fin du travail (2)

2/[fin du travail ; nuisance ; industrie criminelle ; emplois ; croquants ; superflu ; gaspillage ; contre-culture(contre-poison)]

À partir de là [la réappropriation de l’instrument monétaire par le peuple], la décrue du travail productif allait pouvoir commencer. En se contentant de soutenir la petite part de production bénéfique destinée à fournir des biens utiles et une digne alimentation à travail nuisibletoute l’humanité, le reste, à savoir l’énorme part de production consacrée à la nuisance et au superflu était vouée à disparaître. Grâce au revenu de subsistance élémentaire universel, les humains les plus misérables qui pour survivre étaient contraints de se soumettre au travail nuisible qu’on leur proposait n’étaient plus tenus de le faire, et en leur permettant de ne plus travailler à n’importe quel prix, ils s’abstenaient de nuire, de sorte que sans travailler ils réduisaient le niveau de misère réelle de la collectivité, ou ce qui revenait au même, ils accroissaient sa richesse réelle. Pour une société qui avait fait le pas de s’engager dans la voie de la résorption du travail productif parce qu’elle voyait en lui la cause de sa misère et non de sa richesse, et une société qui en maîtrisant la circulation de sa richesse symbolique avait à présent les moyens d’assurer sa stabilité sociale sans recourir au travail, l’argument massue de la sauvegarde des emplois qui servait jusqu’ici à justifier le maintien des industries les plus criminelles à la source des profits privés les plus exorbitants ne tenait plus la route.

En les privant de cet argument massue, c’était tout simplement la principale arme dont disposaient ces industries pour exploiter les masses qui leur était ôtée des mains. Et sans cette arme, elles pouvaient dire adieu à tout l’arsenal de mascarade qui avait été mis en place pour couvrir d’un voile de vertu leur nocivité foncière. N’apparaissait plus alors que leur poison qui ressortait en tout premier de ce qui constituait leur bastion commun, pinacle et maître d’œuvre de toutes les mascarades, l’omniprésente industrie des croquants. Elle qui pour cacher ses méfaits ne disposait que de l’unique vertu de pousser à la consommation au nom de la sacro-sainte préservation des emplois découvrait brutalement son vrai visage à la face ducroquants monde. Sa profonde malignité se trouvant dès lors exposée aux yeux de tous, c’en était fini de son règne corrupteur sur les consciences, et la fin de son règne signait la fin de toutes les industries de l’inutile qui ne tenaient que grâce à sa puissance d’envoûtement.

Délivrée de la malédiction des croquants, l’humanité se trouvait délivrée de la gigantesque pression sur la consommation. La quantité faramineuse de produits investis d’affects fantasmatiques perdaient leur attrait, le superflu rendu artificiellement indispensable cessait de l’être, avec pour conséquence une hécatombe de fermetures d’entreprises suivie d’une hécatombe de suppressions d’emplois. Ce qui pour la société de la croissance était une situation catastrophique devenait une bénédiction pour la société de la fin du travail. Car les centaines de millions d’emplois appelés à disparaître suite à l’effondrement de l’industrie des croquants qui comptabilisait elle-même des dizaines de millions d’emplois à travers le monde, ces centaines de millions d’emplois représentaient une activité humaine colossale qui se consacrait assidûment à la ruine de l’humanité, et en les faisant disparaître, elle était gagnante sur tous les tableaux. D’abord, elle mettait un arrêt à toute cette énergie humaine tournée vers sa propre dévastation. Ensuite, elle épargnait un précieux capital de ressources énergétiques et de matières premières qui partaient en fumée dans une débauche de futilité et de gaspillage. Et enfin, en évitant l’accumulation des montagnes de déchets qui en résultaient, elle économisait là aussi des ressources énergétiques et des matières premières qui étaient englouties dans la coûteuse industrie chargée de leur traitement, de même qu’elle supprimait là encore quelques millions d’emplois vivant de cette industrie. Tout cela sans parler de la renaissance de son environnement nourricier qui se voyait délesté d’une quantité astronomique de poisons sécrétés par l’ensemble de ces industries.

