culture des 4 richesses (1)

1/[culture des 4 richesses ; qualité d’existence ; fin du travail ; croquants ; négativité humaine]

Le contre-poison avait pour nom la culture des quatre richesses. Loin de dénigrer la volonté d’enrichissement des humains, elle la soutenait elle aussi. La seule différence, c’est qu’à la place de la recherche de richesse fantasmatique que proposaient les croquants, elle les invitait à s’engager dans une recherche de richesse réelle. Si l’augmentation de richesse se traduisait par une amélioration de la qualité des conditions d’existence, l’enrichissement était bien réel, tandis que s’il ne marquait pas d’amélioration, cet enrichissement était en réalité négatif, trompeur, purement fantasmatique. À partir du moment où tous s’accordaient pour reconnaître que la qualité des conditions d’existence était le véritable critère de la richesse, chercher à s’enrichir sans fin jusqu’à atteindre à la plus haute qualité d’existence était tout à fait légitime et méritait d’être encouragé. Les quatre richesses déterminaient ainsi quatre niveaux croissants de qualité d’existence. Le niveau le plus bas concernait le bien-être que procurait la richesse matérielle. Le second concernait le bien-être que procurait la richesse de bonnes relations humaines. Le troisième concernait le bien-être que procurait la richesse d’une santé physique et mentale florissante. Et le dernier niveau, suprême entre tous, concernait le bien-être que procurait la richesse de la joie et de la paix intérieures.

Les quatre richesses obéissaient à un ordre naturel qui se vérifiait aisément. Un milliardaire privé de tout partage intime dans ses relations était prêt à échanger ses milliards contre un peu d’affection et d’amour véritables à son endroit. S’il souffrait d’une maladie invalidante, pouvoir jouir d’une bonne santé lui était plus précieux que toute sa fortune réunie. Une personne qui était dotée à profusion des trois richesses inférieures mais totalement dépourvuevedette malheureuse de la première, la richesse suprême de la joie et de la paix intérieures, conservait une qualité d’existence des plus misérables. C’était souvent le cas de célébrités qui avaient apparemment tout pour être heureuses, la fortune matérielle, de nombreux admirateurs, amis et amours, la beauté, la jeunesse, la santé, le talent, et qui pourtant étaient rongées par un indéfinissable mal-être qui les conduisait à se détruire en allant parfois jusqu’à se suicider, révélant à quel point leur existence était en réalité un fardeau de misère. Tandis qu’à l’opposé, on pouvait citer autant de cas de véritables sages, hommes et femmes, qui avaient pleinement conquis la première richesse et dont leur vie témoignait que même en étant totalement dépourvus des autres richesses, en vivant dans le plus grand dénuement, la plus grande solitude, frappés par la vieillesse et la maladie, rien de tout cela n’était capable d’affecter le trésor de joie et de paix qui les habitait, révélant à quel point leur existence était riche du plus profond bonheur.

