3 – Premier défi : Activer les archétypes dans la conscience du lecteur

peinture grecque décrivant deux héros mythiques

archétype

Rien n’a eu de plus grande puissance évocatrice que les contes qui nous ont été racontés lorsque nous étions de petits enfants. En entendant l’histoire du grand méchant loup, nous avons tous à un moment ou un autre été pris de terreur, comme si sa grande gueule béante s’approchait réellement de nous pour nous engloutir. Ce qui se passait, c’est que l’archétype au sens jungien auquel il renvoie s’était activé à pleine puissance dans notre psyché, et cela parce que nous ne disposions pas encore d’un mental suffisamment structuré pour le canaliser, le contenir et le reléguer à l’arrière-plan. Mais c’est aussi grâce à cette activation débridée des archétypes que nous avons pu connaître la pure magie du conte en baignant dans le merveilleux en compagnie du prince, de la princesse, de la fée, de la sorcière, du bal, du château, de l’ogre, etc.

L’Appel de Mongo a été écrit tout du long non pas à la manière d’un conte pour enfant raconté à des adultes, mais en s’efforçant de l’imprégner de l’énergie psychique propre aux archétypes dans la claire intention de susciter leur activation dans le subconscient du lecteur. Toujours au sens où Jung l’entend, il s’agit ni plus ni moins d’intensifier le processus alchimique de projection des contenus inconscients du lecteur dans l’œuvre, jusqu’à produire une constellation archétypale agissant d’elle-même sur sa psyché sous forme d’émotion intense, de prise de conscience subite, et surtout d’un certain réveil du magique et du merveilleux par l’abaissement de la résistance du mental. L’effet attendu est un accroissement de la puissance évocatrice du contenu du livre, pas seulement pour le plaisir d’intensifier la charge émotionnelle dans la psyché du lecteur, mais aussi pour son action thérapeutique d’apaisement des peurs et de résolution des conflits profonds qui rongent la conscience collective de l’humanité d’aujourd’hui. Car autant un jeune enfant peut réclamer un conte pour le seul plaisir de l’histoire, autant il a été largement démontré que sa fascination inentamée au cours des générations pour les contes traditionnels fondés sur les archétypes était d’abord le fait de leur fonction thérapeutique subconsciente répondant à ses besoins du moment.

Concrètement, le travail d’écriture a consisté d’une part à poser un environnement symbolique fort, et d’autre part à relier les personnages principaux à leur pendant archétypal.
La nature du symbole est d’être ambivalente et multidimensionnelle, de demeurer irréductible à ses interprétations. Les symboles doivent néanmoins être définis et orientés entre eux afin d’activer leur charge psychique, mais s’ils sont trop définis au point de perdre leur part d’énigme, ils s’éteignent et perdent vie en tant que symboles. Il faut par conséquent suffisamment les déterminer mais pas trop, de façon à ce qu’ils restent semi-ouverts dans la conscience du lecteur où ils vont pouvoir se déployer et faire sens par l’interprétation de son imagination propre.

Quant aux personnages, ils sont d’une nature héroïque telle que l’entendaient les anciens Grecs, c’est-à-dire où le héros est lié au ciel comme à la terre parce qu’il est le fruit des amours d’un parent divin et d’un parent humain. C’est pourquoi ils doivent être à la fois très humains, charnels, incarnés, ordinaires, en même temps que les situations extrêmes qu’ils rencontrent les poussent à une exacerbation d’eux-mêmes, les propulsant aux extrêmes de l’humain où ils connectent alors avec leur archétype. Car ce n’est qu’en allant au bout d’eux-mêmes qu’ils entrent en contact avec l’au-delà d’eux-mêmes, l’au-delà de l’humain qui est l’espace céleste du monde des dieux où réside la dimension mythologique d’eux-mêmes.

1 – L’Appel de Mongo : Une arme de combat ?

2 – Le choix d’une forme classique

4 – Deuxième défi : Passer de l’attention passive à l’attention active

5 – A propos de la scène de sexualité explicite

6 – La Révolution, c’est quoi ?