remise de son départ, qu’elle avait une fille avec Djack, car je continuais de me préoccuper de son sort.

Quatrième épisode
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Le fait d’entrer dans la longue analyse politique m’a fait décrocher du contexte romanesque du livre auquel je m’étais attachée, pour n’y revenir que bien plus tard où à partir de là je n’étais plus en mesure d’anticiper la suite du récit, m’obligeant à rompre ma tendance à imaginer le futur des personnages et des situations.
Passé cette impression déroutante où j’attendais tout de même de revenir à la dimension romanesque qui m’imprégnait si bien, j’ai été peu à peu séduite puis conquise par cette longue analyse politique qui m’a appris énormément de choses de manière claire et concise. La racine de la dette, l’impasse de la croissance, la toute-puissance de l’empire financier, la fin inéluctable du travail productif, le pouvoir de l’audimètre, autant de thèmes dont j’avais vaguement entendu parler mais qui ici sont explicités en profondeur dans toutes leurs implications, ce qui me permet à présent d’en avoir une compréhension globale intégrée aux enjeux décisifs actuels pour l’humanité.
On en ressort avec un éclairage lucide qui chasse le brouillard du marasme planétaire empreint de fatalité en désignant clairement la racine des principaux maux qui nous affligent et les remèdes que l’on peut leur appliquer. Évidemment, tout cela invite à une forme d’activisme et de sens de la responsabilité plus engagé dès lors qu’on est convaincu de la crédibilité des remèdes. Je trouve cependant toujours aussi difficile d’y mettre de l’enthousiasme tant l’obstacle semble insurmontable, la force négative à l’œuvre dans le monde si puissante et omniprésente.
Du coup, j’ai adoré le passage sur l’art et la musique classique qui offre un contraste réjouissant et décontractant face à l’horreur du monde. Le propos original sonne très juste et donne une bouffée d’espoir en l’humanité en nous rappelant la beauté du pouvoir créateur humain.
Enfin, quand j’ai renoué avec la dimension romanesque en retrouvant l’intensité dramatique des personnages, après avoir été pénétrée de leur tourments et de la chute du Dicteur suivi de sa résurrection, c’est comme si le souffle de leur combat pour le bien m’avait traversée en me communiquant un peu de leur enthousiasme et de leur foi en la victoire, le livre s’achevant fort heureusement sur un horizon confiant ouvrant sur une nouvelle espérance.

3- (2) Luc K.

Deuxième épisode
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Évidemment, je me réjouissais de pouvoir poursuivre l’aventure du 1er épisode qui m’a si bien captivé. Et là, je dois dire qu’au niveau accroche, ça a été encore pire que le premier. Je me suis retrouvé à le dévorer dans mon lit sans pouvoir le lâcher jusqu’à ce que je sombre écrasé de sommeil le livre entre les mains.
Dans cet épisode, la magie de l’imaginaire opère à nouveau en nous entraînant dans un autre univers complètement différent du premier. C’est à ce moment-là que le livre commence véritablement à se déployer en nous faisant comprendre qu’il n’a pas été rédigé au petit bonheur mais est construit sur une solide charpente qui a été mûrement réfléchie. On pénètre dans l’univers sombre pressenti dans le 1er épisode qui est vraiment glauque et sinistre, en contraste avec l’univers lumineux de Mongo réservé à une élite. Le décor est posé sur ces deux mondes que tout oppose où va manifestement se jouer un combat sans pitié entre les forces de lumière et les forces obscures.
Quand on quitte le monde horrible des basses villes pour retrouver le cirque paradisiaque du Mongonastère, j’ai ressenti un véritable soulagement. L’expédition des deux enfants dans la nature sauvage m’a fait penser à Hoffman où le magique rejoint la réalité, quand l’esprit s’incarne dans des formes d’une beauté surprenante. Les leçons du sage Zabir dispensés à Thomas et Carlos nous invitent à une lecture plus méditative tournée vers la quête de soi, et le ton m’a cette fois fait penser à Hermann Hesse avec sa respiration lente et profonde propre aux romans initiatiques.
J’ai terminé cet épisode sur une lecture plus sereine comparée à mon excitation initiale de dévorer l’histoire pour savoir où tout cela mène. J’en sors avec encore plus d’interrogations et d’énigmes. Que sont donc les boules noires, les cubes gris, Mongo et sa toute-puissance ? Qu’est-ce qui les lie entre eux ? L’intrigue devient de plus en plus métaphysique, et je commence à me laisser porter par cette atmosphère de mystère en acceptant de voyager dans les brumes du récit sans chercher à tout prix à en être éclairé. Mais j’ai quand même hâte de plonger dans la suite du livre pour poursuivre l’aventure et aller à la rencontre de ce mystère toujours plus épais.

Troisième épisode
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Surprise des surprises, le mystère de Mongo est dévoilé d’un seul coup, comme s’il était complètement mis à plat après nous avoir fait mousser durant plus de 400 pages. Avec lui ce sont les clés de lecture du livre qui nous sont livrés en nous révélant que les brumes n’étaient qu’apparentes, car on découvre que toutes les scènes qu’on a lues jusqu’ici sont liées entre elles par des liens nécessaires à l’ensemble, que rien n’était fantaisiste ni gratuit. Et cette découverte de la construction cachée du livre qui est comme la vision d’une cathédrale longuement travaillée et ciselée est ce qui m’a le plus impressionné dans ce court et dense troisième épisode.

