Dette (5)

5/[dette ; création monétaire ; empire financier]

La priorité donnée à l’intérêt personnel ne pouvait se faire qu’au détriment de l’intérêt collectif, et comme servir l’intérêt de tous c’était servir l’intérêt de chacun, nuire à l’intérêt collectif c’était au bout du compte nuire à l’intérêt personnel de chacun et de tous. La fructification perpétuelle de l’intérêt privé était un cancer qui était voué tôt ou tard à se dévorer lui-même. C’était le cœur du mal, là où se cachait le véritable moteur de toute l’escroquerie planétaire perpétrée par les banquiers. Et pour pouvoir décrire ce moteur diabolique, pour mettre en lumière la perversité de son fonctionnement de base, il ne fallait pas partir des transactions au cas par cas qui noyaient le poisson en rendant une impression trompeuse, mais l’aborder là encore dans une vision globale, à l’échelle mondiale, en considérant l’univers bancaire comme un seul tout, une seule corporation soudée par les mêmes objectifs et agissant dans la même direction.

Lorsque les banquiers faisaient crédit à un emprunteur, ils ne se contentaient pas d’exiger de lui le remboursement périodique de sa dette, ils prélevaient également un intérêt sur le prêt, un intérêt privé censé couvrir le risque de non-remboursement et qui était d’autant plus élevé qu’ils jugeaient ce risque élevé. N’était-il pas ironique de les voir soupeser si précisément un risque qui pour eux était inexistant ? Quel risque pouvaient-ils bien prendre en effet en prêtant cette monnaie de dette qui ne leur coûtait rien puisqu’ils la créaient à partir de rien ? Le fonds qu’ils prêtaient étant fictif, le risque était fictif lui aussi. Tout ceci faisait partie du même arsenal de mystification qu’ils employaient pour renforcer la croyance en la solidité de l’argent qu’ils détenaient dans leurs coffres, cette croyance en de l’argent limité en quantité, rare et cher qu’ils ne pouvaient par conséquent prêter qu’avec précaution et parcimonie. L’invocation du risque financier leur servait en réalité d’alibi pour justifier les choix qu’ils faisaient dans leurs décisions de prêt, leur donnant ainsi toute liberté de diriger et distribuer l’argent là où ils le désiraient. Et comme ce qu’ils désiraient c’était affermir leur pouvoir en s’enrichissant sans fin, les riches qui ne pouvaient que les soutenir constituaient leurs alliés naturels, à l’opposé des pauvres qui eux mendiant en face d'une ferrarireprésentaient une menace potentielle qu’ils devaient s’efforcer d’amoindrir. Il en découlait qu’il était bon pour les banquiers de continuer d’appauvrir les pauvres afin de les affaiblir, et de favoriser l’enrichissement des riches afin d’accroître la puissance de leurs alliés. C’est pourquoi ils prêtaient volontiers aux riches à des taux d’intérêt avantageux, prétextant l’absence de risque due à leur grande solvabilité, tandis qu’ils rechignaient à prêter aux pauvres considérés comme peu solvables et donc à risque, de telle sorte que lorsqu’ils daignaient quand même leur faire la faveur d’un prêt, ils leur imposaient de payer un loyer sur l’argent exorbitant en prélevant des taux d’intérêt très élevés. En contraignant les pauvres à leur acheter de l’argent au prix fort, cet argent fictif sorti de coffres fictifs pour un risque fictif mais qui leur était nécessaire pour vivre, les banquiers les enchaînaient durablement à eux en ayant l’assurance de les voir trimer de plus en plus tout en s’appauvrissant, condition indispensable pour que les riches de leur côté continuent de s’enrichir sur leur dos sans rien faire, sans travailler ni fournir aucun service à la société en contrepartie.

L’argent péniblement gagné par les pauvres à la sueur de leur front était inexorablement destiné à migrer dans la poche des riches oisifs, et ce qui dans le monde entier opérait cette migration, c’était le moteur diabolique de l’intérêt privé ajouté à la création monétaire. Tout le développement et la fructification de l’escroquerie planétaire dépendaient de l’activité de ce moteur. Plus il tournait vite et fort, mieux c’était pour les banquiers, car plus il tournait vite et fort, plus il faisait travailler l’argent pour rapporter encore plus d’argent. Et qu’était-ce donc au juste que faire travailler l’argent ? S’il était aisé de comprendre que l’on pouvait obtenir plus d’argent en fournissant un travail réel supplémentaire, un bien réel supplémentaire, ou un service réel supplémentaire, comment obtenir plus d’argent à partir du seul argent ? C’était impossible bien évidemment. En dehors des faux-monnayeurs, personne ne pouvait augmenter la quantité de richesse symbolique avec de la richesse symbolique. Autrement dit, ce que les banquiers appelaient faire travailler l’argent était le fond même de l’escroquerie qui rassemblait dans une grande marmite obscure toutes les pratiques frauduleuses de faux-monnayeurs dont ils étaient capables.

© Tous droits réservés

6/[dette ; intérêts composés ; masse monétaire ; économie financière]

7/[dette ; instrument monétaire ; monnaie de substitution ; empire financier ; tyrannie ; faillite]

8/[dette ; société des 4 richesses ; religion de la croissance ; décroissance]


    Laisser un commentaire

    %d blogueurs aiment cette page :