Dette (6)

6/[dette ; intérêts composés ; masse monétaire ; économie financière]

Il s’agissait d’un détail, d’un menu détail apparemment sans importance mais qui suffisait à écraser le monde sous sa poigne. D’un côté il y avait la création monétaire, de l’autre l’intérêt ajouté à cette création monétaire, et l’emprunteur était tenu de payer les intérêts en même temps que le remboursement de sa dette. S’il disposait bien de la monnaie créditée sur son compte pour rembourser sa dette, où allait-il trouver la monnaie supplémentaire pour payer les intérêts ajoutés à sa dette ? Tout ceci une fois de plus devait être observé dans une vision globale, à l’échelle planétaire. Car à l’échelle de l’ensemble des banques qui créaient la masse monétaire globale à partir de la dette, les intérêts ajoutés à cette monnaie de dette représentaient une masse monétaire supplémentaire qui elle n’avait pas été créée. Autrement dit, la quantité de monnaie étant créée à hauteur de la quantité des reconnaissances de dette, elle suffisait juste à leur remboursement, mais il n’existait pas de monnaie pour payer les intérêts de la dette. Autrement dit, la monnaie cyclone aspirant des billets de banqueinexistante nécessaire au payement des intérêts devait être créée. Et de quelle manière ? Par la dette bien évidemment. Ainsi voyait-on des instances chargées d’une très lourde dette, industries, conglomérats, nations, contracter de nouvelles dettes qui étaient uniquement destinées à créer la monnaie leur permettant de payer les intérêts de leur dette. Un intérêt étant prélevé sur chaque nouvelle dette, une prochaine dette attendait d’être contractée pour payer le nouvel intérêt, et ainsi de suite jusqu’à l’infini. Par le jeu des intérêts composés, l’endettement ne pouvait qu’augmenter indéfiniment, et étant donné que la masse monétaire globale était créée par la dette, cette masse était condamnée à grossir sans fin elle aussi. Or une masse monétaire qui grossissait sans fin tout en conservant sa valeur absolue, c’est-à-dire la même représentativité de la richesse réelle, impliquait obligatoirement une augmentation parallèle de la quantité de richesse réelle que seul le recours à une croissance productive incessante était en mesure d’apporter. Et voilà comment le gonflement artificiel de la richesse de cette économie financière totalement parasitaire se répercutait sur l’économie réelle en la poussant à gonfler continuellement sa productivité dans les mêmes proportions, ce que l’augmentation continuelle de sa dette la contraignait à faire impérativement afin d’obtenir le surcroît de gains qui lui était indispensable pour demeurer solvable, c’est-à-dire pour être toujours en mesure de s’acquitter du loyer toujours plus élevé de sa dette que lui réclamaient ses créanciers.

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7/[dette ; instrument monétaire ; monnaie de substitution ; empire financier ; tyrannie ; faillite]

8/[dette ; société des 4 richesses ; religion de la croissance ; décroissance]


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