Quatrième épisode
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La densité du contenu s’élève encore, et cette fois sur le plus long volume, extrêmement développé et approfondi. Ici, j’ai bien senti que la lecture devient plus exigeante, requiert une attention soutenue et un désir de s’instruire pour comprendre les enjeux de politique-fiction que le livre revendique.
Cet épisode surprend à nouveau par sa différence qui le distingue des précédents. Il se permet une véritable cassure du récit romanesque dans lequel on était entraîné avec jubilation pour ouvrir une longue parenthèse théorique qui nous sort provisoirement du roman. Je perçois bien que c’est une façon de prendre du recul sur l’aspect de pur divertissement du roman pour l’intégrer à notre réalité sociale et politique, ce qui nous invite à un regard personnel sur notre propre vie et responsabilité de citoyen afin de nous sentir plus impliqués au moment de reprendre le cours de l’aventure romanesque. Mais je dois reconnaître que ça n’a pas fonctionné avec moi, car tout ce qui est politique, même anticipatoire, ne m’attire vraiment pas. Je me suis retrouvé à survoler une trentaine de pages concernant la finance, sujet des plus indigestes à mes yeux, avant de pouvoir replonger avec plaisir dans les dialogues et les évolutions intérieures des personnages qui eux restent toujours aussi vivants et prenants.
En fait, cette cassure du flux romanesque m’a rappelé « Guerre et Paix » de Tolstoï qui est un roman magnifique que j’ai adoré, sauf pour ses longues parenthèses théoriques qui pour moi sont plutôt pesantes qu’enrichissantes. Dans ce 4ème épisode de L’Appel de Mongo, c’est la même chose avec cette grande différence que ça passe quand même beaucoup mieux parce que c’est complètement intégré à l’enjeu du livre, et qu’on ne voit pas comment on pourrait le retirer sans perdre le sens de tout ce qui suit. Bref, ce n’est pas un défaut du livre que je soulève ici, mais ma réaction subjective d’allergique à la politique et à la finance.
Ceci mis à part, tout le reste est vraiment magistral de construction et de profondeur psychologique. Les cas de conscience et les cheminements intérieurs du Dicteur et des deux Danseurs sont superbement exprimés, ils s’enchaînent et se répondent par des mouvements nécessaires qui les rendent extraordinairement réalistes dans un contexte fantastique. Surtout la chute du Dicteur, ce puits de science qui craque en reconnaissant qu’il ne sait rien, est un véritable coup de théâtre dans sa dimension spirituelle que j’ai trouvé très forte.
Je termine ma lecture des quatre épisodes sur une légère baisse d’enthousiasme mais avec un désir intact de me plonger dans les épisodes suivants pour aller au bout de l’aventure de ce livre monumental sur tant d’aspects. Je me sens aussi privilégié d’avoir eu la faveur de découvrir le manuscrit de L’appel de Mongo avant tous les autres, car un livre maîtrisé de bout en bout de cette envergure, de cette puissance, de cette finesse et de cet attrait, je n’en vois pas d’équivalent aujourd’hui, et à mon avis il est appelé à connaître un succès considérable dans les années à venir.

4- (10) Arnaud P.

Deuxième épisode
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Je n’ai pas résisté longtemps à l’envie de lire la suite et je n’ai pas été déçu. Loin de résoudre les énigmes initiales, ce second épisode les étoffe tout en distillant des éléments de réponse, ce qui ouvre sur un univers de plus en plus vaste qui à l’évidence a été mûrement pensé et construit. On perçoit la puissante assise d’une histoire probablement monumentale qui n’est ici encore qu’au stade des fondations. Cette assise me donne la sensation excitante qu’une cathédrale va s’en élever, et c’est ce qui me rend encore plus accro dans mon désir de lire la suite.

Troisième épisode
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Je n’ai pas été trompé dans ma sensation. Rien de ce qui précède n’a été écrit gratuitement, et c’est ce qui m’apparaît maintenant dans le dévoilement du mystère de Mongo qui est d’abord le dévoilement d’une construction de l’imaginaire magistrale dans sa rigueur et sa précision. Du coup, mea culpa pour ma critique de la séquence porno du premier épisode. À présent seulement, je reconnais qu’elle n’a rien de gratuite, mais qu’elle a été conçue en contrepoint du caractère malsain et dépravé de l’utilisation mercantile généralisée du sexe dans le monde de la Communication. Elle parvient de cette façon à le dénoncer sans adopter de position pudibonde, puisqu’elle revendique en même temps l’expression ouverte d’une sexualité qui peut être innocente et ludique.
J’ajoute que je suis toujours davantage séduit par l’originalité du récit qui se renouvelle à chaque épisode où il n’hésite pas à jongler avec les genres littéraires, le tout entrecoupé de développements politiques, psychologiques et spirituels passionnants, de sorte qu’il m’apparaît de plus en plus inclassable. Mais cette fois ce n’est pas une critique que j’exprime mais une jubilation à plonger dans le manuscrit inédit d’un livre monumental au contenu encore secret et inconnu du public.

Quatrième épisode
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Comment ne pas être conquis par ce dernier épisode ? C’est l’apothéose du livre où ce que j’avais anticipé, pressenti, espéré dans les épisodes précédents trouve ici son aboutissement bien au-delà de mes rêves. Non seulement le livre tient toute sa promesse, mais en plus il s’achève sur ce plat de résistance d’un essai socio-économique extrêmement consistant que je n’ai absolument pas vu venir, et c’est là le grand choc du livre qui m’a laissé abasourdi. Tant d’idées neuves, pertinentes, éclairantes y sont développées qui vont en même temps servir de ciment pour relier tous les éléments du livre ensemble qu’elles me laissent une sensation de profusion et de vertige, comme si j’étais devant une nourriture trop riche que je viens d’avaler mais que je suis encore loin d’avoir digéré et assimilé complètement. En tout cas impossible de faire la synthèse d’un tel épisode.
Je ne peux que livrer mes impressions les plus fortes dont la première est sans conteste ce dernier effet de surprise de l’ingérence d’une conscience politique aiguë dans le texte qui retourne le livre comme un gant. Il révèle sa dimension cachée où il utilise le support du divertissement comme arme de combat pour tenter de réveiller les consciences endormies dans le mieux disant médiatique. Ça m’a procuré une sensation de fébrilité et d’excitation, comme si j’étais emporté par un nouveau vent révolutionnaire où je ne peux que souhaiter qu’il souffle sur le plus grand nombre, parce qu’il semble vraiment rouvrir notre horizon collectif à une amélioration possible pour l’humanité là où tout nous semble désormais bouché.
Je m’arrête là car il y aurait trop à en dire. En tout cas bravo et longue vie à L’Appel de Mongo.