La quête de richesse véritable de l’humanité était complètement détournée par les croquants qui s’ingéniaient à lui faire croire que les richesses supérieures étaient contenues dans les produits qu’ils vantaient, si bien qu’elle cherchait confusément à les acquérir par le biais de la seule richesse matérielle, ce qui était rigoureusement impossible. Comme c’était impossible mais que l’illusion d’y parvenir opérait néanmoins un certain temps, la frustration qui s’ensuivait incitait à accroître toujours plus son abondance matérielle dans l’espoir de parvenir enfin à s’approprier ce bien-être supérieur tant désiré que laissait miroiter un mirage qui toujours se dérobait. Ainsi, sous l’influence collective des croquants, une famille en proie à de douloureux conflits relationnels pouvait réellement être convaincue que l’achat d’un véhicule prestigieux était le meilleur moyen de ramener l’harmonie en son sein. Et effectivement, cela opérait le plus souvent durant un certain temps. Un véhicule puissamment investi par les croquants abritait le fantasme d’un foyer uni où tous avançaient dans la même direction dans un grand vent de liberté. C’était un cocon chaleureux, baigné d’une agréable musique, équipé de tous les appareillages assurant le plus grand confort, un cocon renforcé d’acier où l’on était en sécurité, protégé, famille heureuse dans une voiture hi-techavec en son cœur un formidable moteur qui face à l’impuissance de leur situation leur redonnait un sentiment de puissance capable de tout reconquérir. À son bord, chacun se sentait alors un peu plus fort, plus confiant, plus rassuré, plus valorisé aux yeux des autres. Mais ce n’était jamais rien de plus qu’un véhicule fait pour se déplacer, c’était là tout ce qu’il avait à donner, le reste n’était que fantasme. Alors après avoir respiré tous ensemble les vapeurs enivrantes du même mirage, le conflit familial reprenait le dessus, nourri d’un surcroît de frustration qui les poussait à vouloir respirer de nouvelles vapeurs toujours plus enivrantes, à travers l’acquisition d’un logement plus vaste et plus luxueux peut-être, ou d’un prochain véhicule encore plus puissant et prestigieux.

L’investissement fantasmatique des possessions matérielles était d’autant plus dramatique qu’il masquait des besoins réels qui méritaient d’être satisfaits mais qui faute d’être reconnus barbotaient dans le plus grand marasme. Derrière l’insatiable volonté de puissance se trouvait le besoin légitime d’être maître de sa propre vie, derrière l’incessante valorisation de l’image de soi le besoin légitime de s’accepter et de s’aimer soi-même, derrière l’accumulation de confort et de luxe le besoin légitime de mettre fin à l’inconfort de l’irritation et de l’agitation intérieures, derrière la course à la sécurité et à la protection le besoin légitime de jouir d’un asile de paix délivré de la peur. La majorité des humains n’avaient pas conscience de la véritable nature de leurs besoins, et s’ils s’acharnaient toujours autant à vouloir les satisfaire à travers la richesse matérielle, c’était aussi bien parce qu’ils se sentaient complètement désarmés face aux richesses supérieures. C’est que la richesse matérielle, celle-là au moins ils savaient comment faire pour s’en emparer. Le chemin était sûr, clairement balisé, aussi ils n’hésitaient pas à s’y engager en étant prêts à travailler dur, à y mettre toutes leurs forces car le gain était assuré au bout de leurs efforts. Mais travailler directement à l’accession des richesses supérieures, un tel travail était-il seulement possible ? Le chemin qui menait vers elles paraissait si nébuleux, marécageux, le gain des plus hypothétiques. Et puis les trois richesses supérieures ne relevaient-elles pas simplement d’un don du ciel ou de la nature qui était octroyé à certains et refusé à d’autres ? Combien héritaient de la maladie dès la naissance quand d’autres bénéficiaient d’une santé à toute épreuve ? Il y avait des caractères heureux qui attiraient les sympathies et d’autres irascibles qui faisaient fuir toute relation, des gens naturellement paisibles et d’autres tourmentés depuis toujours. Pouvait-on y changer quoi que ce soit ?

