Dette (8)

8/{ dette ; société des 4 richesses ; religion de la croissance ; décroissance }

Toutefois, si le bonheur et l’épanouissement humains exprimaient la véritable richesse à laquelle aspirait l’humanité, la nouvelle société ne se contentait pas de lui donner les moyens de réaliser son aspiration profonde en favorisant la fructification des richesses immatérielles. Elle promettait de lui apporter également un enrichissement matériel sans précédent, car même ici, la fin du travail productif se révélait extrêmement lucrative, et il suffisait de s’adonner à un simple calcul pour en mesurer la réalité.

mégapole pleine de publicité alimentée par la société de la dette

Lorsqu’un consommateur achetait un produit dans la société de la croissance, sur le prix qu’il payait, environ un tiers servait à rémunérer le croquant qui faisait sa promotion, un autre tiers tombait directement dans la poche des rentiers de la puissance financière en payant les intérêts de la dette de l’entreprise qui fournissait le produit mais également de la nation à travers la taxe qu’elle imposait sur le produit, et avec le dernier tiers il fallait encore rétribuer les forces de vente et l’acheminement de longue distance d’un produit qui était le plus souvent confectionné au bout du monde par les humains les plus misérables. Dans la société de la croissance, les coûts périphériques qui étaient artificiellement greffés sur le produit représentaient un montant si exorbitant que son coût de production proprement dit ne pesait que pour une part dérisoire dans son prix de vente. Tandis que dans la société de la fin du travail, tous ces coûts périphériques exorbitants ayant disparu, le même produit ne coûtait pratiquement plus que le prix de sa seule production, autrement dit un prix dérisoire par rapport au prix total que le consommateur devait payer dans la société de la croissance. Et cette extraordinaire réduction des prix ne s’arrêtait pas là. Puisqu’il n’y avait plus de misère et par conséquent plus de misérables à exploiter dans des pays lointains, le travail de production pouvait être largement relocalisé, réduisant les distances d’acheminement à leur plus simple expression, ce qui là encore permettait d’économiser d’énormes quantités de ressources énergétiques. Cette économie s’ajoutant aux autres économies, la rareté et avec elle la tension guerrière pesant sur toutes les ressources naturelles se trouvant résorbées, leur prix redescendait à un niveau décent qui soulageait les entreprises en se répercutant sur leur coût de production. La baisse de l’ensemble des coûts des entreprises devenait si considérable que rien ne les empêchait plus de rémunérer très correctement le travail productif ni de fabriquer des produits de grande qualité, car même alors leur prix de revient demeurait bien inférieur à tout ce qu’il fallait payer dans la société de la croissance. Et avec cette nouvelle possibilité qui leur était donnée de faire concrètement de la grande qualité à bas prix, les produits pouvaient dorénavant être conçus pour durer, être réparés, modernisés ouun corne d'abondance face à la misère de la dette modifiés. Si bien que pour un produit équivalent fournissant les mêmes fonctions, non seulement il coûtait beaucoup moins cher dans la société de la fin du travail, mais en plus, au lieu d’avoir à l’acheter plusieurs fois au cours d’une vie dans la société de la croissance parce qu’il était conçu pour se démoder, devenir obsolète ou se dégrader rapidement afin de renouveler sa production, il n’était besoin de l’acheter qu’une seule fois pour bénéficier des fonctionnalités d’un produit qui durait toute une vie ou même davantage. Et c’est ainsi que la société de la fin du travail promettait d’apporter tous les biens utiles qui facilitaient l’existence aux milliards d’êtres humains qui peuplaient la terre sans mettre en péril ses réserves de ressources naturelles, ouvrant la voie à une nouvelle dimension d’abondance matérielle absolument inégalée accessible à toute l’humanité.

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