5- (6) Marion C.
Deuxième épisode
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On change de registre, avec un premier développement de l’état du monde, des commentaires d’ordre psychosociologique, politique et spirituel, ce qui rend ce nouvel épisode encore plus intéressant, surtout que l’on sent que là aussi il participe d’une construction beaucoup plus vaste dont il n’est que la préparation. La découverte des lieux par Thomas est particulièrement bien sentie parce qu’il se montre d’abord inadapté et plein d’interrogations. L’entrée en matière des Danseurs accomplis et de leur lien avec Thomas en tant qu’Élu relance aussitôt tout son mystère. Ma seule remarque négative concerne le passage de la description des basses villes que je trouve trop long parce que trop répétitif dans sa manière de faire ressortir les principaux thèmes, thèmes que j’ai l’impression d’avoir assimilés du premier coup. La longue séquence dialoguée d’Ungern avec le savant puis Tombola jusqu’à sa torture finale m’a emballée, comme si j’étais plongée dans un dessin animé avec des personnages hauts en couleur manifestant un dynamisme de tous les instants. Le contraste avec le cirque majestueux que l’on retrouve dès qu’on quitte l’atmosphère oppressante d’Ungern et des basses villes est très bien venu, car il nous fait sentir le caractère précieux de la nature, de l’air libre et de l’innocence de l’enfance. En plus de cela, j’ai été particulièrement touchée par la scène du trou qu’ils doivent sauter pour le commentaire spirituel de Zabir qui m’a fait un effet profond. De même que toute la discussion sur la peur et la juste façon de composer avec elle, en réponse bien sûr à une humanité qui vit pétrie de peur dans les basses villes comme l’autruche, a été très éclairante en regard de ma propre vie. Elle m’a révélé du même coup la dimension spirituelle cachée que porte le livre, car tout en utilisant un contexte fantastique, il devient de plus en plus flagrant que ce qu’il exprime n’a rien de fantaisiste mais se réfère à des réalités précises et rigoureuses applicables à notre monde actuel.

Troisième épisode
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L’histoire est toujours aussi intéressante et déroutante, du fait de changer encore de style et d’ambiance, en entrant cette fois résolument dans le dévoilement de la réalité de Mongo où va prédominer la description et l’explication des rouages du monde de la Communication. Mongo et sa communauté de créateurs y occupent une place centrale qui devient clairement une place symbolique ou métaphorique, et son rôle métaphorique majeur m’a positivement impressionnée parce qu’il rend compte en profondeur d’une manière juste et tout à fait surprenante des problématiques et des ambiguïtés propres à la Communication. Quand on aborde l’architecture de la croissance de Mongo liée aux mutations de conscience des Douze Danseurs accomplis, je me suis sentie plonger dans un fantastique spirituel aux résonances intérieures presque palpables qui restent néanmoins insondables, ce qui produit un effet très intrigant. De même, la description de l’évolution de la Communication en fonction des mutations, tout en demeurant dans le fantastique, sonne terriblement juste et pertinent.

Quatrième épisode
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Je continue à mettre quatre cœurs pour clôturer le dernier épisode, car le livre a largement tenu ses promesses en réussissant à entretenir mon intérêt et ma curiosité jusqu’au bout. Si mon enthousiasme a été le plus fort sur le premier épisode, ce qui a pris le relais dans les épisodes suivants, c’est une attirance grandissante envers l’originalité foncière d’un livre qui m’a réservé surprises sur surprises, relançant constamment mon intérêt à travers ses changements de genre et d’atmosphère qui le rendent définitivement inclassable.
Ici la surprise majeure est l’introduction d’un essai politique extrêmement développé que j’ai trouvé très bien intégré à l’ensemble du récit, où le fantastique se marie avec notre réalité socioéconomique présente, tout comme l’enjeu décisif que ce passage représente pour les jeunes Danseurs renvoie au même enjeu décisif pour notre humanité actuelle. Au même rythme que les Danseurs, on y découvre les réalités de l’état du monde cachées par les médias dominants, preuves à l’appui, ce qui rend d’autant plus pertinente la critique de la manipulation des médias élaborée dans les épisodes précédents. De l’imposture de la religion de la croissance jusqu’à la révélation de l’économie de l’attention, en passant par l’escroquerie planétaire de l’empire financier, on bascule de l’autre côté du miroir médiatique pour découvrir une autre réalité qui nous incite à la responsabilité sous une forme d’activisme citoyen. C’est à l’évidence le moment le plus fort du livre qui donne sa cohérence à tout l’ensemble, mais j’avoue toutefois qu’il ne m’a pas marquée au point de susciter mon engagement dans le mouvement qu’il appelle. C’est sans doute parce que je n’ai que 21 ans, que je n’ai pas encore été confrontée avec le monde du travail et la dure réalité économique, en tout cas, je ne me sens pas trop désireuse de me battre sur ce terrain-là pour le moment.
Du coup, ça reste la dimension romanesque du livre qui m’a le plus emballée dans ce dernier épisode. Suivre l’évolution des personnages, leurs préoccupations et conflits intérieurs, jusqu’à la scène finale très touchante entre Thomas et Carlos qui lui révèle une part de son passé traumatique, c’est ce qui me donne envie de continuer à les suivre dans les prochains épisodes s’il m’était possible de les lire.

6- (14) Vincent G.

Deuxième épisode

J’ai bien aimé le début aussi longtemps qu’on reste avec Thomas et sa découverte du Mongonastère. Mais dès qu’on aborde la description des basses villes, j’ai été déconcerté par le changement de ton, d’atmosphère, de thème et de situation, au point d’être incapable de le relier avec l’histoire antérieure.
La conséquence a été que je ne suis pas parvenu à entrer dans la suite du récit, je l’ai trouvé alors déplacé, incongru, avec une accumulation de violence gratuite. Bref, j’ai décroché et je ne peux que m’arrêter là.

7- (9) Odile K.

Deuxième épisode
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J’ai lu avec beaucoup d’intérêt le deuxième épisode de cette fresque que je trouve fort prometteur : le contexte, esquissé tout en douceur dans le premier, dans les tons chatoyants et poudrés que j’avais évoqués initialement, se précise peu à peu, gagnant en intensité et consistance, et laissant entrevoir l’ambivalence de l’âme humaine avec sa complexité et sa noirceur.
Je me suis prise au jeu de l’évolution des personnages, et je me laisse à présent porter par l’histoire. Il s’en dégage progressivement l’idée qu’elle n’est qu’un prétexte, et que je ne suis pas au bout de mes découvertes, et c’est enthousiasmant. Le premier épisode m’avait laissée réticente, le deuxième en revanche me plaît beaucoup. Je pense que le lecteur doit d’abord accepter de se laisser porter afin de lâcher prise, pour pleinement profiter de la richesse du texte et de sa densité. Merci pour ces beaux moments de lecture.

Troisième épisode
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D’ores et déjà, ce tome 3 tient largement ses promesses en répondant à nos attentes. Des descriptions travaillées, un rythme régulier qui progresse vers la révélation venue en temps utile pour ces deux enfants qui accèdent à la conscience en quittant le monde de l’innocence. Les images sont crues mais l’analyse les justifie, tout s’explique enfin et trouve sa mesure.