La réponse se trouvait du côté des quelques rares individus qui étaient parvenus à conquérir l’une ou l’autre des richesses supérieures alors qu’au départ ils en étaient particulièrement dépourvus. De violents asociaux incapables de contacts humains autre que haineux avaient fini par connaître l’harmonie dans leurs relations, de grands malades considérés comme incurables par se guérir complètement, d’irréductibles angoissés par atteindre la paix la plus profonde. Comment avaient-ils procédé ? Avaient-ils bénéficié d’une faveur divine ou était-ce l’aboutissement de leurs propres efforts ? S’agissait-il de cas exceptionnels ou la richesse supérieure qu’ils avaient su conquérir était-elle accessible à tous ? De la même façon que certains naissaient dans la soie et d’autres dans le caniveau mais qui à force de travail et de détermination prouvaient qu’il était possible de sortir de leur condition, ces infortunés des richesses supérieures témoignaient que c’est au prix d’un long et courageux travail sur soi qu’ils étaient parvenus à les conquérir. Bien que la plupart d’entre eux reconnaissaient avoir été aidés, guidés, éclairés dans leur périple, les richesses supérieures qu’ils avaient su récolter n’étaient dues ni au hasard, ni à la chance ou à des dons particuliers, mais essentiellement à leurs efforts persévérants qui avaient fini par porter leurs fruits. Quiconque était prêt à fournir les mêmes efforts était assuré de récolter les mêmes fruits, et toute l’ambition de la culture des quatre richesses se résumait à porter cette simple vérité à la connaissance de l’humanité. À lui faire entendre que de la même façon qu’il existait un chemin sûr et fiable qui menait à la richesse matérielle pour autant que l’on se mettait sérieusement au travail, il existait des chemins tout aussi sûrs et fiables qui menaient immanquablement aux trois richesses supérieures pour autant que l’on se mettait sérieusement au travail.

photo du grand sage Ramana Maharshi

sagesse

L’humanité était loin d’être démunie face à ces nouveaux chemins. Elle disposait d’un héritage non négligeable de grands sages émanant de toutes cultures et de tous horizons, aussi bien que d’authentiques thérapeutes du corps, de l’esprit, ou du domaine relationnel. Ces thérapeutes appartenaient à des courants novateurs qui proposaient un travail approprié où chacun était appelé à prendre lui-même en charge sa guérison plutôt que de consommer passivement des pilules, des courants dont l’efficacité était largement attestée mais qui en raison de la concurrence menaçante qu’ils représentaient étaient systématiquement dénigrés par la toute-puissante industrie de la maladie. Accompagnés de la petite poignée d’humains qui sous l’autorité de leur éclairage avisé avaient déjà accompli leur propre travail de guérison, ils composaient tous ensemble la première vague de pionniers qui ouvraient la voie. Par la force de leur réalisation, ils devenaient des phares, des instructeurs dignes de confiance capables de montrer à l’humanité le chemin de son enrichissement véritable, ce chemin qui ne menait à rien d’autre qu’à l’accomplissement de ses profondes et véritables aspirations.

Le premier mouvement de la culture des quatre richesses consistait à puiser dans ce vivier marginal déjà actif, à le faire passer de l’ombre à la lumière en mettant en avant ce nouvel horizon de richesse ouvert à tous les êtres humains. Rien qu’en cessant d’ingérer les poisons de l’industrie alimentaire, en les remplaçant par une alimentation bénéfique bien assimilée par l’organisme, et en pratiquant des exercices physiques et énergétiques quotidiens, ces trois facteurs à eux seuls étaient suffisants pour prévenir ainsi qu’enrayer plus des huit dixièmes des maladies existantes. Le travail requis n’avait rien d’inaccessible, et l’enrichissement attendu était considérable. Aussi il valait la peine d’investir dans cette voie qui promettait un si grand bénéfice pour l’humanité, comme il valait la peine d’investir dans les voies éprouvées de guérison des conflits relationnels à la base de la délinquance, comme dans celles qui conduisaient à la délivrance de la peur maladive et du mal de vivre en suivant les pas des sages éclairés qui y étaient parvenus au prix de leurs propres efforts. Et justement, alors que la société de la croissance interdisait d’investir dans ce sens parce qu’un tel investissement ne générait pas de profits financiers mais au contraire menaçait les profits existants, seule la société de la fin du travail pouvait investir massivement dans la culture des richesses supérieures à travers la prévention, l’éducation, l’information, l’application, mais également la recherche, l’expérimentation, l’innovation, parce que tout ceci promettait de rapporter un formidable profit non pas financier mais humain pour le bien de tous.

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2/[culture des 4 richesses ; fin du travail ; qualité d’existence ; criminalité]

3/[culture des 4 richesses ; religion de la croissance ; ressources naturelles ; abondance]


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