Culte de la personnalité et nouveau paradigme

mykey avec Jésus et Lénine

Dans le vieux paradigme dans lequel nous sommes encore enlisés, l’attrait pour la création artistique reste majoritairement assimilé à un succès public hors du commun menant à une forme ou une autre de vedettariat. Ainsi le génie d’un Mozart vaut d’abord par son caractère exceptionnel qui le distingue de milliers d’autres compositeurs moins doués et le rend par là digne d’être adoré comme un dieu.

Mais supposons un instant que nous soyons transportés dans un monde parallèle où il n’y aurait pas un génie musical exceptionnel mais des dizaines de milliers du niveau de Mozart. Dans un tel monde, un Mozart n’aurait aucune chance de se distinguer pour devenir richissime et célébrissime puisque son talent serait extrêmement commun. Et dans notre monde du vieux paradigme, ne pouvant en faire une vedette et donc de l’argent, il ne représenterait aucun intérêt. À tel point que dans ce monde-là, on ne peut que souhaiter la rareté de son propre talent et que tous les autres en soient privés.

Or voilà que sur la planète Terre, de plus en plus de gens embrassent la voie artistique, produisant un afflux massif sans précédent de créations littéraires, musicales, picturales, théâtrales, cinématographiques, et d’autres encore, accompagnés d’une pléthore de comédiens, chanteurs, musiciens, danseurs, et d’autres encore, pour le plus grand malheur du vieux paradigme parce que tout ça l’encombre. Trop de gens créent, les éditeurs croulent sous les manuscrits, les labels sous les cds, les producteurs sous les scénarios, l’espace public déborde de productions artistiques tout azimuts tandis que les créneaux pour se faire remarquer et reconnaître s’amenuisent de plus en plus. Dans ces conditions, l’accès à la célébrité pour l’artiste et à la richesse pour son producteur est de plus en plus ardu, tant la concurrence est rude et omniprésente, si bien qu’aujourd’hui c’est essentiellement le recours à l’arme du marketing qui parvient à faire la différence.

Et dès lors que l’arme du marketing mène le jeu, ce sont les valeurs de forte captation d’attention qui vont dominer, à commencer par la fameuse « efficacité », au détriment d’œuvres de sensibilité plus profonde qui demandent un certain effort d’attention pour accéder à leur richesse. Dans un tel contexte, le succès d’une œuvre a de moins en moins de rapport avec sa valeur et sa richesse intrinsèques, tandis qu’il en a de plus en plus avec les moyens marketings qui l’accompagnent. Il s’ensuit que son principal critère de qualité est assimilé à sa valeur marchande, c’est-à-dire à sa popularité supposée, c’est-à-dire à sa facilité d’accès et de réceptivité par le plus grand nombre.

On aboutit ainsi à un nivellement par le bas de la puissance créative, alors même que nous connaissons une floraison artistique collective extraordinaire. Et si cette floraison devait engendrer dix mille nouveaux Mozart, non seulement ça ne serait d’aucun intérêt pour le monde concurrentiel du vieux paradigme, mais en plus, la puissance d’inspiration élévatrice de leur génie créateur ne serait pas un atout mais un handicap pour accéder à la cime enviée du succès et de la richesse.

N’est-ce pas là une terrible aberration ? C’est pourtant bien ce que produit le monde du vieux paradigme dans son rapport marchand à l’art fondé sur le vedettariat, un monde qui vit l’essor collectif actuel de la création artistique générant une profusion de créateurs et d’artistes comme une calamité. Mais en quoi pouvoir jouir de la magnificence de l’art de dix mille Mozart plutôt que d’un seul promu au statut de vedette du fait de l’exception de son talent serait une calamité ? Si la présence de dix mille Mozart rendrait leur génie commun, et donc sans valeur marchande de par l’absence de leur rareté, en quoi cela abaisserait-il la puissance propre de leur génie et des merveilles qui peuvent en sortir ? Comment ne pas voir que le rayonnement de dix mille Mozart anonymes enrichirait d’autant l’humanité plutôt qu’un seul célébrissime ?

L’attrait collectif massif pour la pratique artistique et créative que nous vivons aujourd’hui n’en est qu’à son commencement. Il se situe à un moment charnière décisif qui lui aussi contribue à l’édification du nouveau paradigme dans lequel il nous invite à basculer. Car cette profusion n’est une calamité que dans l’espace de référence du vieux paradigme où seule la célébrité sanctionne la réussite artistique, et où par conséquent il y aura de moins en moins d’élus pour de plus en plus de ratés frustrés d’avoir échoués à accomplir leur rêve de gloire. Tandis que cette même profusion devient une bénédiction dans l’espace de référence du nouveau paradigme parce que lui ne valorise pas la célébrité du fait qu’il reconnaît le même potentiel de richesse et de créativité infinies en chaque être humain. Dans le nouveau paradigme, le vrai sens de la réussite provient du développement de ce potentiel en chacun de nous qui favorise la richesse d’expression, de partage, de beauté, de joie que nous pouvons nous donner les uns aux autres, contribuant ainsi individuellement et collectivement à l’enrichissement de l’intensité de vie de l’humanité tout entière.

En réalité, cette sensibilité à l’art vivant générateur de richesse humaine progresse partout dans le monde. Elle est le vivier de la puissance subversive et régénératrice de l’art véritable qui ne s’est pas laissé castrer par les exigences d’audience du monde marchand. Et il est temps que la communauté de tous les artistes qui se reconnaissent dans cette mouvance revendique fièrement leur contribution à l’enrichissement du collectif humain sans passer par la case pathologique du culte de la personnalité. Car c’est cette communauté encore informelle qui appelle l’émergence du nouveau paradigme, celui-là même qui prépare l’humanité à engendrer dix mille Mozart, aussi bien que dix mille Van Gogh, aussi bien que dix mille Bouddhas, et bien d’autres encore.

Et que sera un tel monde où l’art le plus sublime sera aussi le plus commun parce que le plus répandu ? Que sera un tel monde où à chaque coin de rue se produiront des artistes sans renom mais systématiquement sublimes qui nous entraîneront dans les plus hautes sphères de l’extase créatrice ? Que sera un tel monde sinon un monde paradisiaque de félicité divine permanente …

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