Quatrième épisode
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J’ai vraiment beaucoup apprécié la teneur de ce dernier tome, en premier lieu pour son type d’analyse approfondie, lucide, intransigeante, avec le décodage sans pitié de la manipulation médiatique qui fait froid dans le dos. Quelle leçon! Mais il y a une issue que le livre laisse espérer et à laquelle grâce à l’auteur nous pouvons croire.
J’en reviens alors à mon impression du premier tome, charmant au demeurant, mais qui ne laisse absolument pas prévoir l’intensité dramatique du quatrième. Concrètement, si j’avais arrêté la lecture au premier, je serais passée à côté de l’essentiel. Je formule la crainte que l’auteur pourrait perdre en route certains lecteurs qui s’épanouiraient dans la richesse du quatrième.
À mon avis, l’épisode I n’est pas assez représentatif de l’œuvre pour être présenté indépendamment à l’éditeur. Il est encore trop hésitant et contrasté de sorte que c’est intégré aux autres qu’il trouve sa place. Il apparaît assez clairement que les épisodes III et IV forment un tout, tandis que les épisodes I et II servent d’abord à fournir le cadre où par contraste ils peinent encore à trouver leur rythme.
Une chose me gêne rétrospectivement : le traitement des dialogues avec les abréviations et les élisions systématiques dont je ne vois pas l’utilité sinon de donner un côté simpliste qui dessert les personnages, pourtant subtils et complexes. Il me semble qu’on pourrait les éviter car on sent l’auteur plus à l’aise dans les descriptions que dans ce rôle d’emprunt, ces descriptions qui sont à mon avis sa grande force avec leur pouvoir de susciter l’adhésion inconditionnelle du lecteur en lui ouvrant les yeux. Pour tout le reste, l’œuvre a une dimension noble et un beau souffle épique qu’il faut conserver.

8- (5) Claude M.

Deuxième épisode
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Par esprit de tolérance, je suis ouvert à tous les courants de pensée, y compris spiritualiste, bien que je ne m’y sente pas trop à mon aise pour avoir une sensibilité plutôt matérialiste et terre à terre. Or le second volet prend très vite une tonalité spirituelle dans laquelle je ne me suis pas senti en résonance et qui m’a parfois paru difficile d’accès. Je pense à l’épisode initial situé dans le Cirque, où j’ai eu le sentiment d’être projeté dans le genre spécifique du roman d’initiation, avec l’enseignement qu’y délivre Zabir à Thomas et Carlos renouvelé à la fin du livre et où l’on peut noter des références parfois obsédantes aux notions d’harmonie et de contemplation. J’ai tout de même été réceptif au propos sur la « conscientisation du corps » qui développe une idée passionnante et qui me convainc que le reste doit probablement l’être tout autant, pour autant que l’on ait la capacité d’y avoir accès. L’intensité dramatique ne faiblit toutefois pas. Avec l’irruption du personnage très noir d’Ungern, incarnation du mal absolu, nous nous retrouvons soudain plongés dans la thématique du pouvoir médiatique dans le monde de la Communication, développant en particulier l’idée d’une vérité maquillée et reconstruite destinée à « endormir » le peuple. Là, le récit devient beaucoup plus captivant, surtout dans la façon dont l’auteur utilise tout un univers symbolique et métaphorique pour mettre en relief des réalités actuelles du monde de la Communication auxquelles nous sommes confrontés et qui sont tout à fait judicieuses et pertinentes.

Troisième épisode
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Là encore, même remarque que dans le précédent volet. Les passages spirituels me laissent dans un état un peu vaporeux et perplexe, tandis que j’adhère de plus en plus à l’analyse sociétale de ce monde de la Communication qui est bien entendu déjà le nôtre. Avec une richesse métaphorique qui commence à livrer tous ses secrets à travers le dévoilement du mystère de Mongo en tant qu’Instrument, on assiste à un démontage des rouages de la Communication qui est une fois de plus extrêmement judicieux et pertinent.

Quatrième épisode
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Cette fois, j’accorde à nouveau volontiers quatre cœurs pour ce dernier épisode, et je les mets également à l’ensemble du livre pour son caractère très novateur qui rompt avec ce qui peut nous être proposé dans la majeure partie de la littérature contemporaine.
La grande force de ce dernier épisode tient assurément à l’immense leçon délivrée par le Dicteur aux deux jeunes Danseurs. À travers elle, le lecteur retourne lui aussi à l’école pour parcourir un panorama complet de l’état du monde avec les puissances majeures qui l’animent. Elle nous fait passer de l’autre côté du miroir médiatique, faisant ressortir les manipulations dénoncées dans les épisodes précédents avec encore plus de force, pour nous plonger dans une vision de la réalité basée sur les faits en opposition à ce qui relève d’un fantasme collectif entretenu par les médias dominants afin de masquer ces faits dérangeants. C’est du moins ce que le lecteur découvre au cours des pages, et j’avoue que j’ai été moi-même désarçonné par ce que j’ai appris que j’ignorais, et je me suis empressé d’aller vérifier ces faits dérangeants sur Internet… qui se sont tous avérés exacts. L’impact a été assez déstabilisant, surtout concernant le mythe de la croissance dénoncé par l’auteur, cette croyance en la croissance productive adorée comme une divinité qui serait la clé de la prospérité et du bonheur et que tous les médias et gouvernants ne cessent de rabâcher, alors que dans les faits elle est la cause de la souffrance et de la misère de l’humanité.
Ce livre a eu le pouvoir de me remettre en question, alors que j’étais moi-même un adorateur de la croissance depuis tant d’années. Mais il ne se contente pas de dénoncer le dysfonctionnement, il propose également d’y remédier, alliant à la vision désespérante de la catastrophe planétaire dans laquelle nous nous enfonçons la vision d’une issue possible enthousiasmante. Aussi le grand mérite que je reconnais à l’auteur est d’avoir su produire cette fable politique, parfois lourde à digérer dans sa complexité et son foisonnement d’informations neuves mais qui s’avèrent nécessaire à son procédé didactique, car elle diffuse une lumière à l’intérieur des ténèbres qui fait naître chez le lecteur l’envie de réfléchir à de nouvelles utopies et s’extirper ainsi de la résignation collective « au moindre mal » quotidiennement véhiculée sur nos médias par les discours dominants.

9- (16) Fanny V.

