Dette (2)

2/[dette ; argent ; création monétaire ; banquiers ; escroquerie]

liasses de billets de banque

richesse symbollique

L’argent, la monnaie, ce n’était pas de la richesse proprement dite mais juste un symbole de la richesse, et un symbole n’avait pas de valeur propre, aucune valeur en soi, à la différence d’un logement, d’un outil, d’un aliment ou d’une capacité de travail qui étaient des biens réels qui valaient par eux-mêmes, parce qu’ils exprimaient une richesse réelle se mesurant sur la valeur d’usage ou de jouissance qu’ils fournissaient. L’argent, la monnaie, le symbole de la richesse ne devait sa valeur qu’à l’ensemble de la collectivité aussi longtemps que celle-ci lui accordait sa confiance pour représenter la richesse réelle et servir ainsi à la fois d’instrument commun destiné à faciliter les échanges de biens et de services réels, et à la fois de source fiable permettant d’investir dans la création de nouveaux biens et services réels. La richesse réelle était toujours limitée par une forme ou une autre de matérialité, ce qui n’était pas le cas de la richesse symbolique puisque n’étant rien de plus qu’une convention collective, elle était immatérielle et fictive par nature. C’est pourquoi elle était créée à partir de rien et qu’il était loisible d’en créer autant qu’on voulait, sans limitation. Le pouvoir de création monétaire, de création de ce sang commun favorisant les échanges et les activités entre toutes les cellules du corps social ne pouvait être que leur bien commun, appartenant de plein droit à la collectivité. La création monétaire était donc du ressort de la puissance publique et d’elle seule. Quiconque se l’attribuait à sa place agissait à l’encontre de l’intérêt collectif, commettant un acte criminel qui le qualifiait de faux-monnayeur. Agissant pour le compte de tous les membres de la société, seule la puissance publique était autorisée à créer la richesse symbolique, ce qu’elle faisait effectivement en imprimant l’intégralité des billets de banque. Mais représentaient-ils bien l’intégralité de la richesse symbolique ? À première vue oui, car il suffisait de se rendre chez son banquier pour en vérifier à chaque fois la réalité, car à chaque fois que celui-ci sortait ou rentrait de l’argent physiquement, c’était toujours sous la forme de ces billets, apportant la confirmation que la monnaie physique en circulation, toute la monnaie apparente, visible et palpable n’existait bel et bien qu’à l’état de billets de banque. Seulement voilà : la monnaie qui apparaissait si concrètement n’était précisément qu’une apparence, et l’apparence était trompeuse. À côté de cette monnaie visible et palpable circulait une autre monnaie qui n’existait qu’à l’état d’écriture, à l’état de simples chiffres inscrits sur des comptes bancaires, et cette autre monnaie circulant de compte à compte brassait des montants beaucoup plus importants que la quantité des billets existants, de l’ordre de dix fois plus ou davantage encore, si bien que c’est elle qui composait l’essentiel de la masse monétaire globale. Or la création de cette monnaie-là ne revenait pas à la puissance publique, elle était le privilège exclusif des banques privées qui ne se sentaient nullement concernées par l’intérêt collectif auquel elles n’avaient pas de compte à rendre, et qui de ce fait ne se préoccupaient que d’œuvrer à leurs intérêts privés.

Billets de banque sortant d'un chapeau de magicien

création monétaire ex nihilo

La dissimulation de l’escroquerie avait tout d’un tour de prestidigitation. Dans la mesure où la monnaie d’écriture sortait systématiquement des mains du banquier sous forme de billets à chaque fois qu’on en retirait une partie de son compte, personne n’y voyait que du feu. Et comment ces prestidigitateurs s’y prenaient-ils pour la créer ? Par la dette tout simplement. L’emprunteur signait une reconnaissance de dette du montant que le banquier lui prêtait. L’argent prêté était crédité sur le compte de l’emprunteur par une simple écriture, tandis qu’il était débité sur le compte de la banque qui veillait ainsi à équilibrer sa trésorerie. Mais ce qu’il fallait bien voir, c’est que l’argent n’était pas prêté après que le banquier l’ait sorti sur son compte de ses réserves propres, il était toujours prêté avant et indépendamment des dépôts du banquier. Ce qui voulait dire très exactement que ce n’étaient pas les dépôts qui permettaient les crédits, mais bien l’inverse, c’étaient les crédits, les emprunts, les dettes qui créaient les dépôts. De quelle manière ? Étant donné que le banquier ne s’occupait de renflouer sa trésorerie qu’après avoir créé la dette en monnaie d’écriture, il disposait de la reconnaissance de dette de l’emprunteur qui en vertu de la contrainte de remboursement qu’elle lui imposait prenait ipso facto la valeur du montant à rembourser, autrement dit elle équivalait à un billet de banque, devenant un titre financier en possession du banquier qu’il avait alors toute latitude de revendre sur les marchés, ce qui lui permettait de renflouer son compte du débit correspondant au dépôt d’argent dont il avait crédité l’emprunteur et équilibrer ainsi sa trésorerie sans débourser un centime de sa poche.

Le processus à l’œuvre était exposé ici dans sa plus simple expression. En réalité bien des détours, circonvolutions, freins, limitations, contraintes venaient s’y ajouter, mais comme ceux-ci ne changeaient fondamentalement rien au fait que c’était bien là l’idée mère, le principe fondateur de tout l’édifice financier mondial, il n’y avait pas lieu de s’y arrêter. Les banquiers, entités privées, créaient la monnaie, les dépôts d’argent à partir de la dette par un simple jeu d’écriture.

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3/[dette ; banquiers ; religion de la croissance]

4/[dette ; banquiers ; pouvoir suprême ; création monétaire ; intérêt privé ; économie financière]

5/[dette ; création monétaire ; empire financier]

6/[dette ; intérêts composés ; masse monétaire ; économie financière]

7/[dette ; instrument monétaire ; monnaie de substitution ; empire financier ; tyrannie ; faillite]

8/[dette ; société des 4 richesses ; religion de la croissance ; décroissance]


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