Education

[éducation ; société de la croissance ; compétition ; échec ; exclusion]

loi du plus fortMais rien ne rendait mieux cet état de fait que le domaine de l’éducation qui se trouvait à sa racine. À l’image de la société de la croissance, l’école de la croissance était fondée sur la compétition, la domination du plus fort, de manière à sélectionner les futures élites chargées de reprendre les rênes d’une guerre économique perpétuelle. Elle produisait une toute petite minorité de gagnants pour une énorme majorité de perdants, ce qui revenait à dire qu’elle produisait un énorme rebut de ratés porteur d’une énorme charge de frustration collective. Pour ce rebut qui commençait à se former dès l’enfance en plongeant très tôt les plus inaptes dans l’angoisse de l’échec et de l’exclusion, leur désir initial de réussite sociale se heurtait à un horizon qui s’il n’était pas complètement bouché restait extrêmement sombre et déprimant. Soit ils persévéraient dans une éducation au rabais pour obtenir un travail au rabais qui les préparait à devenir au mieux les larbins de la petite élite des gagnants, ou soit ils tentaient leur chance dans l’économie parallèle de la criminalité. L’école de la croissance brandissait la carotte d’une place au soleil qu’elle promettait aux seuls vainqueurs d’une longue ascension pyramidale. Pour les autres, pour tous ceux qui ne réussissaient pas à atteindre le sommet de la pyramide, elle ne leur laissait que des miettes à se partager. En faisant un heureux gagnant pour cent malheureux perdants, l’école de la croissance était d’abord une école de la frustration où tous les bannis de la place au soleil qui n’étaient pas compétitifs n’avaient plus le choix qu’entre se résigner à leur sort de seconde zone, s’incliner devant les vainqueurs, ou se révolter. Rien n’était plus violent qu’une école qui adulait les gagnants et méprisait les perdants, et comme la compétition impitoyable qu’elle faisait régner sur ses bancs mettait hors jeu la majorité des élèves qui la fréquentaient, cette majorité se retrouvait à végéter dans une école qui n’avait aucune perspective de devenir enthousiasmante à leur proposer, une école qui pour eux ne menait nulle part, qui malgré leurs efforts ne les conduisait que devant un mur pour toute récompense. Une telle école niait leur valeur propre en les dénigrant si fondamentalement qu’en retour ils ne pouvaient que la dénigrer eux aussi, ce qui se traduisait par une montée du rejet, de l’insubordination et de la rébellion devant laquerévolte écolelle même les plus dévoués des enseignants restaient impuissants. Dès lors, elle dégénérait inexorablement en un foyer de violence qu’aucune réforme pédagogique ni recours à une discipline de fer n’étaient plus capables d’endiguer. En considérant sa capacité à éduquer non pas la seule élite mais l’ensemble des enfants du corps social dont elle avait la charge, l’école de la croissance aboutissait alors à un épouvantable fiasco qui s’épuisait en vain à contenir le ferment d’une délinquance qu’elle nourrissait en son sein et qui finissait par sortir de ses entrailles à une échelle industrielle.

Tandis qu’instruits à l’école des quatre richesses, tous les enfants sans exception étaient assurés de réussir. Au lieu d’une place au soleil réservée à la seule élite des gagnants, elle promettait la récompense d’un horizon radieux qui restait grand ouvert à tous ceux qui désiraient apprendre à s’élever dans les richesses supérieures. Et là il n’y avait que des gagnants parce qu’il n’y avait pas de compétition pour les acquérir, pas d’enjeu de sélection et donc pas de condamnation par l’évaluation. En n’abaissant ni écartant aucun de ses élèves de la voie de la réussite, l’école des quatre richesses n’en violentait aucun. Mais au contraire, comme elle n’avait d’autre ambition que de les aider à grandir, à s’enrichir véritablement, qu’elle était réellement là pour eux, pour accompagner et soutenir leur épanouissement d’être humain plutôt que pour façonner des petits soldats performants de la guerre économique, elle respectait l’intégrité de tous les élèves qui lui étaient confiés. Et qui parmi eux aurait pu avoir envie de rejeter une école qui était à l’écoute de ses aspirations profondes et ne demandait qu’à l’aider à les réaliser ? Qui parmi eux aurait pu ne pas être motivé pour apprendre à se libérer de ses peurs, pour apprendre à être en pleine forme et débordant d’énergie, aussi bien que pour apprendre à vivre des relations d’amitié et d’amour harmonieuses et gratifiantes ? Qui parmi eux aurait pu concevoir autre chose que de la gratitude pour cette école qui l’invitait à grandir à son rythme sans jamais le juger, et dont l’enseignement qu’elle lui prodiguait le conduisait infailliblement à l’acquisition de précieuses et véritables richesses ?

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