Deuxième épisode
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J’aime toujours autant et j’ai toujours autant envie de poursuivre la lecture. Je retrouve avec plaisir les mêmes qualités d’écriture du premier épisode : récit prenant qui se visualise aisément, personnages forts et expressifs, changements de situation et rebondissements qui relancent constamment l’intérêt, intervalles pédagogiques qui enrichissent les événements du récit en exposant des idées novatrices avec clarté et profondeur.
J’espérais découvrir dans ce deuxième épisode ce qu’il allait advenir de la mère de Thomas, si celui-ci allait tenir sa promesse et retrouver la petite Cerise. Mais on quitte résolument l’univers du village pour plonger dans deux autres univers parallèles, le Mongonastère et les basses villes, qui donnent alors au livre une amplitude considérablement élargie. Car le développement de ces autres univers qui s’ignorent les uns les autres semble préparer leur rassemblement dans quelque chose de beaucoup plus vaste qui se profile à l’horizon. Et après avoir assimilé cette longue préparation, j’ai hâte maintenant qu’elle porte ses fruits en me dévoilant les clés du mystère qui me permettront de comprendre l’interaction de tous ces univers entre eux.

Troisième épisode
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On change encore de registre en s’éloignant de la dimension romanesque pour entrer dans un épisode résolument explicatif, et c’est vraiment bienvenu, comme s’il arrivait à point pour éclairer tous les éléments nébuleux des épisodes précédents en dévoilant leur raison d’être et leur lien avec l’édification de Mongo. Et ça devient encore plus captivant quand on comprend rétrospectivement que toute l’intrigue tient la route en obéissant à une architecture très élaborée mise en place depuis le début de l’histoire. Mais malgré toutes les explications données sur la réalité de Mongo, celui-ci garde une part indéfinissable et inaccessible qui renforce encore sa présence mystérieuse.
Avec la description du monde de la Communication, du fonctionnement des cubes, de la manipulation des croquants, on touche à un univers plus métaphorique que fantastique qui met en relief d’une manière extrême une réalité du pouvoir de la Communication qui est déjà la nôtre. Et j’ai trouvé que c’était là le plus bel effet de cet épisode, car il nous fait voir à la loupe des fonctionnements auxquels je ne faisais pas trop attention, et qui se révèlent terriblement justes et percutants.

Quatrième épisode
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J’ai commencé à m’habituer au changement de registre à chaque épisode, mais là j’avoue qu’il atteint un sommet dans la nouveauté qu’il propose et qui clôture magnifiquement le livre. Avec ce dernier épisode, je suis encore plus impressionnée de découvrir la cohérence de tout l’ensemble, une cohérence qui ne se situe pas seulement au niveau du récit mais qui intervient également à d’autres niveaux, principalement en reliant le fantastique à notre réalité présente où tout d’un coup la mise en œuvre de tous les développements antérieurs révèle son sens caché d’activisme politique.
La grande originalité et l’audace de ce dernier tome est qu’il rompt carrément avec l’ambiance romanesque des tomes précédents en prenant une tournure socioéconomique qui met de côté l’histoire des personnages. L’Œuvre de Mongo y apparaît comme un mouvement libérateur de l’humanité au sein du monde de la Communication, et bien qu’à travers elle on ne quitte jamais complètement le contexte fantastique, on assiste à une analyse de l’état actuel de notre monde très pointue, rigoureuse, détaillée, approfondie et encore plus originale dans ses propositions qu’elle rend tout l’ensemble terriblement crédible et captivant.
J’avoue que c’est ce qui m’a le plus marquée du livre et que j’ai le plus aimé au final. Je pense néanmoins que ce procédé ne doit pas être au goût de tous les lecteurs, notamment ceux qui abordent le livre comme un roman sans se sentir concernés par son côté sociétal. Parce qu’il occupe une très longue place dans ce tome, ils risquent peut-être de décrocher sans avoir la patience d’attendre de renouer avec l’intrigue romanesque qui est pourtant bien au rendez-vous au bout de cette longue leçon de politique-fiction passionnante. Elle termine le livre en relançant l’imaginaire du lecteur sur un horizon radieux possible pour l’humanité, à condition que nous agissions collectivement en retrouvant la foi en notre pouvoir d’être humain d’accomplir l’impossible, ce pouvoir véritablement divin qui a poussé l’homme des cavernes à voler le feu des dieux avant de parvenir à conquérir la lune.

10- (17) Suzanne B.

Deuxième épisode
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C’est toujours aussi bien écrit, mais cette fois j’ai buté sur le personnage d’Ungern, « l’ange déchu ». On s’enfonce avec lui dans la noirceur de l’humanité jusqu’à un niveau presque insoutenable, et j’en ai éprouvé un véritable malaise. La question qui s’est alors posée à moi est pourquoi je lis, et la réponse est pour le plaisir, pour m’aventurer dans l’imaginaire aussi bien que pour apprendre quelque chose de nouveau, mais certainement pas pour me faire souffrir ou me démoraliser. Ça a donc été un moment de lecture éprouvant, même si je comprends bien l’intention de l’auteur qui à travers Ungern sonne l’alarme d’un enfer possible pour l’humanité si elle continue de s’enfoncer dans la voie de perdition qui est la sienne aujourd’hui.
Sinon j’aime beaucoup l’amitié qui se noue entre Thomas et Carlos, la façon dont il fait connaissance avec Mongo et le Mongonastère, et le personnage du colosse Zabir chargé de leur instruction qui exprime une profonde sagesse à hauteur d’enfant. Lorsqu’on entame la première description et analyse politique de la Communication, on entrevoit la véritable matière du livre qui révèle l’activisme de l’auteur. Et tout d’un coup, à l’intérieur même d’une pure fiction, on est sensibilisé à des problématiques majeures de notre monde actuel, ce qui produit un effet de surprise déroutant et redouble l’intérêt du récit de savoir où tout cela peut bien mener.