Le bilan était extraordinairement positif, surtout qu’il promettait enfin d’endiguer la catastrophe planétaire qui pesait sur eux tous. C’était la priorité de l’humanité et elle avait certainement là de quoi se réjouir, ayant désormais l’assurance d’échapper à sa propre destruction en embrassant les fondements de la société de la fin du travail. Cependant, si la nouvelle société n’avait que cette seule assurance à lui offrir en guise d’horizon radieux, l’avenir qui s’annonçait devant elle était-il vraiment si réjouissant ? Quel destin attejardin d'enfant éternelndait une société sans travail ? Était-ce de vivre dans l’oisiveté d’un éternel jardin d’enfants où elle occuperait son temps libre à des jeux et des divertissements sans fin ? Au bout du compte elle ne récolterait que désœuvrement et ennui mortel, comme le montraient trop bien les légions de chômeurs condamnés à l’inaction par la société de la croissance. Par ailleurs, une société de loisirs ne se concevait pas sans consommation de loisirs, l’ennui et le désœuvrement qu’ils impliquaient poussant automatiquement à consommer de nouveaux loisirs toujours plus excitants. Si cette société redistributrice de l’argent collectif offrait de surcroît à la majorité des pauvres les moyens de se mettre eux aussi à consommer du loisir, loin d’en avoir fini avec la surproduction, elle ne ferait que la réactiver à un niveau plus insoutenable encore. S’acheminer vers une société de loisirs était donc radicalement exclu. Mais quel horizon proposer à la place ? Pouvait-on décemment convier les humains à végéter dans l’inactivité tout en leur demandant de restreindre leur consommation au strict nécessaire aux seules fins de préserver les précieuses ressources de la planète ? Cela revenait à appliquer un remède de cheval à l’humanité sans tenir compte du facteur humain qui la composait et qui était bien évidemment prééminent. Or si la majorité des humains devaient l’avaler à contre-cœur, un tel remède n’avait pas la moindre chance d’aboutir.

Le facteur humain, c’était l’ensemble des volontés particulières commandées par autant de désirs, de peurs, de buts particuliers qui animaient le grand courant de l’activité humaine. Il était bien beau de détenir le moyen d’éradiquer l’abominable industrie de l’armement, tant que la majorité des humains continuaient de vivre dans la peur de l’autre et ne savaient répondre à leurs tourments que par la violence et l’agression, les ventes d’armes n’étaient pas prêtes de péricliter. Quant aux croquants, ils avaient eu tout le temps de faire leur œuvre dans les consciences, et même en les supprimant, l’addiction à la consommation et le manque dévorant qu’ils avaient injectés au cœur des masses ne disparaîtraient pas du jour au lendemain. Il fallait pouvoir composer avec des peuples rongés d’insatiables désirs, obsédés par l’accumulation de richesses, toujours aussi avides de possessions nouvelles et ne songeant eux-mêmes qu’à profiter de toutes les opportunités. Mais là n’était pas l’écueil principal. Car dans la mesure où tous ces comportements déplorables relevaient d’un état maladif qui avait été exacerbé par l’industrie des croquants, ils pouvaient encore refluer à la longue. Ce qui n’était pas le cas d’un impératif bien plus profond qui s’exprimait à travers eux et qui lui n’avait rien de maladif : l’être humain aspirait à s’accomplir dans ses œuvres pour y trouver son enrichissement. Brimer ce besoin fondamental revenait à brimer l’être humain lui-même. Aller à contre-courant en le contraignant à réduire son activité et son enrichissement, c’était aller à contre-courant de la vie même. Et aucune société nouvelle ne méritait de voir le jour si elle n’était pas en phase avec le courant de vie de l’humanité.

Le remède qui était proposé jusqu’à présent donnait les moyens de résoudre le dysfonctionnement de l’activité économique mondiale, mais il n’allait pas au-delà. Il se contentait d’apporter une réponse d’ordre structurel qui ne tenait pas compte du facteur humain, et si le remède n’intégrait pas le facteur humain dans sa composition, il était aussi vain que s’il se proposait de traiter un problème de fuite de robinet en ne faisant qu’éponger l’eau sans s’occuper de réparer la fuite. Pour que la société de la fin du travail puisse réellement fleurir dans le monde, il fallait qu’elle soit capable d’opérer autant sur le plan de l’effet, éponger l’eau, que sur le plan de la cause, arrêter la fuite. C’est pourquoi sa réponse structurelle devait impérativement s’allier à une réponse culturelle à même d’agir positivement sur le facteucontre poisonr humain en allant dans le sens de l’accomplissement de ses aspirations profondes. Face à la culture empoisonnée des croquants, il fallait pouvoir lui opposer un puissant contre-poison, une puissante contre-culture, car ce n’était qu’à cette condition que la réponse structurelle était assurée de prendre son essor en s’appuyant sur le développement de la réponse culturelle, et vice-versa, les deux réponses ne pouvant se déployer que pas à pas en se nourrissant l’une de l’autre.

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3/[fin du travail ; travail ; culture des 4 richesses ; qualité d’existence ; négativité humaine]


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