Troisième épisode
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Avec la révélation de Mongo en tant qu’Instrument, se déploie toute la problématique politique de la Communication. L’abrutissement de masse généré par la capture d’attention addictive virulente, l’ambivalence de la « neutralité » de l’Instrument magnifique qui offre le pire comme le meilleur, et la référence aux croquants comme sommet d’une manipulation généralisée font ressortir d’une manière frappante l’emprise envahissante du pouvoir de la Communication dans notre existence quotidienne.
Ce qui me surprend surtout dans cet épisode, c’est comment l’auteur utilise un contexte fantastique pour mener une analyse rigoureuse des rouages actuels de la Communication qu’il pousse à leur extrême aboutissement, nous offrant ainsi un regard visionnaire très pertinent et très réaliste des bénéfices comme des fléaux que nous pouvons en récolter en fonction des choix de notre comportement collectif. Et le livre change ici à nouveau de catégorie pour adopter une forme d’expression que je n’ai encore jamais lue ailleurs. C’est comme s’il parvenait à faire fusionner le fantastique avec la réalité, où le fantastique rejoint notre réalité la plus concrète qui en retour retrouve sa part de fantastique, comme s’il nous faisait passer d’un état de résignation impuissante à la fatalité à un réenchantement de notre capacité créatrice à agir sur notre destinée collective pour le meilleur.

Quatrième épisode
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Episode massif, dense, fourmillant d’éclairages déterminants et d’idées neuves, véritable point d’orgue du livre qui a fini par me conquérir totalement. C’est avec lui que les pièces du puzzle semées dans les épisodes précédents se rassemblent enfin, toutes les clés de lecture sont révélées qui rétrospectivement éclairent les changements de thèmes et de genres littéraires en leur donnant toute leur raison d’être. Et ce qui fait sens et unifie le livre en un tout cohérent, c’est de se retrouver soudain embarqué dans un véritable manifeste politique qui tout en conservant le ton de l’aventure humaine pleine de péripéties, déploie un constat des lieux de l’état catastrophique du monde d’une clarté, d’une justesse et d’une pertinence impressionnantes, pour ensuite sur la base de ce constat, proposer des réponses salutaires appropriées qui sont là aussi d’une incroyable pertinence et crédibilité.
J’ai un passé d’activisme politique pour avoir fait partie de l’équipe qui a mené Catherine Trautmann à la mairie de Strasbourg. Et pour moi, le véritable choc du livre est dans ce manifeste politique tellement novateur qui montre à quel point les politiques gouvernementales de tous bords sont déconnectées des problématiques du véritable pouvoir qui règne sur notre monde et devant lequel elles demeurent par conséquent totalement impuissantes. Mais là, je découvre des réponses révolutionnaires absolument inédites que je n’ai encore jamais entendues nulle part, des réponses limpides, imparables sur le papier, d’une puissante assise analytique qui les rendent terriblement convaincantes et enthousiasmantes. Nul doute qu’elles ont réveillé ma fibre militante, ce qui se traduit par un désir de faire connaître les idées politiques du livre, de les propager en proposant à toute personne concernée par le devenir de notre monde en grande souffrance de faire l’expérience de la lecture du livre tout entier. Parce qu’autant il est impossible de se contenter de diffuser un résumé de ces idées sans perdre leur potentiel d’action et de contagion, autant ce dernier épisode rend parfaitement clair la nécessité de passer par l’arme du divertissement comme l’utilise l’auteur. Parce que face au moins pire des mondes possibles auquel les médias dominants nous imposent de nous résigner faute d’une alternative crédible, tout ce dont nous avons besoin, c’est que ces idées révolutionnaires qui conduisent à une issue véritable soient transmises au plus grand nombre possible de consciences jusqu’à atteindre cette masse critique qui enclenchera la révolution en nous redonnant la foi en un horizon ouvert prometteur d’un devenir meilleur pour toute l’humanité.

11- (4) Pierre-Brice S.

Deuxième épisode
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Mon appréciation du livre n’a fait que croître à la lecture de son deuxième épisode, et je lui accorde volontiers un cœur de plus.
Les qualités que j’ai pressenties dans le premier épisode s’y trouvent confirmées et encore appuyées.
Ce qui me frappe en tout premier est l’unité de l’œuvre. Il y a une justesse, un équilibre, une harmonie dans la construction qui ne se dément à aucun moment et qui donne une profonde assise au récit. Elle contribue à nous donner confiance en l’auteur dans sa façon de nous embarquer dans un vaste imaginaire qui nous réserve bien des surprises, convaincus que nous sommes qu’il nous mènera tôt ou tard à bon port. Ainsi l’ouverture du deuxième épisode par la découverte du cirque vue par un chat et l’aigle, le tout raconté par le maître Zabir aux enfants, jongle subtilement entre imagination et perception réelle, entre intériorité et extériorité. On pressent déjà que ce rapport va être un thème majeur du livre, et de fait l’épisode s’achève par un retour à cette impression initiale où l’on retrouve les enfants qui après avoir communiqué avec Mongo au niveau de leur intériorité, découvrent une correspondance extérieure en la personne de la petite Mafat. L’interaction est très subtile et pourtant évidente au niveau du ressenti, ce qui lui donne une puissance poétique évocatrice saisissante. 
J’ajoute que la force de cette unité me donne l’impression que chaque épisode a son autonomie propre, de sorte que le livre pourrait aussi bien commencer par le deuxième épisode sans briser l’harmonie d’ensemble. Les personnages principaux témoignent eux aussi d’une forme d’autonomie, parce qu’on les retrouve toujours avec cette narration transparente qui se fond dans leur intériorité pour les incarner en exprimant leur propre espace de perception et de référence.
Enfin ma seule critique négative concerne le manque d’ancrage descriptif que j’avais déjà remarqué dans le premier épisode, et qui pourrait aider à rendre plus perceptible concrètement un univers encore fort nébuleux dans sa représentation physique.

12- (18) Robin B.

Deuxième épisode
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Ça repart très bien. L’entrée en matière par la découverte du cirque grandiose, puis du géant Zabir et de l’aigle royal, puis du Mongonastère, le tout abordé au niveau de la perception enfantine de Thomas lui donne un effet enchanteur saisissant. On s’engouffre ensuite dans les basses villes pour explorer un autre univers distinct régi par la peur et le pouvoir de la Communication. Le récit s’accompagne alors d’un commentaire théorique approfondi très intéressant, mais qui manque un peu de liens concrets plus explicites. J’aimerais par exemple en savoir davantage sur les loges marginales subsistant au fond des cubes en découvrant concrètement les acteurs qui les animent. Le personnage sombre d’Ungern est lui aussi très bien mis en scène et très intense dans sa présence. Son inquiétude métaphysique fait pour moi écho au doute qui ronge le vieux Dicteur, comme si tous les deux étaient tendus vers le mystère de plus en plus inquiétant de Mongo, qui est peut-être celui de l’absence de sens, du chaos et du néant qui recouvre la réalité, et l’impression d’ensemble qui en ressort est très excitante, comme si le récit se déployait au bord d’un abîme de questionnements vertigineux.
Après l’univers très noir des basses villes et d’Ungern, on retrouve le cirque et les enfants qui nous replongent immédiatement dans une ambiance lumineuse, fraîche et innocente, et le contraste est là aussi saisissant, donnant un caractère précieux et intense au paradis préservé de l’enfance et à la nature vierge. Puis on s’achemine vers la fin de l’épisode sur une note spirituelle, culminant avec la communication avec Mongo qui a un parfum poétique très évocateur.

13- (19) Daniel Th.

Deuxième épisode
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J’apprécie encore plus ce second épisode parce qu’il déploie un univers vaste et fort qui n’était que suggéré dans le premier épisode. Ici les personnages secondaires se construisent autour d’une intrigue et d’une thématique de la Communication où ils remplissent une fonction bien précise. Ils donnent l’impression d’être à la fois réels et à la fois des symboles ou des vecteurs servant la dimension pédagogique du récit. Je trouve que c’est une association originale qui fonctionne plutôt bien.
J’ai néanmoins été moins réceptif au premier tiers de l’épisode dans sa part descriptive et explicative du contexte et des rouages de la Communication. L’attrait pour le récit est revenu avec les scènes d’Ungern, allant en s’intensifiant avec des moments touchants (la détresse des petites filles esclaves) au milieu de l’horreur générale et du sadisme d’Ungern.
Quand on quitte cette atmosphère noire et oppressante pour retrouver les enfants dans le cirque paradisiaque, le contraste est très bien venu. Alors que la vie au Mongonastère paraît très austère, la présence de leur mentor Zabir apporte une touche de tendresse et de fantaisie qui ravive le monde innocent de l’enfance. On se laisse prendre au vagabondage des deux enfants qui a lieu autant dans la nature accueillante du cirque que dans leur imagination inventive. La leçon de vie de Zabir sur la peur révèle sa sagesse pratique et clairement compréhensible, son introduction au Taï Chi Chuan est originale en rendant palpable son lien à l’énergie mystérieuse du vivant. Enfin la scène finale de la Communication avec Mongo dans la cellule de transfert est surprenante et relance l’intrigue quand apparaît la petite fille Mafat qui lui semble mystérieusement liée.

14- (20) Maïté Z.

Deuxième épisode
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Ce deuxième épisode confirme la force du premier par la continuité de la fluidité du style, le fait de pouvoir engloutir des pages et des pages en se laissant totalement absorber et sans pouvoir s’arrêter. L’univers que propose l’auteur est singulier et complexe, mais il nous laisse le découvrir au fur et à mesure de la lecture avec une limpidité efficace.
On a quitté le village de Thomas pour aborder un autre univers qui est le miroir grossissant de notre monde. On y découvre des aspects très sombres, futuristes et inquiétants, nous confrontant à des passages très oppressants moralement, pour prendre ensuite du recul avec les leçons de sagesse dispensées aux enfants dans une atmosphère paradisiaque. Là aussi, l’ascenseur émotionnel est au rendez-vous qui continue de mettre le lecteur à l’épreuve.
La lecture est toujours aussi limpide, les descriptions cinématographiques, et les personnages restent profonds et attachants. Ce qui induit une accroche toujours plus forte et profonde du récit avec l’urgente nécessité de lire le suite!

Troisième épisode
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Ce troisième épisode permet d’entrer dans une réelle compréhension du monde dépeint, avec un recul dont ne disposait pas précédemment le lecteur. On y comprend les origines et la raison d’être de Mongo, cette entité mystérieuse et centrale du récit. Après les premiers épisodes qui étaient plutôt une découverte à l’aveugle, un parcours initiatique sans recul, on arrive à cerner les vrais enjeux du récit et le parallèle toujours plus précis avec notre monde réel.
Tout à coup, tout s’éclaire, tout prend son sens, et on se met alors à se poser des questions de plus en plus pertinentes, à la fois sur l’histoire, mais aussi sur notre propre réalité. Car la métaphore de notre monde se fait de plus en plus criante et appelle à le voir d’un œil nouveau, plus perspicace. Les questions que l’on se pose dépassent donc la simple compréhension de l’histoire. Elles concernent la place de Dieu, d’Internet, du pouvoir, de la vérité au sein de l’humanité… Le lecteur est toujours autant tenu en haleine et est souvent confronté à ses propres angoisses, ses propres perversions. L’initiation suit son cours, de manière toujours plus intense.

Quatrième épisode
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Un cœur de moins car j’ai terminé la lecture du dernier épisode avec une légère déception par rapport à mes attentes suggérées par les trois premiers épisodes.
En fait, c’est le procédé d’incrustation de cette longue analyse politique, économique et financière à l’intérieur de la fiction romanesque qui en est la cause. Si après avoir terminé le livre, je lui reconnais toute sa raison d’être en tant que jeu de miroir avec notre réalité par sa recherche rigoureuse du « remède universel », sur le moment, j’ai trouvé le long exposé du Dicteur trop éloigné de la fiction, trop proche de notre réalité ordinaire au point d’avoir eu l’impression de quitter l’histoire. Or ce que j’aime justement dans ce genre de récits fantastiques, c’est de savoir qu’il y a des parallèles avec la réalité mais que justement ils sont déguisés pour donner cette distance intéressante au lecteur et souligner d’autant mieux l’absurdité et les aberrations de notre monde. Par exemple, seuls les croquants et les cubes sont nommés différemment des éléments de notre monde, alors que bien d’autres choses auraient pu être « exotisées » à mon goût.
Par contre, dès la reprise du récit, l’intensité et l’attrait romanesques renaissent aussitôt. Les interrogations, tourments et combats intérieurs qui assaillent les jeunes Danseurs et le Dicteur sont très bien menés, prenants et convaincants jusque dans leur paroxysme mystique. Le lien avec le mystère de Mongo est alors pleinement réactivé. On termine le livre dans une atmosphère spirituelle plus profonde et de plus en plus crédible et palpable aussi, quand est révélé le destin créateur de l’humanité à travers le pouvoir créateur infini confié aux mongonastiques. Et cette métaphore finale nous remplit d’espoir parce qu’elle chasse toute fatalité en nous rappelant que nous, les humains, sommes réellement dotés de ce pouvoir créateur divin qui nous permet de repousser sans cesse les limites du possible.

Analyse des données du premier épisode sur 20 lecteurs

– Ces vingt commentaires révèlent d’abord la nature éminemment subjective de la lecture, où selon la formule de Proust il y a autant de lectures différentes qu’il y a de lecteurs. Ce qui pour l’un est captivant se montre ennuyeux et trop long pour un autre, ce qui pour l’un est une qualité apparaît être un défaut pour un autre. De même, l’engouement particulier pour tel aspect du texte ainsi que la perception de ses faiblesses restent très variables et anecdotiques d’un lecteur à l’autre.

– Au sein de cette subjectivité, apparaissent un certain nombre d’appréciations et de critiques similaires qui de par leur caractère récurrent acquièrent une forme d’objectivité plus prononcée.

– En termes positifs, tous les lecteurs ont désiré lire la suite pour avoir été pris par l’intrigue d’une histoire qu’ils ont lue au minimum avec plaisir. Pratiquement tous témoignent de la fluidité, du naturel et de l’aisance de lecture, de leur attachement aux personnages qui leur paraissent bien vivants et palpables, du bonheur ressenti à partager la fête de l’An Neuf avec les villageois, de la force émotionnelle du récit culminant sur un dénouement poignant, et de leur engouement pour l’atmosphère de mystère qui imprègne toutes les lignes.

– En termes négatifs, quelques lecteurs émettent des critiques similaires concernant la fête de l’An Neuf et la séquence du jeûne qu’ils trouvent un peu longue parce qu’ils n’y sont pas sensibles, à la différence des autres lecteurs qui les apprécient grandement. Mais c’est de loin la longue séquence de sexualité explicite qui est la plus critiquée par une petite majorité de lecteurs, en opposition à une grosse minorité qui est plutôt portée à la défendre et lui trouver des vertus.

– Cette séquence sexuelle fait véritablement polémique et mérite alors d’être examinée en profondeur pour déterminer si elle comporte de véritables défauts. La critique qui revient le plus est qu’elle est trop longue, déséquilibre l’épisode par sa taille excessive par rapport à une histoire qui reprend abruptement pour se terminer sur un dénouement précipité. La seconde critique d’ordre littéraire est qu’elle détone par sa crudité avec l’écriture délicate de l’ensemble du récit, faisant basculer le lecteur dans un genre érotique auquel il ne s’attend pas. La troisième critique d’ordre de l’affect est qu’elle dérange, perturbe, quand elle ne provoque pas de l’hostilité ou du dégoût.

Analyse des données des 2ème (14 lecteurs), 3ème (10 lecteurs) et 4ème épisode (10 lecteurs)

– Nous n’avons plus ici que des lecteurs volontaires non-rémunérés qui se sont montrés désireux de lire la suite du récit sous l’impulsion du premier épisode.

– On note une légère baisse d’enthousiasme à l’abord du 2ème épisode, d’abord parce qu’il ne s’inscrit pas dans la continuité suggérée par le premier épisode et ne correspond pas aux attentes initiales du lecteur, ensuite parce qu’il le plonge dans un tout autre univers, très noir en contraste avec l’humanité lumineuse du premier, et qu’il commence à développer des réflexions sociopolitiques qui tempèrent l’absorption dans le flux purement romanesque du récit.

– Toutefois, en dehors d’un seul lecteur qui a décroché, ce ne sont pas là des motifs suffisants pour refroidir l’attrait de la lecture. Au contraire, le fait d’avoir été surpris par ce à quoi ils ne s’attendaient pas (changement d’univers, d’atmosphère, de personnages, de thème et de genre littéraire) a pour effet de relancer l’intérêt du récit à un autre niveau, de sorte que les lecteurs restent désireux de lire le 3ème épisode.

– On assiste au même type de réaction sur le 3ème épisode. À nouveau le lecteur est surpris par le changement global, déconcerté par l’aspect d’analyse des rouages du pouvoir de la Communication qui tempère le flux romanesque en l’incitant à la réflexion et donc à augmenter son niveau d’attention. Puis il intègre cette part de lecture plus dense au ton nouveau, ce qui ravive son intérêt et sa curiosité pour la suite du livre.

– Le 4ème épisode est perçu comme le plus riche, le plus fourni, le plus intense, et le plus surprenant de par son long essai sociopolitique au contenu révélateur déroutant, mais pour cela c’est aussi celui qui demande le plus d’effort de lecture pour certains. Il relance l’enthousiasme légèrement émoussé du premier épisode, mais cette fois à un niveau plus profond où le fantastique fusionne avec la réalité présente, ce qui fait émerger chez le lecteur un sens de responsabilité, de remise en question ou d’activisme citoyen plus prononcé.

– Enfin, parvenus à la fin du livre, tous les lecteurs témoignent de la cohésion profonde de l’ensemble des quatre épisodes qu’ils perçoivent pleinement à ce moment-là, où ses aspects apparemment disparates, dont la longue scène sexuelle, se rassemblent, prennent sens, révélant leur nécessité au sein d’un livre qu’ils considèrent comme très abouti et réussi en lui-même, mais un livre résolument inclassable qui n’appartient à aucun genre défini.

Un premier bilan

Bien que nous n’ayons encore que dix lectures du livre (les deux premiers volumes), nous pouvons déjà en tirer un certain nombre d’enseignements.
D’abord, l’attrait considérable du premier épisode sur les vingt lecteurs avec sa facilité de lecture confirme l’efficacité de sa fonction de captation d’attention auprès du plus grand nombre voulu par l’auteur. Ensuite, ce Cheval de Troie établi dans l’espace du pur divertissement accomplit bien la jonction avec les épisodes suivants, puisque le lecteur ne décroche pas, est toujours attiré par ce qu’il lit malgré que cela lui demande peu à peu plus d’effort d’attention. La preuve est alors faite que le passage de l’attention passive à l’attention active fonctionne lui aussi, ce qui était le plus grand défi du livre. Enfin, la bombe politique ou du moins son effervescence se manifeste bien dans le 4ème épisode, non pas sur tous mais sur la majorité des neuf lecteurs actuels, ce qui apporte là encore la preuve que son potentiel d’éveil de conscience est bien présent et fonctionne selon l’intention de l’auteur.
Nous ajouterons pour terminer qu’il s’agit tout de même d’un pavé de 800p dont le contenu s’élève graduellement en densité et en richesse, ce qui ne l’a pas empêché d’être lu jusqu’au bout avec plaisir, intensité, intérêt, et un enthousiasme culminant par les premiers lecteurs du livre.


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